Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Hirondelle de fenêtre à Paris : la fin ?

Publié le par lesbiodiversitaires

L’hirondelle de fenêtre est-elle en train de disparaître de Paris ? A en croire les ornithologues parisiens qui l’étudient, on peut le craindre.  
        
Attention ! il ne faut pas confondre hirondelles et martinets : ces derniers, ce sont ces oiseaux au plumage noir qui sillonnent le ciel des villes – et de Paris – les soirs d’été, en poussant des stridulations. Nous en avons parlé il y a quelques temps.
L’hirondelle de fenêtre – Delichon urbicum pour les scientifiques – est beaucoup moins fréquente à Paris que le martinet noir. Elle peuple cependant depuis longtemps la Capitale, nichant ou ayant niché sur des bâtiments célèbres de la ville comme le Louvre, le Caroussel, le Pont Neuf, etc.
 
On la reconnait et la distingue aisément du martinet noir par sa taille inférieure, ses ailes nettement plus courtes, son ventre blanc, de même que son croupion, lequel tranche vivement sur le dos et les ailes bleu nuit de l’oiseau.
 
Sans-titre-2.jpg 
Hirondelle de fenêtre (photo Fabrice Jallu)
 
Depuis 1993, les ornithologues parisiens font des recensements le plus précis possible des couples qui se reproduisent. Ainsi, cette année-là, il y en avait autour de 600 couples, répartis sur 10 arrondissements. Ce chiffre devait d’ailleurs être un minimum. Les années suivantes, les effectifs étaient un peu inférieurs, mais les recensements n’étaient vraisemblablement pas complets. En 2006, après un comptage très précis, on atteint le chiffre de 550 couples, un record, mais un mois de juillet caniculaire, suivi d’un mois d’août pluvieux, froid et venteux provoquent une très forte mortalité des jeunes et d'une partie des adultes.
Les oiseaux ne s’en remettent visiblement pas : en 2007, on ne compte, selon Pablo Golondrino et Olivier Sigaud, que 145 couples et 100 en 2009. A partir de 2010, se produit une très lente remontée (130 à 140 couples), mais l’espèce a disparu des 6e, 15e et 17e arrondissements. En 2013, toujours selon Pablo, on atteindrait péniblement les… 75 couples.
 
photo-2.jpg
Hirondelles de fenêtre en train de collecter de la boue pour la construction de leurs nids
 
Ce qui est très inquiétant c’est que le déclin l’hirondelle de fenêtre ne touche pas que Paris mais visiblement l’ensemble de l’Ile-de-France. Ainsi on estimait à peu près à 20 000 le nombre de couples nichant dans la région en 2004. Pablo Golondrino, qui sillonne l’Ile-de-France en tous sens  pour étudier l’espèce, se montre en effet très pessimiste.  Il n’y avait sans doute plus que 8 000 couples pour toute la région en 2007, chiffre probablement divisé par deux en 2013 avec 4 000 couples nicheurs. Des sites célèbres, comme le château de Versailles, comptait 423 couples en 2004, seulement 80 en 207 (mais 140 en 2012). Il n’y en a 52 couples cette année…
 
photo-3.JPG
Jeune  hirondelle de fenêtre au nid, peu avant l’envol.
 
L’hirondelle de fenêtre se reproduit sur les façades des maisons et des immeubles, sous les rebords des fenêtres et des balcons, les encorbellements, sous les gouttières, etc.  Certes, elle fait quelques salissures avec ses fientes, mais dans notre monde que l’on veut totalement aseptisé, les propriétaires de maisons ou de pavillons ne supportent pas ces messagères du printemps (et porte-bonheur dans bien des pays du monde) et détruisent les nids. Ce qui, au passage, est interdit par la loi et passible de plusieurs centaines d’euros d’amende !  Du coup, l’avenir des hirondelles de fenêtre est peut-être meilleur sur les bâtiments publics – où les protecteurs des oiseaux tâchent de convaincre de la nécessité de protéger les nids et les oiseaux – que sur les habitations individuelles. A Pontoise (Val d’Oise), où nous suivons depuis des années les hirondelles sur le bâtiment de la gare SNCF ainsi que sur le château de Grouchy à Osny (commune voisine), les effectifs se maintiennent vaille que vaille. Il faut dire que la gare d’Osny a posé des nichoirs à notre demande et qu’il a fallu faire intervenir le président de la LPO pour que la mairie d’Osny ne passe pas au karcher les nids des squatteurs ailés…
 
photo-4.jpg
Nids artificiels d’hirondelles de fenêtre (flèches rouges) posés sur la gare SNCF de Pontoise (Val d’Oise) qui favorisent l’installation des nids naturels (flèches jaunes) et le maintien des colonies.
 
