Dimanche 24 juillet 2011 7 24 /07 /Juil /2011 21:16

 

En observant cette semaine les oiseaux à la réserve naturelle des marais de Séné, Morbihan, des silhouettes de couleur froment attirent notre regard : aux jumelles, nous découvrons au loin un troupeau de vaches nantaises ! Intrigués, nous nous approchons d’elles puis décidons de prospecter alentour pour savoir à qui appartient ce troupeau de belles blondes. Nos pas nous mènent dans une cour de ferme où s’effectue de la vente directe en bio.

 

Les visiteurs qui se pressent au comptoir et les ruptures de stock de yaourts nous permettent de constater avant même d’y goûter la qualité des produits vendus. Ce qui se confirmera rapidement en dégustant un riz au lait ♥♥♥♥, des yaourts nature au vrai goût de lait entier, une limonade qui ressemble à celle que l’on buvait autrefois, sans parler de la viande (pour la viande de Bretonne pie-noir, extrêmement savoureuse, il faut réserver à l’avance !).

 

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   L’espace de vente de la ferme de Penn da Benn

 

Des agriculteurs bio, des vaches nantaises… les unes ne pouvaient appartenir qu’aux autres… Ce que nous confirment rapidement les jeunes éleveurs.

Et là, surprise ! Un vrai conservatoire bovin breton est concentré dans ces lieux. Les quatre races de vaches bretonnes à petits effectifs sont représentées : Bretonne pie-noir, Nantaise, Armoricaine et même une Froment du Léon (voir encadré ci-après).

Une jument Trait breton et son poulain, ainsi qu’une brebis Lande de Bretagne (il y avait ici un gros troupeau de cette race très menacée, mais la présence continue de renards était incompatible avec celle des moutons), complètent ce petit paradis de biodiversité domestique.

 

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                                                          Vache Bretonne pie-noir

 

Les propriétaires des lieux, Fabrice et Gaëlle Ménard, très accueillants, ont répondu avec patience à nos nombreuses questions, n’hésitant pas à nous emmener en tournée de distribution de lait et faire un détour pour admirer dans un même pré une génisse Bretonne pie-noir, une génisse Nantaise, un bœuf Armoricain et une jeune vache Froment du Léon.

 

Leurs vaches, magnifiques et choyées, pâturent sur les terrains de la réserve naturelle des marais de Séné, propriété du Conservatoire du Littoral, permettant l’entretien d’espaces protégés. Une belle initiative accompagnée par Bretagne Vivante, mais qui devrait être valorisée encore davantage par la réserve naturelle ! Car la biodiversité domestique est partie intégrante, ne l’oublions jamais, de la biodiversité tout court.

 

 
 

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 Beau troupe de vaches de race Nantaise. Celle à gauche avec ses grandes cornes est Jardinière, une vieille dame de 17 ans (elle possède un peu de sang parthenais).

 

Si tous les espaces protégés travaillaient pareillement avec les agriculteurs, biodiversité sauvage et biodiversité domestique pourraient se préserver l’une l’autre avec succès et complémentarité.

 

A recommander donc de toute urgence pour ceux qui passeraient dans le coin :

Ferme Penn Da Benn

Brouël kerbihan

56860 Séné

02 97 66 90 12

 

Visite et vente tous les jours, de 17 h à 18 h on assiste à la traite des vaches.

 

Produits biologiques faits à la ferme : lait, yaourts, délicieux riz au lait aux différents parfums, semoule au lait, œufs au lait, tomme des marais, bœuf, veau…

Mais aussi vente de produits de copains : une limonade bio à tomber, du cidre, des rillettes de canard, etc.

A deux pas du Golfe du Morbihan, ils font aussi gîte à la ferme pour 8 personnes.

 

 

L’Armoricaine, une vache en sursis

 

 

La race bovine Armoricaine est aujourd’hui une vache dont les effectifs sont parmi les plus bas parmi les races françaises.

Cette race est le fruit de croisements répétés entre la Bretonne pie-rouge (aujourd’hui disparue) et de la célèbre race anglaise Durham, mais aussi avec la Froment du Léon. Dès les années 1840, ces croisements ont lieu dans le nord-Finistère. Cela va conduire à la « Durham-Bretonne » puis, au début du XXe siècle à l’Armoricaine (officiellement reconnue en 1919).

 

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 Vache de la région de Pontivy, Morbihan, en 1915. On peut considérer ce type d’animal comme une Armoricaine « primitive » (Durham x Breton). La robe est celle de la Durham, mais la conformation reste encore proche de l’ancienne Bretonne pie-rouge.

 

C’est une race à vocation mixte, c'est-à-dire alliant de bonnes capacités laitières à un bon engraissement pour la viande, notamment en précocité (influence Durham). Rapidement cette race s’impose en Bretagne où les effectifs 360 000 en 1934 (45% dans le Finistère, 35% dans les Côtes d'Armor et 20% dans le Morbihan). Ensuite, et singulièrement après la Seconde guerre mondiale, les effectifs diminuent. Cette chute s’accélère dans les années 1970 et bientôt, la race disparaît. Seulement 47 vaches sont recensées en 1981. Grâce aux efforts des éleveurs et de l’Institut de l’élevage, les effectifs remontent un peu. Ils atteignent aujourd’hui près de 200 femelles, réparties dans 64 élevages.

 

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  Bigouden, vache Armoricaine d'une douzaine d'années.

 

 

La raison de cette disparition est due à l’absorption de l’Armoricaine dans la race MRY (Meuse-Rhin-Yssel) hollandaise et la Rotbunt (Pie Rouge de Wesphalie) allemande, pour former ce qui allait donner la Pie-rouge des plaines. Ceci afin d’améliorer les capacités laitières de la race. De plus des tentatives de regroupement de l’Armoricaine avec la Maine-Anjou (aujourd’hui appelé Rouges des prés) dans les années 1960 (Pie-rouge de l’Ouest) n’a pas abouti mais a laissé l’Armoricaine un peu plus « sur le flanc ». Aujourd’hui cette belle vache costaude, de couleur rouge et blanche à dominante rouge est devenue extrêmement rare. Quant à la Pie-rouge des plaines, elle a continué à vivre sa vie et elle est devenue génétiquement totalement « holsteinisée ».

L’Armoricaine aura néanmoins contribué à marquer l’histoire des bovins bretons. Il est à souhaiter qu’elle puisse tout de même continuer à se maintenir car sa double aptitude (lait, viande) est appréciable, notamment dans le cadre d’élevage comme celui de Penn da Benn.

 

 

Photo-147.jpg       Vaches armoricaines à l'attache (comme autrefois) - Brouënnou, Finistère août 2007 (élévage Chever).

 

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 Sans doute l’une des toutes dernières Armoricaines à être encore traites…

 

 

Signalons enfin qu’il reste 1 370 femelles Bretonnes pie-noir, 865 Nantaises et seulement 262 femelles Froment du Léon.

 

 

Par lesbiodiversitaires - Publié dans : Biodiversité domestique
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