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Ouvrez la cage aux chevaux

Publié le par lesbiodiversitaires

Pour ceux qui l’aiment, le cheval est un ami sincère. Avec lui, on ne peut rien occulter : on dit qu’il est le reflet, le miroir de son cavalier. L’enfermement que les cavaliers font vivre aux chevaux reflèterait-il alors leur propre étroitesse ? Qu'est-ce qui pousse l'être humain à mettre la liberté en cage ?      
 
La véritable amitié d’un cheval ne se gagne pas facilement. Mais une fois qu’il a accordé sa confiance, cet animal généreux donne beaucoup et pardonne énormément d’erreurs et de maladresses à son cavalier. L’intelligence et la grande sensibilité des chevaux sont chaque jour un peu plus démontrés par de nouvelles études, confortant dans leur idée tous les cavaliers un peu sensés.    
 
 
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Oasis, jument camargue, apprécie de se coucher en toute confiance
dans le sable, et l'affection de Louison.  
 
    ER - chevaux -19.04.2014 5136           
Audrey Gory, et sa jument Mulan, en liberté. L'équitation dite éthologique          
est une approche qui a révolutionné l'équitation ces deux dernières décennies.  
 
 
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Hélène Roche, éthologue et spécialiste du clicker training, demandant au pré à Kako un cabré.    
 
 
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Hélène gratouillant Kako, qui apprécie. Dans une bonne relation, le cheval peut demander    
à son cavalier de le gratter, et le cavalier comprend.  
 
 
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   Les poulains apprennent vite à apprécier les gratouilles. Ici poulain aztèque, élevage Pemp Heol, chez Audrey Gory.
 
 
Pourtant, s’il est un animal, de nos jours, encore incompris, c’est lui. Malgré toutes les avancées de la science, malgré toutes les études éthologiques, beaucoup de gens, et aussi chez les cavaliers, continuent de colporter des préjugés sur les chevaux (« un cheval, c’est bête », « un cheval, ça ne reconnait pas son nom », « un cheval a besoin d’être ferré », « un cheval n’est pas démonstratif », « un cheval n’aime pas son cavalier, s’il vient c’est pour les carottes »).
 
 
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Il faut que le cheval, animal-proie, soit très en confiance pour se laisser approcher quand il est couché.    
Umkhumbi, jeune camargue, se fait panser par Nathanaëlle tout au long de sa sieste.  
 
Et de considérer qu’un cheval bien soigné vit toute sa vie enfermé au box, tel un poulet de batterie (poules, chevaux, même combat !), 4 fers brillants aux sabots quelle que soit son activité (ce qui sur le long terme peut provoquer des problèmes de santé, les sabots ont besoin d’être parés, mais pas forcément ferrés), et isolé de ses congénères (ce qui, plus que tout, le rend fou)… Pour cet animal sociable, taillé pour la course et les grands espaces, ce traitement est ce qui s’oppose le plus exactement à sa nature. Abrutis, névrosés, parfois franchement dépressifs, ces chevaux aux conditions de vie absurdes peuvent en effet avoir des réactions « bêtes », dangereuses, bizarres, et être peu démonstratifs avec cet humain qui pense que les problèmes se résolvent par la force… On leur reproche alors d’être ce que nous-mêmes avons créé.    
 
 
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Décidément, les Jeux équestres mondiaux, ça ne concerne pas tout le monde !    
 
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    Exubérance joyeuse d'Oasis qui vient de changer de pré. Nos prés nous semblent vastes, mais pour un animal de steppe, un hectare, ce n'est pas grand chose. Alors les quelques m² d'un box...  
 
   
Les conditions de vie des chevaux s’améliorent pourtant d’année en année. La façon d’appréhender l’équitation se fait de façon de plus en plus intelligente et respectueuse. Une révolution a commencé et ne semble pas prête de s’arrêter. Mais il reste encore tant d’écuries sordides, tant de cavaliers bornés ! Tant de chevaux enfermés dans des prisons dorés, physiquement chouchoutés mais psychiquement maltraités.
   
En réaction, certains vont jusqu’à penser qu’il faut cesser toute forme d’équitation.
Mais il semble qu’avec des méthodes intelligences (équitation dite « éthologique », clicker training ou tout simplement « bon sens » de l’homme de cheval sachant se remettre en question), les chevaux apprécient eux-aussi le partenariat avec le cavalier. Quand je vois mes juments hennir en me voyant, arriver souvent en trottant ou galopant du fond du pré, me suivre, rester à mes côtés, quand je vois leur entrain à trottiner quand on va se promener, leur plaisir de galoper sur la plage, ou le petit hennissement satisfait de ma jument en phase d’apprentissage quand elle sait qu’elle a réussi un exercice et qu’elle attend une récompense (renforcement positif), il me semble que tout cela peut se vivre dans un plaisir réciproque.  
     
 
 
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                 La même Oasis qui se prélasse à la plage peut aussi tenir des parcours de maniabilité et slalomer avec changements de pied au galop. Ces apprentissages se sont faits en douceur avec l'aide de spécialistes de l'équitation éthologique et de l'équitation de travail. Le bâton sur la photo sert à évoquer le trident des gardians : celui-ci ne touche pas les chevaux mais sert à guider les vaches.  
 
 
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   Audrey et Tadinho, étalon aztèque, au pas espagnol en liberté. Etalon reproducteur vivant à l'année au pré dans son troupeau de juments et avec ses poulains, Tadinho est aussi le cheval de travail d'Audrey.
 
 
Ouvrir la cage aux chevaux, ce n’est pas forcément les relâcher dans des plaines qui n’existent plus. On peut continuer à collaborer, eux et nous.
Mais c’est les sortir des boxes, des écuries, et les laisser vivre au moins au pré, les regarder galoper, jouer, se rouler, les laisser vivre en troupeau, leur laisser cet espace mental d’apprendre en douceur, à leur rythme, dans la bienveillance, sans enjeu autre que s’amuser ensemble… jeter à la poubelle cravaches, normes et préjugés, et prendre les chemins de traverse.  
 
L’équitation devient alors un chemin de vie, où l’on est obligé d’apprendre à prendre son temps, à se remettre en question, à reconnaître les limites de l’autre et les siennes, à dire s’il-te-plait, à dire merci, et à dire pardon.  
 
 
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   Umkhumbi répondant à son nom, quitte son troupeau et arrive au galop, comme souvent.
Les autres chevaux ne sont pas venus : ils savaient qu’ils n’étaient pas concernés. Pas démonstratif, le cheval ?
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Chien berger d’Auvergne : la sauvegarde s’organise

Publié le par lesbiodiversitaires

L'aventure Berger d'Auvergne continue ! Voici les dernières nouvelles de cette découverte et des moyens mis en œuvre pour sauver ce chien.
 
Suite aux deux premiers appels lancés dans l’Union du Cantal pour retrouver les chiens bergers d’Auvergne et au succès des premières prospections débutées en mai dernier, 3 nouveaux chiens mâles assez jeunes pour la reproduction ont été trouvés, ainsi que 4 chiots (trois mâles et une femelle).
Les différents acteurs de cette prospection se sont réunis le 22 juillet dernier à Sériers (Cantal) pour discuter des différentes mesures à mettre en place pour sauver ce type de chien. Il s’agit d’Emilie Dracon, d’Elise Rousseau, de Jean-François Courreau (professeur à l’école vétérinaire de Maisons-Alfort), de Philippe J. Dubois et de Julien Souvignet, auxquels s’est joint Magali Brosse, représentante de l’Association FERME (Fédération pour promouvoir l’élevage des races domestiques menacées).
 