Conditions climatiques difficiles, destructions (illégales) des nids sur les bâtiments, manque évident d’insectes (surtout dans les villes), sans compter les aléas de la migration et des conditions d’hivernage difficiles en Afrique, tout semble se liguer contre notre Delichon. J’ai le souvenir de groupes virevoltants au-dessus du Pont-Neuf à Paris, voici encore quelques années. Cette image appartient désormais au passé.
Perte dans la Capitale, perte dans la région, et sans doute perte en France, l’espèce est aussi en diminution en Europe. Comme beaucoup de petits passereaux insectivores te migrateurs, l’avenir de l’hirondelle de fenêtre, à Paris comme ailleurs, est chaque jour un peu plus incertain.
 
source-European-Bird-Census-Council.png
Indice d’abondance de l’hirondelle de fenêtre en Europe, période 1980-2009
(source : European Bird Census Council).
 

Publié dans Biodiversité sauvage

Partager cet article

Races domestiques de Corse : une île encore préservée

Publié le par lesbiodiversitaires

La Corse recèle une belle diversité de races domestiques, largement préservée de l’influence de races continentales. Du moins c’est ce qui est aujourd’hui souhaité par les acteurs locaux. C’est une bonne initiative que de maintenir ces races – pour la plupart à faibles effectifs – ou d’essayer de revenir aux sources. Petite visite guidée.
 
Cheval corse
C’est une race très ancienne, qui a subi, au fil des siècles, des influences notamment avec des chevaux barbes, mais aussi espagnols et arabes.
Ce cheval racé, au caractère froid, est très beau. A sa silhouette svelte et assez élancée, il allie une endurance à toute épreuve et un pied sûr. Il fut longtemps compagnon des bergers, animal de bât, servant aussi à l’agriculture, mais également à la guerre et devient, de nos jours, cheval de loisirs (endurance, randonnée, monte western). De 1,30 m à 1,50 m au garrot, il possède une robe baie, parfois noire et sans marques blanches (une étoile au front est tolérée).
A la fin du XIXe siècle, on estime à plus de 10 000 le nombre de chevaux corses. Une consultation de documents anciens (cartes postales ou autres) montre que l’âne et la mule étaient probablement plus communément présents que le cheval. Mais le cheval corse a beaucoup diminué et, après avoir été au bord de l’extinction, on compte aujourd’hui 150 à 160 juments et 10 étalons. En 2012, la race Corse a été reconnue officiellement. De nos jours, celle-ci est totalement liée à la Corse et n’est pas élevée sur le Continent.
 
 
Cheval corse - Borgo-2B - 2013.05.05 ER B1
Jument pleine, élevage Santoni, Borg, Haute-Corse
 
 
Races-corses-1722.JPG
Jument, élevage Chiaroni, Patrimonio, Haute-Corse
 
 
Cheval corse (étalon)- vers Saint-Florent-2B - 2013.05.06
Etalon, élevage Provent, Farinole, Haute-Corse
 
 
 
Âne corse
Comme le cheval, et les autres races, l’âne corse est présent sur l’île depuis la nuit des temps. Il est le compagnon fidèle des petits cultivateurs, capable d’endurer beaucoup et de rendre tous les services possibles pour le bât.
La race n’est pas (encore) reconnue. Il en existe deux formes. Le type de petite taille, à la robe grise et portant la croix de Saint-André, d’un garrot d’environ 1,17 m. Il ressemble donc un peu à l’Âne gris de Provence, mais il est probable qu’autrefois sa taille ne devait pas dépasser un mètre. L’autre type, plus grand, qui a subi l’influence de l’Âne catalan (et aussi le Baudet du Poitou), est de couleur brune, plus sombre et mesure 1,24 m en moyenne au garrot.
U sumeru (c’est son nom corse) était très commun jusqu’au début du XXe siècle, puisqu’on en comptait 20 000 dans les années 1930. Ses effectifs ont chuté à 3 100 en 1970 et l’on ne compte aujourd’hui guère plus de 300 individus de souche pure. Cela dit, il semble qu’il n’y ait pas eu beaucoup d’apport de sang continental au cours des dernières décennies.
 
La bonne adresse : Insul’âne, lieu-dit Igliastre, 20270 Tallone.
 