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  Voyou, un jeune mâle typique.  
On disait parfois localement que ces chiens ressemblaient à des hyènes (pelage).
 
Julien Souvignet a présenté les chiots qu’il a pu récupérer, Junior, Jasper, Jorko, Jafa, et dans l’après-midi s’est tenue une assemblée générale constitutive du chien Berger d’Auvergne. Il a été décidé à l’unanimité de la création d’une association de loi 1901 à but non lucratif : l’Association de sauvegarde du chien Berger d’Auvergne (ASCBA).
 
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Jorko, un jeune mâle très typé et très prometteur, au caractère amical.
     
 
    
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       Jasper, un chiot déjà sûr de lui, dans le type fauve.   
 
 
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 Jafa, une chienne fauve extrêmement calme et douce.    
 
 
 
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Junior, un peu plus âgé que les chiots précédents, très joueur, porteur des yeux vairons.
    Il vient de rejoindre un éleveur de vaches Salers, basé dans le Cantal et déjà propriétaire de la chienne Sibelle.
Des naissances seront donc à espérer...      
 
 
A la suite de cette assemblée générale constitutive, s’est tenu le premier conseil d’administration de l’association de sauvegarde du chien berger d’Auvergne. Les postes de président et de secrétaire/trésorier ont été pourvus, avec décision de privilégier les Auvergnats pour des facilités d’organisation. A l’unanimité, Julien Souvignet a été élu président, et Emilie Dracon secrétaire/trésorière. Le professeur Jean-François Courreau en sera le conseiller scientifique.
 
 
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    Le Pr Jean-François Courreau en train d'examiner Jasper, sous le regard de Magali Brosse (FERME)  
et de Julien Souvignet, spécialiste du dressage des chiens de berger, élu président de l'association.  
 
 
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    Emilie Dracon, élue secrétaire et trésorière de l'association, a été l'une des toutes  
premières à tirer la sonnette d'alarme sur l'existence encore effective du berger d'Auvergne.
 
 
Parmi les différentes réflexions en cours, il est noté que ce chien doit rester avant tout un chien de travail, intelligent, à sélectionner d'abord sur le mental. Il est important de garder des chiens les plus faciles possibles à dresser, pour rester dans l’idée des éleveurs locaux du chien « le plus simple possible d’utilisation ». Les éleveurs auvergnats de vaches seront prioritaires sur toute autre demande pour le placement des premiers chiots.
Cette journée a été suivie de nouvelles prospections, permettant d’identifier une nouvelle chienne (Sibelle) et un nouveau chien (Voyou), ce dernier mâle étant important pour des questions de diversité génétique.
 
 
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 Tout est encore à faire pour assurer la relève, mais Jasper et Jafa semblent motivés !     
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Tout sur les vaches !

Publié le par lesbiodiversitaires

A l’occasion d’une conférence à l’Université Bretagne-Sud, à Vannes, le 22 mai dernier, Philippe J. Dubois dresse un portrait des vaches françaises, leur origine, la conservation et le devenir des races à petits effectifs, dont l’avenir reste fragile.
 
A suivre ICI
Bonne écoute !
 
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Le chien berger d’Auvergne n’a pas disparu !

Publié le par lesbiodiversitaires

Lors d’un précédent post sur cette population de chien, nous évoquions la possibilité que ce « berger de pays » soit définitivement éteint. Nous avons donc organisé une prospection dans le Cantal, en compagnie de Jean-François Courreau, professeur de zootechnie à l’école vétérinaire de Maisons-Alfort et spécialiste des chiens de troupeau. Succès ! 
 
Il y avait autrefois en Auvergne un chien de berger remarquable, qui possédait une triple qualité : chien de travail (de troupeau), chien de garde, chien de chasse. Cette population, « bâtarde » pour certains, réputée pour son intelligence, a peu à peu cédé le pas devant la vogue du border collie. Dès le milieu des années 1980, il a fortement régressé pour quasiment disparaître au début des années 2000.
Ces dernières années, parcourant le Cantal, nous avons remarqué que ce chien de pays avait totalement disparu. Après avoir pris des contacts avec l’association FERME et Emilie Dracon sur place, il nous est apparu qu’il était temps de vérifier si – oui ou non – ce chien avait disparu.
 
Grâce aux contacts qu’a pris Emilie, nous avons récolté quelques informations éparses qui semblaient confirmer que ce chien n’avait pas totalement disparu. C’est donc à la fin du mois d’avril que nous avons décidé de passer quelques jours sur place, en compagnie de Jean-François Courreau.
De ferme en ferme, nous avons rendu visite à quelques éleveurs ayant, par amour et tradition, conservé cette race de chiens. Et la recherche a été à la hauteur de nos espérances : le berger d’Auvergne est toujours vivant ! 
De taille moyenne (environ 50 cm au garrot) et de couleur souvent bleu merle, il était le chien à tout faire. « Très intelligent, polyvalent, facile », les rares propriétaires de bergers d’Auvergne ne tarissent pas d’éloges sur leur chien : « aussi bons dans les troupeaux que pour garder la maison ou même pour chasser ». Le berger d’Auvergne a souffert d’un effet de mode autour du border collie, excellent chien mais finalement moins adapté au travail à la ferme tel que le pratiquent les éleveurs auvergnats. Toutes les personnes interrogées – y compris celles qui possèdent désormais un border, ont spontanément dit qu’ils regrettaient leur « chien d’autrefois » mieux adapté aux bovins qui restent l‘élevage principal dans cette région.
 
A la suite de cette minutieuse enquête, treize chiennes ont été répertoriées par nos soins, avec l’aide sur place de Julien Souvignet, spécialiste de chiens de troupeau. Il n’est pas possible de parler de « pureté » pour cette population qui n’a jamais été reconnue et qui est proche du berger des Savoie.
 
    Voir les photos des chiennes ci-dessous !
 
Les contacts ont été très positifs et les éleveurs, enthousiastes, ont tous fait part de leur souhait de voir réhabiliter leur chien de berger, proposant de faire saillir leurs chiennes pour sauver cette race qui fait partie du patrimoine et de l’histoire de la région. Beaucoup d’éleveurs semblent en effet prêts à reprendre à la ferme des bergers d’Auvergne, bien plus sympathiques, économiques et efficaces qu’un quad pour rassembler les bêtes, pour peu qu’on puisse à nouveau se procurer des chiots.
Un problème cependant, et pas des moindres : cette enquête préliminaire n’a pas encore permis de recenser de mâles, indispensables pour sauver la race. Cependant, des informations toutes récentes de Julien Souvignet font état d’une portée qui vient de naître dans laquelle il y aurait deux mâles (et leur père est toujours vivant). Une autre chienne est actuellement gestante.
 
Ce sont là des signes positifs qui redonnent l’espoir de ne pas voir disparaître ce chien dont le regard à lui seul montre une intelligence et une attention remarquables. Nous sommes au commencement d’une longue aventure, tout est encore bien fragile. Mais nous sommes optimistes car nous avons vu combien ce chien était encore présent dans l’esprit d’un bon nombre d’éleveurs. Chacun peut participer à présent à cet élan pour sauver sans doute la dernière population d’animal domestique en France qui n’ait fait l’objet d’aucune sauvegarde.
 
 
 
APPEL : vous aussi vous pouvez nous aider à sauver le chien berger d’Auvergne !
 
Si vous habitez en Auvergne et que vous connaissez des chiens de type « berger d’Auvergne » merci de nous les signaler (via le formulaire de contact de ce blog). Merci aussi de préciser, le nom, le sexe, l’âge et, si possible, les origines (père-mère au moins) du chien.
De même, dans un second temps, nous serons sûrement amenés à rechercher des personnes (de préférence des éleveurs avec bétail à garder) qui seraient prêtes à adopter un chien d’Auvergne (il faut cependant habiter cette région). Si vous êtes candidat potentiel, merci de nous en informer également.    
 
 
Les 13 chiennes découvertes :
 
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    Belle
 
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Calinou  
 
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Cannelle
 
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Violette  
 
 
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Tika
 
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Tina
 
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Bergère
 
Bergère (chez Hervé Debord)
Bergère
 
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Marquette  
 
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Perlette
 
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Vanille
 
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Toscane
 
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  Titoune  
 
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  Discussion   
 
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Jean-François Courreau examinant une chienne
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Les tribulations d’un chercheur d’oiseaux est paru !

Publié le par lesbiodiversitaires

En panne sèche dans la steppe mongole, dans les creux de 10 m au large du cap Horn, entouré d’ours non loin d’un goulag sibérien, ou vaincu par les moustiques dans le delta du Danube… Ce livre a été l’occasion de raconter dix voyages ornithologiques, accomplis parfois pour le simple plaisir d’observer les oiseaux, parfois dans un but très précis d’étude d’une espèce particulière.
 
Ces voyages donnent à voir un pays et permettent de rencontrer les gens d’une façon tout à fait différente de celle d’un voyage touristique classique.
Dès que l’on observe et étudie les oiseaux, on quitte les sentiers battus et l’aventure devient permanente. Hors des lieux touristiques, dans ces endroits reculés, on rencontre des gens peu habitués à voir des étrangers.
Cette quête de l’oiseau nous entraine donc loin de tout et suscite des aventures étonnantes et des expériences inédites.
Le travail scientifique sur le terrain se conjugue avec des moments d’émotion, de passion, de peur ou de franche rigolade.
 
Les tribulations d’un chercheur d’oiseaux, par Philippe J. Dubois
éditions de La Martinière Textes
250 pages -140 X 205 mm, 17 euros
 
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Une émission sur France-Info ! (14 mai 2014).
et pour aller plus loin sur RCF
ou encore sur France Inter chez Denis Cheissoux CO2 mon Amour
 
Extrait du chapitre « Népal – Chercher l’oiseau… chercher l’oiseau… sans cornac, et sans éléphant »
Pourquoi avons-nous décidé de nous rendre dans cette ville que pas même 0,01 % des Européens saurait indiquer sur une carte ? La réponse est simple : pour atteindre le parc national de Chitwan, en zone tropicale, à la recherche de quelques espèces d’oiseaux qui, venues du plus profond de la Sibérie et de l’Himalaya, se sont mis en tête de passer l’hiver dans cette forêt primaire et sur les bords fangeux de la rivière Rapti. Ces oiseaux-là restent tout l’été et se reproduisent dans des lieux reculés, difficilement accessibles pour des raisons tenant à la fois de la politique et de la géographie. Et en hiver, ils trouvent le moyen d’aller se perdre dans des forêts impénétrables ou des lieux inextricables où l’on ne peut progresser qu’à dos d’éléphant.
Sauf que James et moi, nous sommes de jeunes ornithologues fauchés : nous n’avons pas les moyens de louer les services d’un cornac et de son éléphant. C’est donc à pied que nous avons décidé d’arpenter le parc de Chitwan.
Notre première quête est la mythique calliope de l’Himalaya, un petit passereau de la taille du rougegorge, auquel elle ressemble un peu, sauf que sa gorge d’un rouge plus intense est rehaussée d’un plastron pectoral noir de jais. Un oiseau beau comme un bijou, qui vient de la chaîne de l’Himalaya et des Tien-shan, en des lieux tout à fait difficiles d’accès aux communs des mortels occidentaux…
Nous avons lu, avant de partir, que Luscinia pectoralis (c’est son nom scientifique) hiverne dans les lieux humides, souvent en bordure de l’eau, dans la végétation haute et buissonnante. Pas de souci, nous sommes du genre intrépide, et nous allons prospecter les bords de la rivière Rapti !
Le propriétaire de la minuscule auberge dans laquelle nous nous sommes installés en bordure du parc, à qui nous expliquons le but de notre exploration, essaie, dans un anglais très approximatif, de nous donner des informations sur les sites que nous voulons visiter. Nous voyons bien qu’il veut nous faire passer un message : « Herbs… herbs… tall… rhino… tiger… elephant… dangerous. » S’ensuit un discours en népalais qui est visiblement de la plus haute importance, vu les gestes et les roulements d’yeux dont il nous gratifie. Nous commençons à comprendre, à son inventaire mammalogique, que nous ne serons peut-être pas les seuls à fréquenter les lieux. Le parc de Chitwan accueille une grande faune au sein de laquelle figurent le tigre et le rhinocéros unicorne. Nous acquiesçons mollement en écoutant les recommandations de notre hôte. Il ne s’agit pas de jouer les Tarzan dans cette jungle… mais pas question non plus de ne pas voir la calliope !
Dès l’aube, nous sommes dehors. Petit sac à dos avec eau et provisions, jumelles, pantalons de toile légère et grosses chaussures, nous voici partis pour la rivière Rapti. La température est encore fraîche et les oiseaux s’en donnent à cœur joie en remplissant l’air de cris et de chants inconnus. Nous devons marcher sur un ou deux kilomètres avant d’atteindre les bords de la rivière. Mais à peine avons-nous fait cinq cents mètres qu’un mur végétal se dresse devant nous. Un vrai mur. Haut de trois à quatre mètres, dense, laissant peu de place pour s’y aventurer. J’en avais entendu parler, et ce n’était donc pas une légende, la voici la savane d’herbes à éléphant. Et c’est seulement là que je comprends qu’« herbe » n’est sans doute pas le meilleur mot pour désigner ce grand végétal bien connu en Asie, le Miscanthus des scientifiques. Ce n’est pas un citoyen britannique, entretenant amoureusement son gazon, qui me contredirait. La densité des pieds au mètre carré est si importante qu’une fourmi aurait du mal à s’y glisser.
Alors pour les deux Homo sapiens en pataugas, il faut faire des contorsions invraisemblables entre chaque pied pour progresser dans cet incroyable fouillis végétal. Les feuilles sont coupantes et la chaleur y est telle qu’on a l’impression d’être entrés par effraction dans un four géant. L’air circule peu. On aurait peut-être du prendre des bouteilles d’oxygène ? Cette « forêt d’herbes » est un fourrage de grande valeur pour le bétail, mais aussi pour les… rhinocéros unicornes qui viennent y trouver refuge pendant la journée. Il se trouve que c’est aussi le lieu que fréquente la secrète calliope de l’Himalaya.
(…)
La fin d’après-midi arrive bientôt et, avec elle, le retour à une baisse de la température. Il est temps de rentrer au village car le chemin est long, et je n’ai aucune envie d’être surpris par la nuit qui tombe vite. En me levant, je longe le bord de la mare et découvre dans la boue de grosses empreintes de félidé… Bien plus grosses que des traces de panthère. Un tigre a du venir la nuit précédente boire à l’endroit même où j’ai passé l’après-midi.
Le soir, en discutant avec notre aubergiste, celui-ci manque de s’étrangler et nous sermonne une fois encore dans un népalais parfait : il est clair qu’à ses yeux, nous sommes fous. C’est en effet précisément à cette mare où j’ai passé mon après-midi que les touristes viennent en soirée « affuter » le tigre.
(…)
Pour notre dernier jour dans le parc de Chitwan, nous décidons de prospecter de nouveau le long de la rivière Rapti, en évitant cette fois-ci – et grâce aux informations fournies par les villageois qui nous ont indiqué un autre itinéraire – la savane d’herbes à éléphant. Nous aimerions revoir les deux espèces de sternes brièvement observées au début de notre séjour, mais aussi l’ibis noir et surtout les calaos, au bec incroyable et aux couleurs chatoyantes. Après une marche assez longue en bordure de rivière, nous arrivons dans une grande clairière superbement éclairée. La végétation herbacée est touffue, les arbres, de haute taille, sont souvent enlacés de lianes (des figuiers étrangleurs) mais aussi de belles orchidées blanches. Les oiseaux sont nombreux, spectacle fantastique pour ornithologues exilés.
Alors que nous progressons lentement, parmi les hautes herbes (mais qui restent à taille humaine !), nous tombons sur une petite harde de cerfs axis en train de pâturer. Tandis que la troupe se nourrit, un ou deux animaux ont la tête levée et inspectent les alentours en permanence. Les autres broutent tranquillement, insouciants de notre présence. Nous avons un léger vent de face, qui chasse nos odeurs. Au-dessus d’eux, le feuillage se met à bouger. Nous espérons des calaos, à la recherche de nourriture et passant d’arbre en arbre. Un coup de jumelles dans les branchages nous renseigne : il s’agit en fait de singes langurs qui se gavent de fruits. Des minivets passent en criant, des insectes grésillent un peu partout, la forêt résonne de mille bruits.
Un cri rauque venu des arbres se fait entendre. Les singes langurs alarment avant de déguerpir. Ils filent à toute allure dans les frondaisons. Tous les cerfs ont dressé d’un seul coup la tête. Ils détalent. Les oiseaux se sont tus. Le silence est impressionnant. Immobile, je lève les yeux pour voir si un rapace ne survolerait pas la zone, en quête d’une proie. Rien. Ce n’est pas nous qui avons pu provoquer une telle panique. Que peut-il bien se passer ?
C’est là qu’à une centaine de mètres s’élève le bruit sourd d’un feulement. Pas un grognement comme une panthère, non, un long, très long rraaaaahouououou...
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Le mouton avranchin, la chèvre des fossés et la brebis brigasque récompensés