 
797_001.jpg
Anes corses petit format (au centre) et grand format, vers les années 1930
 
 
Ane-corse--petit-format---Patrimonio-2B---2013.05.06-ER-B2.JPG
Anes corses (petit format), Patrimonio, Haute-Corse
 
 
Mule corse
Pas étonnant qu’avec un cheval et un âne locaux, on ait des mules en Corse. Comme l’âne, elle était très commune autrefois, mais ici comme ailleurs, elle a subi la concurrence de la traction motorisée. Dans le même temps, l’armée cesse d’en produire. Elle est donc devenue très rare également. On en comptait encore 7 500 en 1925, seulement 500 en 1981. Nous ignorons les effectifs actuels. Cependant, il semble à présent qu’elle retrouve quelques couleurs, étant utilisées notamment pour des randonnées en montagne corse.
Autrefois, elle était de petite taille, mais avec l’apport de baudets venus de France et d’Italie, elle a gagné en taille pour atteindre aujourd’hui 1,35 à 1,40 m. Sa robe est baie.
La Mule corse n’est pas reconnue.
 
488_001.jpg
Chevrier et sa mule, années 1950
 
 
Mule-corse---vers-Morosaglia-2B---2013.05.05-ER-B1.JPG
Mule vers Morosaglia, Haute-Corse
 
 
Vache corse
La vache corse fait partie du patrimoine insulaire. C’est une race très ancienne, qui a probablement des origines grecques et balkaniques, mais peut-être aussi d’Afrique du Nord, tant les influences mauresque, sarrasine et byzantine sont importantes.
C’est une vache de petit gabarit, initialement de 1 m à 1,10 m au garrot (mais qui a grandi à la suite de croisements et de modification du système d’élevage). La race Corse est sobre, vigoureuse. Elle a le pied sûr et se rencontre dans des milieux hostiles (haute montagne, maquis).
Elle a subi de nombreux croisements à partir des années 1970, notamment avec l’importation d’animaux de races Charolaise, Limousine puis Aubrac. Les troupeaux de la plaine orientale sont très métissés, et c’est en montagne (Castagniccia, Niolu, etc.) que l’on rencontre encore des animaux purs. Les taureaux de race purs sont d’ailleurs nombreux à l’état sauvage, plus agiles que ceux d’autres races pour se déplacer dans les pentes escarpées.
La couleur de la robe est très variable. Celle qui semble la plus typique, en tout cas, c’est un pelage fauve, fauve foncé à extrémités noires, voire presque noire. Egalement robe roussâtre, froment, mais aussi pie noire, pie-rouge, gris sans teinte définie, parfois « tigrée ». Les cornes sont assez longues, disposées généralement en croissant, les pointes ordinairement dirigées vers l'intérieur ou vers le haut.
Les effectifs sont difficiles à connaître. On estime ainsi à 10 000, le nombre de vaches mères au début des années 2000, mais cela englobe des animaux croisés. Le nombre de « vraies » vaches de race Corse se situe plutôt autour de 3 000 à 4 000.
Depuis 2003, s’est mis en place un travail pour donner un vrai standard à la race, garder un cheptel de race pure et valoriser la viande comme cela a été fait avec la charcuterie. C’est un travail de longue haleine mais qui est vital si l’on veut que la race Corse survive.
La divagation des animaux semble poser problème à certains fonctionnaires en poste sur l’île, pour des raisons de sécurité routière. Il est aussi possible de rouler moins vite sur les routes corses pour le bonheur des vaches et du nôtre !
 
La bonne adresse : Corsica Vaccaghji, 7 rue Colonel Ferracci 20250 Corte.
 
Corse---taureau---Bastia-Corse---FD---NN18.jpg
Taureau, Bastia, débtu du XXe siècle. Noter le petit format de l'animal
 
 
Corse---taureau---Calacuccia-2B---2013.05.06-ER-B1.JPG
Jeune taureau à robe fauve charbonnée, Calacuccia, Haute-Corse
 
 
Corse---vache---Barcaggio-2B---2013.04.30-B2.JPG
Vache froment charbonnée à robe et cornes assez typiques, Barcaggio, Haute-Corse
 
 
Corse---vache-1---col-de-Rogliano-2B---2013.05.03-ER-B1.JPG
Vache, col de Rogliano, Haute-Corse
 
 
Corse---vache-1--petite-taille----Albertacce-2B---2013.05.0.JPG
Vache pie-rouge (petit format), Albertacce, Haute-Corse
 