Publié le par lesbiodiversitaires

La fondation du patrimoine vient de décerner son prix national pour l'agro-biodiversité animale. Ovins et caprins sortent largement vainqueurs.
 
Depuis 2012, la Fondation du patrimoine décerne un prix en faveur des projets qui favorisent la biodiversité domestique, et notamment les races à petits effectifs, dans une démarche de valorisation économique de la race. Ce prix, sous le haut patronage du ministère de l’Agriculture, était dotée en 2013 d’une somme globale de 20 000 €.
Les trois prix du cru « 2013 »  sont allés, dans l’ordre, au mouton avranchin, à la chèvre des fossés et à la brebis brigasque.
 
Premier prix – le mouton avranchin.
C’est Matthieu Pires, éleveur de moutons avranchins de la ferme de Milgoulle (en Bretagne) qui l’a emporté. Ce jeune éleveur valorise cette race dans son territoire grâce à un projet original et dynamique de « fermes mobiles », c’est-à-dire qu’il loue des terres et fait ainsi tourner ses moutons sur celles-ci au gré des conventions passées. Cette race, l’une des meilleures en France, est aujourd’hui en grande difficulté. L’Avranchin est une race issue de croisements entre les moutons du pays Cotentin et des béliers de diverses races anglaises (Dishley, Leicester et Kent, puis Southdown). On la trouve principalement dans le sud de la Manche, son berceau d’origine, autour d’Avranches et de la baie du Mont saint-Michel. Sa viande est caractérisée par l'absence de dépôt de graisse et une saveur particulièrement fine.
On cherche actuellement à maintenir la variabilité génétique pour éviter tout «goulot d’étranglement ». Environ 220 brebis sont soumises au contrôle de performances.
 
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Matthieu Pires, 1er prix du concours
 
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Avranchin typique dans les années 1970 (photo Serge Chevallier)
 
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Avranchin au Salon de l'agriculture en 2012
 
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Moutons avranchins de l'élevage de Matthieu Pires
 
 
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Deuxième prix – la chèvre des fossés
Ce prix est revenu à L’association de sauvegarde et de promotion de la chèvre des Fossés (Bretagne) qui promeut non seulement la race, mais favorise l’éco-pâturage et accorde une grande importance à la gestion de cette race dans les espaces naturels.
Appelée aussi commune de l’Ouest, chèvre de l’Ouest, chèvre des talus, cette race, comme son nom l’indique est originaire de Bretagne et de Normandie. C’est à partir d’un troupeau féral (c’est-à-dire plus ou moins retourné à l’état sauvage) qui vivait au cap de la Hague que cette race a été reconstituée. Autrefois très commune, elle a régressé au cours du XXe siècle, si bien qu’en 2000, on ne recensait plus que 35 boucs et 80 chèvres. Aujourd’hui, et grâce notamment à l’association de sauvegarde, l’effectif est d’environ 1 000 animaux.
 
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 Une partie du troupeaude l'écomusée de Rennes en charge de l'association de sauvegarde
cette race.
 
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Bouc de l'écomusée du Rennes.
 
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Rien ne rebute une chèvre des fossés (photo Roland Gaillard)
 
 
Troisième prix - la brebis brigasque
En récompensant l’association de sauvegarde des éleveurs de brebis brigasques, le jury du prix honore tout d’abord un travail de valorisation original et diversifié : le lait et la laine. Mais ce qui est intéressant aussi, c’est que la sauvegarde de cette race participe au maintien d’un tissu social et économique dans un territoire difficile. En effet, il est bien possible que cette race ovine soit aujourd’hui la plus menacée sur le territoire français avec guère plus de 1 000 brebis. Elle est originaire de la haute vallée de la Roya, non loin de la frontière italienne. Elle est issue de plusieurs croisements entre une population locale (« petite Brigasque ») et animaux italiens.
Aujourd’hui, elle est confinée dans l’est du département des Alpes-Maritimes, singulièrement dans les cantons de Tende et de La Brigue (d’où son nom). On la trouve également en Italie voisine (Brigasca), où elle est un peu plus répandue.
 