 
Chèvre corse
Cette chèvre d’origine très ancienne appartient probablement au rameau méditerranéen. Elle a subi probablement des métissages avec des animaux en provenance d’Italie et d’Afrique du Nord. Comme les autres races domestiques, la race Corse est particulièrement bien adaptée aux zones difficiles (maquis, brousse, montagne).
La chèvre pèse entre 35 et 45 kg, et elle a gagné un peu en poids au fil des décennies. Elle est de robe polychrome, c’est-à-dire assez multicolore, panachée : noire, blanche, grise, beige ou ou marron, parfois pie ou tricolore. Le poil est long ou mi-long. Les cornes sont parallèles et recourbées vers l’arrière (il y a des individus « mottes », c’est-à-dire sans cornes).
La population insulaire a régressé passant d’environ 150 000 animaux dans les années 1990 à 45 000 dans les années 2000 et environ 30 000 aujourd’hui. En 20 ans, la filière a perdu 40 % de son cheptel. La race est cependant reconnue officiellement.
L’élevage des chèvres est à double voie. D’abord, historiquement, pour la viande, avec notamment la production de cabris particulièrement prisés au moment des fêtes de Noël. Mais la production fromagère a contribué au renom de la chèvre corse. Elle produit non seulement le fameux brocciu (à base de lactosérum et qui possède à présent son AOP), mais aussi un grand nombre de fromages locaux, particulièrement bons pour ceux qui aiment les fromages qui ont du goût. Si le fromage corse s’exporte vers le contient, la race Corse, en revanche, se trouve quasi exclusivement sur l’île.
 
La bonne adresse : Capra Corsa, Chinio 20160 Vico.
 
 
Chevre-corse---debut-du-XXe-siecle.jpg
Chèvres, début du XXe siècle. Noter la petite taille des animaux
 
 
Chevre-corse---Calacuccia-2B---2013.05.06-ER-B2.JPG
Chèvre, Calacuccia, Haute-Corse
 
 
Chevre-corse---vers-Morosaglia-2B---2013.05.05-ER-B5.JPG
Chèvre, Morosaglia, Haute-Corse
 
 
Mouton corse
Cette race très ancienne appartient, avec la Sarde, à la famille des races jareuses méditerranéennes (laine à poils longs et raides). C’est un mouton de petite taille, qui ne pèse guère plus de 35-40 kg pour la brebis. Elle se caractérise par une tête fine, de petites oreilles, et, ce qui est remarquable, c’est la finesse des pattes alors même que l’animal est capable d’aller sur des terrains très accidentés ! Le mâle porte des cornes enroulées en spirales alors que la brebis peut en posséder mais pas nécessairement. La toison est constituée de longues mèches qui protègent bien les animaux en hiver et contribue à leur grande rusticité. Elle est indifféremment noire, blanche, rousse ou grise, même si, autrefois, elle était majoritairement noire.
Le mouton corse valorise parfaitement les terrains difficiles. L’hiver, il fréquentait autrefois les zones littorales et marécageuses, l’été les montagnes du centre de l’île. Cette double transhumance n’existe plus, et celle d’été a quasiment disparu, les troupeaux s’étant sédentarisés.
La population ovine corse s’élève à un peu plus de 100 000 animaux, de race Corse dans leur très grande majorité. Il existe à présent quelques troupeaux de cette race sur le Continent.
Elle est surtout réputée pour son lait, plutôt abondant et de bonne qualité. Le fromage de brebis corse est lui aussi très ancien, mais sa production s’est industrialisé à partir de la fin du XIXe siècle quand les industriels laitiers, venus de Roquefort, ont débarqué sur l’île.
Aujourd’hui les variétés de fromage de brebis corses sont nombreuses, très souvent excellentes. Comme la chèvre, le mouton corse participe aussi à l’élaboration du fameux brocciu, mais aussi à des tomes et à des fromages fermiers de grande qualité.
 
La bonne adresse : OS Brebis Corse, Domaine de Casabianda, 20 270 Aleria.
 