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Troupeau de brigasques (photo APPAM)
 
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Brebis brigasques (photo Associaiton des éléveurs de brebis brigasques)
 
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Bel exemple d'animal. A noter le profil très busqué
(photo Associaiton des éléveurs de brebis brigasques)
 
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Cette race est particulièremenr bien adaptée aux étés chauds et secs et et aux hivers enneigés
(photo Associaiton des éléveurs de brebis brigasques)
 
Les prix seront décernés le jeudi 27 février 2014 à 18h au Salon de l’agriculture, Stand du ministère de l’agriculture (pavillon 4 – stand E102) à Paris, porte de Versailles. 
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L’énigme de la race bovine Morvandelle : suite…

Publié le par lesbiodiversitaires

Peu de temps après la publication de l'article Sherlock Holmes et la Morvandelle : histoire d’une vache mythique, nous avons découvert une nouvelle photographie qui ne laisse pas de nous intriguer.
 
La photo (ci-dessous) montre quatre moines agenouillés à terre et un attelage de deux bœufs tirant une charrue. La photo a été prise au monastère de la Pierre-qui-Vire, Yonne, et est intitulée « l’angélus aux champs ».
 
Morvandelle---boeufs---La-Pierre-Qui-Vire-89---debut-du-XX.jpg
 
Ce qui frappe le regard immédiatement, c’est que les bœufs, assez identiques, présentent une robe tout à fait similaire à celle de la race Morvandelle. De couleur « sombre » (visiblement rouge foncé, non noire), il  y a une ligne blanche sur le dos et la queue est blanche chez les deux animaux. La tête est également toute sombre chez l’animal du premier plan (on ne voit pas, ou à peine, celle du second). Il  y a peut-être une zone blanche sur le ventre du premier animal ; ses membres sont sombres (sauf les postérieurs qui semblent montrer des « balzanes » blanches).
Si on compare cette photo au tableau de Rosa Bonheur et au bœuf morvandiau qui y est représenté, la ressemblance est grande.
 
Boeuf-Morvandiau-R.jpg
 
Plus troublant encore, est que l’abbaye de la Pierre-qui-Vire se trouve exactement à 3,3km à vol d’oiseau de Quarré-les-Tombes, l’un des derniers lieux où l’on rencontrait des Morvandelles (voir notamment la dernière photo du précédent post). C’est peut-être là plus qu’une coïncidence…
Reste la datation de la photo. Elle nous est inconnue. Ce que l’on sait c’est que l’abbaye bénédictine de la Pierre-qui-Vire a été fondée en 1850. Les moines en ont été expulsés en 1903 et n’y sont revenus qu’en 1920. Soit cette photo date du tout début des années 1900 – date à laquelle il y avait encore des animaux de race Morvandelle -, soit elle date des années 1920. A cette date, il n’y a « officiellement » plus de morvandelles. Cependant, on ne connait pas la date disparition de cette race. Si Dechambre en parle en 1922, c’est pour dire que les animaux qui y ressemblent sont croisés avec des Charolais et on un pelage pie-café-au-lait. Ce n’est pas le cas des animaux de la Pierre-qui-Vire. Fanica (2006) estime quant à lui, qu’il y a eu probablement des Morvandelles jusque dans les années 1940 dans les endroits les plus reculés du Haut-Morvan. Quoiqu’il en soit, il est donc bien possible que la race Morvandelle ait survécu au-delà de ce qu’il est coutume de dire, c’est à dire le tout début du XXe siècle. Cette photo plaide pour cette hypothèse…
 
Références :
ŸDechambre  P. (1922). Traité de zootechnie - tome III : les bovins. Ch. Amat, Paris, 634pp.    
ŸFanica O. (2007). Mutations de l'élevage bovin en Gâtinais et en Brie. Ethnozootechnie 79 : 167-185.
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Sherlock Holmes et la Morvandelle : histoire d’une vache mythique

Publié le par lesbiodiversitaires

La race bovine Morvandelle reste encore aujourd’hui une énigme pour bon nombre de zootechniciens. Immortalisée dans un célèbre tableau par la peintre Rosa Bonheur, on ne sait pourtant pratiquement rien d’elle. Voici quelques éléments qui soulèvent un coin de ce voile mystérieux…
 
La race bovine Morvandelle a disparu depuis plus d’un siècle… Comme son nom l’indique, elle est originaire du Morvan. Dans cet univers bovin désormais totalement blanc ou presque, à cause de l’omniprésence de la Charolaise, la Morvandelle tranche singulièrement. Au XIXe siècle, on rencontre la Morvandelle, dans une région à cheval sur l'Yonne, la Nièvre, la Côte d'Or et la Saône-et-Loire (Avallon, Clamecy, Semur et Autun). Au tout début du XXe siècle, alors que la race est sur le point de s’éteindre, on ne la rencontre plus que dans le Haut-Morvan, autour de Quarré-les-Tombes, Semur-en-Auxois, Flavigny-sur-Ozerain et Montbard.
 
Ce n’est pas une race de grande taille (1,30 à 1,35 m au garrot). Les animaux ont la tête large, le front droit, le chignon proéminent, l’encolure forte, le corps court, le dos droit, la croupe plutôt large. Les membres sont réduits, courts, parfois déviés ; les fesses pointues, les cuisses minces et rapprochées, l’ensemble des formes anguleuses peu gracieuses avec l’épine dorso-lombaire mal soutenue. Le fanon est ample et pendant. Le genou de bœuf très prononcé, l’ossature peu volumineuse. Bref, ce ne sont pas des bovins très bien conformés.
Ce qui les distingue avant tout des Charolais c’est leur robe : celle-ci est pie-rouge ; le rouge se dégradant vers le jaune, mais aussi souvent assez foncé. Le blanc se trouve localisé sur le dos, la croupe ainsi que sous le ventre et à la face interne des membres et rappelle fortement la race autrichienne Pinzgauer de la région de Salzbourg. Cela tranche évidemment avec le blanc du Charolais !
De même, les cornes sont fines et longues, verdâtres, bien plantées sur le crâne.
 
photo 1
Boeuf Morvandiau in Moll & Gayot, 1860
 
 
Une disparition précoce
Pour parfaire le tout, la Morvandelle est mauvaise laitière et d’engraissement difficile, mais… Mais les bœufs sont réputés pour leur endurance et leur adresse. Courageux, ils semblent l’être à nul autre pareil. On dit même qu’ils sont recherchés et se vendent cher. Certains auteurs du début du XIXe siècle vont jusqu’à dire que ce sont les meilleurs du monde !
Ce qui va causer la perte de notre Morvandelle, ce sont choses très différentes. D’une part, l’émergence de routes dans un pays qui, vers 1830, est encore très mal « pavé ». Le bœuf morvandiau, particulièrement fort à la tâche, peut tirer des charroies sur de mauvais chemins, là où le Salers, le Charolais ou le Limousin sont à la peine. Les chemins et les routes, de plus en plus carrossables, permettent alors d’utiliser des animaux qui sont moins vaillants, mais qui ont un avantage certain. Et c’est cet avantage qui fait la différence avec la race Morvandelle. Alors que celle-ci, nous l’avons dit, s’engraissent très mal, les autres, comme le Charolais, s’engraissent fort bien. Dès lors, après avoir servi comme bête de trait, ces bœufs peuvent être engraissés et vendus à bon prix. Ce qui n’est pas le cas des bœufs morvandiaux. Si bien que la concurrence est rude et tourne à leur désavantage. Dès 1830, les auteurs signalent la diminution des effectifs. Les galvachers, ces habitants du Morvan qui se louent avec leurs bœufs pour les travaux de débardage du bois et du halage, délaissent peu à peu les bœufs locaux pour des races à meilleur rendement en boucherie comme les Charolais ou les Salers.
Dans les années 1870-1880, la race Morvandelle est déjà très rare, au début du XXe siècle elle a quasiment disparu. Elle est alors largement croisée avec la Charolaise et l’on voit ainsi des animaux au pelage pie-café au lait ou pie-rouge clair avec taches blanches aux endroits du pelage primitif de la Morvandelle (parfois encore le fanon épais). C’est donc probablement dans les années 1910 que disparait la Morvandelle, même si certains auteurs font état d’animaux encore présents dans le Haut-Morvan dans les années 1940…
 