Corse--beliers---RZ-annees-1920-B1.JPG
Béliers, début du XXe siècle
 
 
Mouton-Corse---Macinaggio-2B---2013.04.27-B3.JPG
Brebis, Macinaggio, Haute-Corse. Les animaux ont gagné en taille
 
 
Moutons-corses---Macinaggio-2B---2013.05.03-ER-B4.JPG
Troupeau, Macinaggio, Haute-Corse
 
 
Nustrale
Le Nustrale est le porc corse, celui que l’on voit en forêt ou sur les bords de la route. Son histoire est intéressante : il est sans doute inféodé au rameau des porcs ibériques. Mais l’influence du sanglier n’est pas étrangère. On dit même que le sanglier corse serait issu du marronnage de porcs retournés à l’état sauvage ce qui reste toutefois hypothétique ! Il n’est pas rare de voir des animaux qui ressemblent visiblement des hybrides de porc et sanglier, mais aussi voir des sangliers se nourrissant loin d’une troupe de cochons.
Le Nustrale est de taille moyenne, il possède un groin en général allongé et pointu. La robe est le plus souvent noire, ou grise, mais on rencontre aussi des animaux de couleur rosée ou pie-rosé. Les oreilles sont le plus souvent tombantes et l’animal adulte pèse entre 200 et 220 kg.
Beaucoup de porcs vivent à l’état libre et beaucoup aussi ont été croisés avec l’omniprésent Large White. Si bien qu’il n’est pas toujours facile de reconnaître un animal de race pure. Il y en avait environ 4 000 en 1983, mais seulement quelques centaines aujourd’hui.
Les éleveurs essaient de promouvoir la race, reconnue officiellement depuis 2006, et de valoriser ses produits, notamment par la recherche d’un AOP, pour contribuer utilement à la charcuterie corse dont la renommée a dépassé les limites de l’île.
 
La bonne adresse : Association Régionale pour la Gestion de la Race Porcine Corse, Lieu-dit Canale 20133 Ucciani.
 
 
porc-de-Corse---Race-Nustrale---M.-Poggi.JPG
Groupe de porcs Nustrale présentant le standard parfait (photo M. Poggi)
 
 
Nustrale---vers-le-col-de-Vergio-2B---2013.05.06-ER-B2.JPGP
orcs Nustrale, sans doute plus ou moins hybridés, vers le col de Vergio, Haute-Corse
 
 
Nustrale---vers-le-col-de-Vergio-2B---2013.05.06-ER-B1.JPG
Porcelet Nustrale, vers le col de Vergio, Haite-Corse
 
 
Cursinu
Cursinu veut dire chien en Corse. Cette race de chien ancienne, connue depuis le XVIe siècle, est très polyvalente. On l’utilisait autrefois tout aussi bien pour garder le foyer que les troupeaux, et même pour la chasse aux sangliers. Aujourd’hui, c’est un excellent chien de compagnie. Comme toutes les races domestiques corses, c’est un animal frugal, rustique et endurant. Il est plutôt calme, docile, mais reste très proche de son maître et garde ses distances avec les étrangers.
Il appartient au groupe 5 dans le classement des chiens, c’est-à-dire aux « chiens de type Spitz et type primitif ». Il mesure 45 à 58 cm au garrot et pèse une vingtaine de kilos. Son poil est court à mi-long et il est souvent de couleur fauve bringé ou charbonné. Sa queue est enroulée et ses oreilles semi-tombantes. Il ressemble un peu à ces chiens que l’on trouvait autrefois dans les campagnes et que l’on retrouve dans le Berger des Alpes (et d’Auvergne).
Celui que l’on appelle aussi le Berger de Corse ou le Cane turcatu, a fortement diminué au tournant du XXe siècle. Mais il n’a jamais disparu car les Corses sont très attachés à leur chien. Ainsi la race est repartie à la fin de ce siècle et on estime actuellement leur nombre à environ 1 500 individus. On le trouve principalement en Corse, mais aussi sur le Continent et même ailleurs en Europe. La Société centrale Canine a reconnu la race en 2003.
 
La bonne adresse : Club du Cursinu, Res. Belorizonte Bat. H, 20090 Ajaccio.
 
 
403_001.jpg
Image (d'Epinal) du chasseur corse avec son Cursinu, années 1960
 
 
chien_Evisa_2013-05_10.jpg
Cursinu, Evisa, Corse-du-Sud (photo G. Olioso)
 
 
Cursinu--chien---vers-Bigorno-2B---2013.05.04-ER-B-copie-1.JPG
Chien Cursinu, vers Bigorno, Haute-Corse
Partager cet article

Rencontre avec les chevaux de Przewalski

Publié le par lesbiodiversitaires

  DSCN7390-copie-1

 

Les collines du parc national d’Hustaï, en Mongolie.

L’herbe est jaunie par le soleil.