Naissance d’un mythe
Il n’aura pas échappé au lecteur attentif que la disparition de la Morvandelle correspond à l’émergence de la… photographie. Donc de portrait officiel de la race, point. Il existe pourtant un vrai portrait, une peinture exécutée par la peintre naturaliste Rosa bonheur. Il s’agit de Labourage en Nivernais, peint en 1848. On y voit 6 paires de bœufs en deux attelages. Sur les 10 animaux visibles, 7 ou 8 d’entre eux sont des Charolais, au moins 3 ou 4 sont de couleur café au lait et pourrait être des animaux croisés, enfin le bœuf de droite de la troisième paire du premier attelage apparait comme un parfait bœuf de race Morvandelle.
 
photo 2
Labourage en Nivernais, Rosa Bonheur, 1848. Le bœuf de race Morvandelle est le troisième enpartant de la droite, au premier plan.
 
On sait que Rosa Bonheur peignait fidèlement ce qu’elle voyait. La robe est ici trop proche de celle de la Morvandelle pour n’y voir là qu’une coïncidence, d’autant que l’on est dans le Nivernais, non loin du Morvan. On pourrait également arguer du fait que l’animal semble d’une taille identique à celle des Charolais voisins, mais d’une part il y avait sûrement de la variabilité chez ces animaux comme dans toutes les races et, deuxièmement, il est possible que la peintre ait voulu donner à tous les animaux une conformation semblable. Pour l’ensemble des zootechniciens, c’est bien un bœuf de race Morvandelle qui est peint dans ce tableau. L’autre document d’époque, c’est le dessin au train qui figure dans l’ouvrage de Moll et Gayot, publié en 1860 et qui montre un « bœuf du Morvan » (voir ci-dessus). Là encore, la robe de l’animal est identique à celui de Rosa Bonheur et à ce qui est décrit dans la littérature du XIXe siècle. Hormis ces deux documents, rien n’est connu d’un point de vue iconographique.
 
En 2000, Philippe Berte-Langereau a publié une monographie très complète sur la Movandelle qui est la référence sur cette race. Plus récemment, un article, sous la plume de Jean-Claude Rouard, a été publié dans Bourgogne Nature. Tous deux présentent des photographies du début du XXe siècle censées montrer des animaux morvandiaux plus ou moins purs…
Ainsi la photo la plus connue de l’attelage des bœufs « morvandiaux » avec des galavachers à Voulaines-les-Templiers, Côte d’Or, en 1910, montre très vraisemblablement des animaux de type Tacheté de l’Est ou Montbéliard, mais nullement des Morvandelles.
 
photo 3 
Les bœufs de Voulaines-les-Templiers. Très certainement des bœufs de type Tachetés de l’Est.
 
Un animal à demi-caché à Moux-en-Morvan, Nièvre, vers 1908, peut-être un animal plus ou moins de type Morvandelle, mais on ne voit pas la tête.
 
photo 4
Animal de Moux.
 
Aucune des photos illustrant l’article de J.-C. Rouard ne montre d’animaux de type « Morvandelle ». Une photo d’un taureau, prise par Adrien Nadar dit Nadar Jeune lors de l’exposition universelle de Paris en 1855, avait été expertisée comme un taureau de race Morvandelle. Cependant, après réexamen, il est probable qu’il s’agisse d’un animal de race allemande Voigtlander ou plutôt même de la race Dux autrichienne.
 
A la recherche du Graal
Lors des recherches pour le livre A nos vaches…, un grand nombre de revues et de fonds photographiques ont été consultées. Malheureusement, pas la moindre photo de Morvandelle. Dès lors la question était : existe-t-il une photo de la race bovine Morvandelle ? Nous nous sommes alors tournés vers les cartes postales anciennes, notamment les photos prises dans des foires. Et c’est là que nous avons trouvé ce que nous cherchions…
 
Une vache photographiée lors d’une foire aux bestiaux vers 1905 à Avallon, Yonne, présente toutes les caractéristiques du pelage de la Morvandelle. Ligne du dos et ventre blancs, pattes colorées et sont parfaitement typiques d’une Morvandelle. Sur la carte postale que nous avons trouvée, on ne voit pas la tête.
 
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La vache d’Avallon en 1905…
 
photo 6
Le même animal grossi.
 
Quelque temps plus tard, nous avons trouvé une nouvelle carte de cette même foire avec ; cette fois-ci la tête visible en grande partie : il y a du blanc sur le chanfrein, le front et le haut du museau. Théoriquement la morvandelle a la tête colorée (rouge), mais on ne sait évidemment ce qu’il en était de la variation individuelle.
 
photo 7
Le même animal sous un autre angle. On devine une tête une partie blanche...
 
Une autre carte postale d’Ouroux-en-Morvan, Nièvre (dans l’aire de répartition de la race), montre un bœuf photographié dans les années 1900, qui présente une bande dorsale blanche, de même qu’une partie du ventre et le fanon. La couleur générale est probablement rouge, y compris la tête. Il s’agit donc probablement d’une Morvandelle, même si, évidemment, on ne peut garantir la pureté.
 
photo 8
Les flèches jaunes montrent l’animal. On voit bien la ligne dorsale blanche et la tête entièrement unie.
 
La carte postale suivante prise également au début du XXe siècle, à Moulins-Engilbert, également en pleine zone « morvandelle », présente une paire de bœufs dont l’animal de droite est entièrement rouge, avec ce qui semble être une étoile blanche au front et du blanc au fanon, et au moins sur le ventre. L’influence « morvandelle » est également probable même si l’animal n’est sans doute pas de race pure (absence de ligne blanche sur le dos).
 
photo 9
Bœuf photographié à Moulins-Engilbert (le deuxième à gauche).
 
photo 9 bis
Grossissement…
 
Sur la carte postale suivante, de nouveau à Moux (cf. ci-dessus), l’animal de gauche n’est pas assez gros pour être certain de la répartition des teintes sur l’animal.
 
photo 10
Bœuf photographié à Moux en 1924 ; sans doute très (trop ?) tardif pour un animal Morvandiau.
 
En grossissant, on devine pourtant un animal sombre avec peut-être une ligne blanche sur le dos.
 
photo 11
 
Des animaux assez proches de la Morvandelle ont également été trouvés sur de vieilles photographies.
Ainsi l’animal ci-dessous, qui vient du Morvan, gardé par une vieille Morvandelle, mais la vache semble avoir un peu de blanc à la tête et beaucoup aux membres.
 