Le professeur Terbish Khayankhyarvaa vient de me prendre par le bras. Il lève la main en l’air, fait signe d’écouter. Écoute. Là-bas. Un roulement de sabots lointains. Un roulement qui sort de la terre, qui vibre dans l’atmosphère silencieuse. Plus personne ne bouge. Plus un oiseau ne crie. Le roulement remplit l’espace, de plus en plus impérieux. De plus en plus proche.

Terbish cligne des yeux. Ce sont eux. Ils arrivent. Il l’avait promis. Depuis des jours, depuis des nuits. Il connaissait le lieu et l’heure, l’endroit précis, où un roulement de sabots surgirait de la montagne, où un nuage de poussière s’élèverait de la colline, où apparaîtrait le troupeau sauvage des chevaux de Przewalski.

Et il avait raison. La poussière s’élève par-dessus la colline, sans qu’on ne les voie. Une poussière de plus en plus haute, de plus en plus dense. La poussière qui précède l’arrivée des chevaux.

Sens en alerte, souffle coupé, et voilà les incroyables animaux, si longtemps attendus, surgissant des rochers de Mongolie, qui filent plein galop droit devant eux, sans même un regard pour nous, pour rejoindre le point d’eau où ils s’abreuvent chaque soir.

 

  Przewalski ER-copie-1

  chevaux Przewalski ER2012 

 

Les heures de camion russe et ses soubresauts dans les montagnes, le dos pétri par le sol dur sous la tente, les enlisements dans le désert de Gobi, les épines sous les pieds, les yaks qui réveillent la nuit en passant trop près du campement, le vent du soir qui arrache tout, les orages dans la steppe, le crâne humain séché au bord d'un lac, les squelettes de chevaux éclatés au fond des ravins… tout est oublié.

Ils sont là. Les derniers chevaux sauvages. Le takh mongol.

 

étalon Przewalski ER 2012-copie-1

  étalon Przewalski ER 2012 2-copie-1

 étalon Przewalski ER 2012 3-copie-1

 

L’étalon est plus sombre que les autres. Il se roule dans la boue. Le point d’eau est le lieu de quelques jeux, mouvements de tête, éclaboussures.

 

 Przewalski 7111-copie-1

 

Les poulains sont très pâles.

Le troupeau les protègera des loups.

 

  Poulain Przewalski ER 2012-copie-1

 

Et vue la vitesse déterminée de leur galop, leur puissance compacte, les prédateurs auront sans doute bien du mal à croquer l’un de ces chevaux.

Sous nos yeux, s’éloignant déjà, c’est le résultat d’un des plus incroyables programmes de conservation d’une espèce jamais menés.

Les chevaux de Przewalski, après avoir disparu de la planète à l’état sauvage, vivent à nouveau en liberté. En Mongolie.

 

Przewalski ER 2012-copie-1

 

 

Pour en savoir plus sur les chevaux de Przewalski et le programme de conservation de l’espèce :

http://www.takh.org/

Publié dans Biodiversité sauvage

Partager cet article

Le berger d’Auvergne a-t-il disparu ?

Publié le par lesbiodiversitaires

Jusqu’au début des années 1980, le seul chien de berger présent en Auvergne était une espèce de « bâtard » au pelage variable mais à l’intelligence aiguë. Avec l’arrivée du border collie, il a peu à peu disparu. Existe-t-il encore des animaux de cette population ? C’est la grande question…
 
Il est probable que chaque région avait, à côté de races canines reconnues, des populations de chiens sans standard défini, et qui étaient principalement utilisées pour la garde des troupeaux. Originaire du Cantal, l’un de nous a souvent croisé ce type de chiens en Auvergne au cours de son enfance. Les animaux avaient un robe variable, parfois uni (noire, brune), souvent bi- ou tricolore, le poil le plus souvent ras ou mi-long, les yeux assez souvent vairons. Excellents chien de berger, intelligents, vifs, ils avaient aussi leur caractère, parfois ombrageux pour certains. Il reste qu’il s’agit là d’une population assez polymorphique.
On retrouve ce type de chiens dans les Ardennes, mais surtout en Savoie avec le Berger des Alpes ou berger de Savoie (race non encore reconnue), autour duquel une action de sauvegarde s’organise. Il s’agit vraisemblablement dans les trois cas de populations assez proches et qui méritent d’être préservées, car elles représentent les derniers vestiges de chiens autrefois largement répandus en France.
 