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De même cette paire de vaches, photographiée en Bourgogne, est intéressante, mais ni l’une ni l’autre n’ont l’ensemble des critères morvandiaux.
 
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Enfin la carte montrant une foire à Quarré-les-Tombes, Yonne, vers 1907, au cœur même du dernier bastion de la race Morvandelle est peut-être le « Graal » de cette quête.
 
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Les deux animaux de Quarré-les-Tombes
 
 
En effet, au centre de la photo, mais un peu au fond, on distingue nettement une vache accompagnée de son veau (visiblement une velle), apparemment de couleur rouge. En grossissant, on peut noter les caractères suivants, repris ici :
 
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1 – les deux animaux ont une ligne blanche sur le dos.
2 – le ventre de la génisse est en partie blanc (non visible sur la vache).
3 – le bas du fanon est blanc chez les deux animaux
4 – la tête de la velle – et sans doute celle de sa mère – est entièrement sombre.
5 – les cornes de la vache sont longues
 
Certes il pourrait y avoir un peu plus de blanc sur le haut des membres, mais n’oublions pas la variété de robes quasiment permanente chez les races bovines. Il faut également noter sur cette dernière photo d’un animal « sombre » à gauche de la charrette de droite. Cependant, on ne distingue aucune ligne dorsale blanche.
 
Ainsi, après de longues recherches nous avons une idée de ce pouvait être la Morvandelle et sans doute quelques-unes des clichés présentés ici nous renseignent-ils assez précisément sur cette race disparue et mythique.
Est-ce que tous les animaux étaient du type décrit ? Nous avons trouvé une photo très ancienne d’une vache entièrement sombre (noire ?) devant une chaumière morvandelle, visiblement appartenant à des paysans pauvres.
 
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Moll et Gayot (1860) citent une vache de couleur noire, parfois ardoise ou pie, qui vivait jusqu’au début du XIXe siècle dans le sud de la Côte d’Or. Un rapport possible avec la Morvandelle ?
 
Par la suite, certaines photos montrent des animaux qui pouvaient avoir du sang « morvandiau » comme les deux clichés ci-dessous :
 
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photo-18.jpg
 
 
… mais rien n’est certain.
 
 
Il y a peut-être encore des photos de véritables Morvandelles à découvrir. Les années futures nous le diront peut-être. Si vous en connaissez merci de nous le faire savoir. Vous contribuerez alors à résoudre avec nous l’énigme de la vache Morvandelle !
 
 
Bibliographie
 
ŸBerte-Langereau Ph. (2000). La vache morvandelle. Camosine - Les Annales des pays nivernais 101, 36p.
Ÿ Dechambre  P. (1922). Traité de zootechnie - tome III : les bovins. Ch. Amat, Paris, 634pp.
Ÿde Lapparent H. (1914). Etude sur es races bovines. Variétés et croisements de l'espèce bovine en France. Extrait du Bull. mens. De l'Office des Renseignements agricoles,136pp.
ŸDiffloth P. (1905). Sur les croisements de la race bovine bretonne Journal d'Agriculture pratique 1905 : 681-682.
ŸDubois Ph. J. (2011). A nos vaches. Inventaire des races bovines disparues et menaces de France. Delachaux & Niestlé. 448p.
ŸMoll L.& Gayot E. (1860). La connaissance générale du bœuf. Etudes de zootechnie pratique. Frimin Didot, Paris, 600p.
ŸRouard J-C. (2011). La vache morvandelle : à la recherche d’une race perdue. Rev. Sci. Bourgogne Nature HS 8 : 52-55.
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Le caracal, un félin à protéger en Afrique du Sud

Publié le par lesbiodiversitaires

Petite excursion vers la faune lointaine. Nous avons demandé à Marine Drouilly, qui prépare une thèse sur le caracal en Afrique du Sud, de nous faire découvrir ce magnifique prédateur.                 
 
Chez nous, on ne connait pas vraiment cet animal, et pourtant, il est présent sur deux continents, en Afrique et en Asie. Alors, c’est quoi, le caracal ?
M. D. : Le caracal (Caracal caracal) est le plus grand des petits félins africains. Il est souvent appelé « lynx du désert » de part ses oreilles pointues prolongées par une touffe de longs poils noirs pouvant atteindre 8 cm de long. Son nom vient d’ailleurs du Turc Karakulak signifiant « oreilles noires ». Cependant, le caracal n’est pas un lynx et il est davantage apparenté au chat doré africain (Caracal aurata) et au serval (Leptailurus serval) qu’au lynx eurasien. Le caracal vit dans les milieux arides et semi-désertiques d’Afrique, d’Asie centrale et d’Asie du sud-ouest jusqu’en Inde.
C’est un magnifique animal reconnaissable à son pelage variant du marron clair au roux (son nom Afrikaans est rooikat « chat rouge ») et dont les pattes postérieures sont plus longues que les antérieures. Cette caractéristique lui sert à bondir sur des oiseaux en vol, jusqu’à 2 mètres de hauteur. Les micromammifères et lézards font aussi partie de son régime alimentaire. Pesant entre 10 et 20 kg, les caracals s’attaquent également à de grandes antilopes de 40 kg comme les springboks.
 
Caracal -M. Drouilly 
Les touffes de poils noirs à l’extrémité des oreilles du caracal lui serviraient à communiquer
son humeur à ses congénères. (photo M. Drouilly) 
 
Pourquoi cet animal pose-t-il des problèmes en Afrique du Sud, tandis que d’autres pays ont interdit sa chasse ?
M. D. : Le caracal est très répandu en Afrique (hors sud du Sahara et forêts équatoriales) et est donc classé par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) comme « préoccupation mineure ». En Asie, en revanche, il est considéré comme rare du fait de ses populations plus clairsemées.
En Afrique du Sud et en Namibie, le caracal est plus commun qu’ailleurs et aucune protection locale n’existe. Il est même considéré comme « nuisible » car il arrive qu’il s’attaque au petit bétail non protégé, notamment aux moutons. Les fermiers peuvent l’abattre sans restriction et le font par piégeage, chasse nocturne et empoisonnement. Une étude menée par Stuart en 1982 s’est intéressée au nombre de caracals tué annuellement entre 1931 et 1952. Rien que pour la région semi-désertique du Karoo, en Afrique du Sud, 2 219 caracals ont été tués en moyenne chaque année sur cette période. La situation est similaire en Namibie où les fermiers ont rapporté – par le biais d’un questionnaire – avoir tué 2 800 individus en 1981.
La plupart des fermes sud-africaines et namibiennes ont perdu leurs grands prédateurs comme les hyènes et les lions, amenant le caracal et souvent aussi le chacal à chabraque à prendre leur place. N’ayant plus de prédateurs naturels, dans des milieux où ils trouvent de l’eau toute l’année et des proies faciles (agneaux, moutons), il se pourrait que les populations de ces prédateurs explosent. Des études sont en cours pour le démontrer.
 
Photo3 - Caracal   
Une femelle caracal photographiée par un piège photo et équipée d’un collier GPS a tué un springbok
de 40 kg, soit 3 fois son poids. Colliers GPS et pièges photographiques permettent de mieux connaître
cet animal solitaire et discret, principalement nocturne.
 