Le berger d’Auvergne a donc fortement diminué à partir des années 1980, remplacé par le border collie, sans doute plus performant encore en matière de garde de troupeaux. Dans les années 1990, on trouve encore régulièrement ce type de chiens en Haute-Auvergne, mais à partir du début des années 2000, il devient de plus en plus rare. A tel point que l’on peut se demander s’il existe encore.
 
Il semble pourtant qu’il y ait encore quelques inconditionnels qui en ont conservé et qui, même, essaieraient de maintenir cette population (voir le forum Vive les chiens !). Mais, malgré quelques recherches nous n’avons pas trouvé de contacts.
 
Aussi lançons-nous un appel à toute personne connaissant quelqu’un ou ayant lui-même ce type de chien en Auvergne. Avec le laboratoire de Zootchnie de l’école vétérinaire de Maisons-Alfort, nous nous intéressons à cette population canine et aimerions entrer en contact avec d’heureux propriétaires de berger d’Auvergne. Merci à tous.
 
Quelques photos ci-dessous de probables bergers d’Auvergne :
 
photo 1
Puy-de-Dôme, années 1910.
 
photo 3
Années 1960.
 
photo 4
Années 1970.
 
photo 5
Années 1970-80.
 
photo 6
Haute-Loire, 2008 (photo Laurent Avon).
 
photo 7
Photo issue du forum Vive les chiens ! (cf. ci-dessus).
 
photo 8
Cantal, 2011, sans doute un animal déjà croisé.
 
photo 9
Berger des Alpes (ou de Savoie). Cette population est visiblement proche de celle d’Auvergne (photo Magali Brosse).
Partager cet article

Des populations de vaches bretonnes oubliées ?

Publié le par lesbiodiversitaires

A côté de races bovines bretonnes bien identifiées (Bretonne pie-noir, Armoricaine, Froment du Léon, etc., il a existé des populations mal connues, peu ou pas décrites, qui ont aujourd’hui disparu mais qui avaient vraisemblablement des liens avec d’autres races soit disparues (Mancelle) soit toujours vivantes (Canadienne). Pour la première fois, voici leur histoire…
 
On compte actuellement 4 races bovines en Bretagne : la Bretonne pie-noir, originaire du sud de cette région, la Froment du Léon, des Côtes d’Armor, la Nantaise, de Loire-Atlantique et enfin l’Armoricaine, la plus récente, issue de croisements entre la Durham, la Froment du Léon (de façon probablement minoritaire) et de la Bretonne pie-rouge. Cette dernière a disparu, au plus tard au cours des années 1970 (Rouger et Perhirin 1976). La Bretonne pie-noir était surtout cantonnée, au XIXe et au début du XXe siècle, au département du Morbihan et au sud du Finistère et ne dépassait guère une ligne rejoignant la pointe de Crozon à Rennes. Au nord de cette ligne on rencontrait alors la Bretonne pie-rouge essentiellement autour de Loudéac et une population autour de Carhaix ressemblant à la race Vendéenne (Champagny, 1875).
Dans le nord de la Bretagne, et singulièrement dans le nord-est (Côtes d’Armor, Ille-et-Vilaine, secondairement l’est du Finistère), la Bretonne pie-rouge est en contact avec d’autres races comme la Durham, mais aussi la Normande, tandis que les races d’Ayrshire ou de Jersey, même si elles ont sans doute été très marginales, ont pu également et localement participer à des actions de croisements. Le bétail était, en fait, assez hétérogène dans la partie nord de la Bretagne comme en témoignent les auteurs du XIXème siècle (Champagny, 1875, Heuzé 1888, Wernet 1896, etc) et du début du XXe siècle (Diffloth 1908, de Lapparent 1914, Frouin 1925, etc).
 