Quelles mesures est-il possible de mettre en place pour le protéger ?
M. D. : On ne protège que ce que l’on connaît bien. Plus de recherche est donc essentiel pour mieux comprendre l’écologie spatiale et comportementale de l’espèce, et notamment dans les fermes et en Asie. Très peu d’études scientifiques ont été menées sur cet animal et celles existantes datent des années 80, ont employé des technologies aujourd’hui dépassées et sur très peu d’individus. Par ailleurs, il serait particulièrement important de connaître la tendance des différentes populations de caracals et de revoir son statut dans certaines régions (dernière évaluation en 2008). Certaines populations sont peut-être en expansion mais d’autres se réduisent comme peau de chagrin.
Une étude à paraître par Stuart & Stuart montre que la prédation sur les troupeaux dépend de la disponibilité en proies sauvages. Il est donc important de conserver ces mêmes proies au sein des fermes et dans tous les milieux où le caracal est présent. Un autre point important est de préserver ses prédateurs naturels comme le léopard.
Enfin et surtout, des techniques de protection des troupeaux doivent impérativement être mises en place dans les fermes en Afrique australe. Les chiens de protection (type berger d’Anatolie) associés à un berger, ou encore le rassemblement des brebis dans des structures protégées proches du corps de ferme lors de l’agnelage sont le minimum qui devrait être fait.
En cas de réel conflit avec un individu – et ce malgré les moyens de protection mis en place – l’emploi de méthodes de contrôle d’un autre âge comme le poison ou les pièges à mâchoire non sélectifs doit être supprimé au profit de méthodes plus humaines et sélectives ne visant que l’animal concerné. Cela permettra d’abord d’éviter de tuer des espèces non ciblées comme les petites antilopes, les genettes ou encore les protèles, mais aussi les caracals se nourrissant uniquement de proies sauvages. Par ailleurs, cela permettra d’améliorer l’image des éleveurs de petit bétail qui sont parfois vus comme des exterminateurs de vie sauvage, ici en Afrique du Sud.
  
  caracal - MD
    Les épaules du caracal sont plus basses que ses pattes arrières, très musclées,
lui permettant d’attraper des oiseaux en vol comme les francolins. (photo M. Drouilly)
 
Le site de Marine : http://marine-drouilly.com/  
Rencontre avec un caracal, par Thierry Quélennec

Rencontre avec un caracal, par Thierry Quélennec

Publié dans Biodiversité sauvage

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Des loups en Afrique ? Oui, c’est possible !

Publié le par lesbiodiversitaires

On pensait jusqu’alors que le loup gris Canis lupus, celui d’Eurasie et d’Amérique du nord, était uniquement cantonné à ces continents. On vient, de curieuse manière, de le découvrir en Afrique.
 
Les loups sont maîtres dans l’art de se faire discrets et passer inaperçus. Mais tout de même : n’avoir jamais été repéré depuis des siècles et des siècles sur le continent africain relève de l’exploit. Car hormis le superbe loup d’Ethiopie, appelé aussi loup d’Abyssinie Canus simensis, plus proche d’ailleurs des chacals, « notre » loup européen, le loup gris, était totalement inconnu en Afrique. Alors comment se fait-il qu’il ait été découvert tout récemment seulement ? Serait-il arrivé en Afrique voici peu ? Vraisemblablement pas et il s’y trouve sûrement depuis des centaines de milliers d’années. Non, il a trouvé un subterfuge : il s’est déguisé en chacal.
 
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Loup d’Afrique photographié en Égypte (photo Lajos Nemeth-Boka).
 
Le chacal doré Canis aureus est bien connu de toute la moitié nord de l’Afrique, de même qu’au Moyen-Orient, et une partie de l’Asie méridionale jusqu’en Inde et en Thaïlande. Le loup gris, qui vient d’être découvert en Afrique, est présent probablement dans une aire géographique très vaste, puisqu’on l’a trouvé en Egypte, en Algérie, au Maroc et à l’ouest jusqu’au Mali et au Sénégal ! Canis lupus lupaster (c’est son nom complet) ressemble en réalité assez fortement à un chacal. Mais les études de terrain, notamment menées par Philippe Gaubert, Cécile Bloch et leurs collègues, montrent que le loup est plus massif, plus corpulent que le chacal, qu’il possède des oreilles un peu plus courtes, une tête plus large, une fourrure plus sombre, un caractère nettement plus solitaire également. De même, quand les animaux sont côte à côte autour d’une carcasse, le loup domine sur le chacal. Génétiquement également, le loup d’Afrique est bien différencié du chacal. Il serait même sans doute une des lignées les plus anciennes du loup gris dans son ensemble. Il n’est pas impossible qu’il y ait des hybridations entre les deux espèces, mais il reste des questions sans réponse sur la variation morphologique possible du chacal doré en Afrique. On observe en effet des animaux de morphologie intermédiaire sans qu’il soit possible, pour le moment de dire s’il s’agit de loup, de chacal ou d’animal hybride.
 
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Loup d’Afrique photographié au Sénégal (photo Cécile Bloch MNHN/CNRS).
 
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Chacal doré (source : Wikipedia Commons).
 
Des animaux ressemblant au loup ont été filmés au Maroc en septembre 2012 (voir ici). Nous ignorons si cette donnée a été confirmée par les spécialistes, mais la présence du loup gris semble désormais avérée au Maroc (Moyen-Atlas) par une équipe hispano-marocaine.
 
La sous-espèce lupaster était en réalité connue de longue date, mais on l’avait jusqu’alors classée avec le chacal. Les observations et études récentes prouvent que c’était une erreur. Quant au dieu égyptien Oupouaout, dieu tutélaire de la ville d’Assiout et censé être éclaireur et protecteur de la personne royale, on disait qu’il était mi-homme mi-chacal. Il se pourrait bien qu’il fut en fait mi-homme, mi-loup.
 
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Oupouaout, le dieu égyptien mi-homme, mi-… loup ? (source Wikipedia Commons).
 
L’histoire du loup en Afrique n’est sans doute pas terminée. En 2002, un canidé ressemblant fortement à un loup, mais différent de lupaster a été observé et photographié dans le désert du Danakil, en Erythrée. On ignore encore à quelle espèce il appartient ou s’il s’agit d’une nouvelle espèce pour la science.
 
Références :
Gaubert P., Bloch C., Benyacoub S., Abdelhamid A., Pagani P., et al. (2012) Reviving the African WolfCanis lupus lupaster in North and West Africa: A Mitochondrial Lineage Ranging More than 6,000 km Wide. PLoS ONE 7(8): e42740. doi:10.1371/journal.pone.0042740.
Rueness EK, Asmyhr MG, Sillero-Zubiri C, Macdonald DW, Bekele A, et al. (2011). The Cryptic African Wolf: Canis aureus lupaster Is Not a Golden Jackal and Is Not Endemic to Egypt. PLoS ONE 6(1): e16385. doi:10.1371/journal.pone.0016385.
Tiwari, J.K. and Sillero-Zubiri, C. 2004. Unidentified canid in the Danakil desert of Eritrea, Horn of Africa. Canid News 7.5
Urios V., Ramírez C., Gallardo M. & Rguibi Idrissi H. (2012). Detectan al lobo en Marruecos gracias al uso del foto-trampeo. Quercus 319 (Septiembre 2012).

Publié dans Biodiversité sauvage

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