Cependant, le bétail n’a pas toujours été pie-rouge ou pie-noir. Quéméré (2006), dans sa monographie sur la Bretonne pie-noire, cite des textes anciens qui montrent que jusqu’à la Révolution, la couleur de la robe des vaches bretonnes était variable.  Plus près de nous, un article peu connu de Wernet (1896), rend fort bien compte de l’hétérogénéité des robes. A côté d’animaux pie-noir ou pie-rouge, on rencontre des robes totalement noires, brunes, rouges ou fauves avec les extrémités ou le dessous plus ou moins blancs. Il y a également des robes blanches ou légèrement tachetées, appelées « garres » qui sont encore assez communes à la fin du XIXe siècle. Enfin, la robe grise (pie-bleu ?) est rare et peu prisée. (voir l’article sur les robes de la Bretonne pie-noir).
Déjà la race Durham et ses nombreux croisements avaient accaparé l’attention dans la seconde moitié du XIXème siècle.  Au tournant du XXe siècle, avec la mise en place des Herd-books et les concours de toutes sortes, les zootechniciens vont s’intéresser essentiellement aux races en cours d’organisation et les plus importantes : les trois principales races bretonnes précitées ainsi que l’Armoricaine qui est en voie de constitution (d’abord sous le terme de « Durham-Breton »). Cependant l’examen de documents photographiques anciens montre qu’en certaines régions de Bretagne, on retrouve des animaux qui possèdent une suite de traits morphologiques et phanéroptiques qui leur sont communs et ce jusque dans les années 1910-1920 (principalement au tout début du XXe siècle).
Nous allons examiner deux de ces patrons et envisager quelle pourrait être leur origine.
 
 
Bovins à robe noire, fauve ou rouge foncé 
 
Entre Lannion et Saint-Brieuc, et principalement autour de Guingamp, on remarque régulièrement sur les champs de foire ou dans les troupeaux, des animaux qui se caractérisent de la manière suivante :
Ÿ la conformation est plutôt fine, les membres sont fins, le fanon est peu marqué, l’attache de la queue n’est pas en crosse, les hanches sont écartées et saillantes. La silhouette est assez élancée (davantage que les Bretonnes pie-noir et même pie-rouge). Le pis ne semble pas spécialement développé.
Ÿ robe unie probablement marron ou fauve foncé, ou noir, en tout cas fortement charbonnée (les photos sont en noir et blanc, il est donc difficile d’être précis).
Ÿ les cornes sont le plus souvent en coupe ou en croissant relevé, assez fines ; parfois elles sont peu ou assez peu relevées.
Ÿ les muqueuses sont le plus souvent sombres (noires), parfois entourées de poils blanchâtres. Certains animaux montrent des muqueuses claires.
Ces animaux semblent avoir, tout du moins au début du XXe siècle, une répartition géographique limitée, mais bien circonscrite
 
 
carte-1---Repartition-Brune-de-Guingamp.jpg
Carte 1 – Répartition supposée de la Brune de Guingamp à la fin du XIXe et début du XXe siècle.
 
 
photo-1.jpg
Type de vaches « Brune de Guingamp », Saint-Brieuc, Côtes d’Armor, vers 1907. La robe unie, de couleur rouge foncé ou noir,  les cornes relevées et la conformation plus élancée que les Bretonnes pie-noir et même pie-rouge, sont typiques de ces animaux.
 
 
La littérature zootechnique signale, ici et là, des animaux rappelant ceux précédemment décrits. Ainsi Dechambre (1922) écrit : « Dans la région de la Montagne Noire, aux environs de Carhaix, vit une petite race à robe fauve et aux cornes en croissant. Elle disparaît insensiblement devant les autres races plus améliorés. Elle pourrait bien représenter la forme primitive des populations répandues dans les landes et sur le littoral armoricain ». D’autres auteurs, cités par Avon (2009) mentionnent des animaux de la région de Carhaix qui rappellent parfois la Parthenaise (Vendéenne) et également autour de Guingamp ou de Lannion où Collot (1851) note : « Les vaches des environs de Dinan sont plus grosses, leur robe est souvent noire, parfois tâchée de blanc. L’espèce de Guingamp ou Lannion est une des meilleures espèces de la race bretonne. Elle a un peu plus de taille et réunit tous les signes de race : le pelage est rouge-clair, ou jaune orange, parfois tâché de blanc » [NB : la dernière partie de cette description évoque la Froment du Léon]. Quant à de Champagny (1875) il souligne que « de Brest à St Malo la race bretonne y a fait place à une race secondaire, appelée race bretonne du littoral [….] se modifiant même d’un canton à un autre. Les pelages rouges et pie rouge sont les plus habituels dans cette race secondaire qui, sauf les nombreux croisements répandus sur une partie de cette zone, forme la base de la population bovine de tout le littoral »
 
photo-2.jpg
Type de vache « Brune de Guingamp », Saint-Brieuc, Côtes d’Armor, début du XXe siècle. Autre exemple de vache à robe uniforme. Ici les muqueuses sont typiquement sombres.
 
photo-3.jpg
Bretonnes pie-noir, pie-rouge et de type « Brune de Guingamp », Guingamp, Côtes d’Armor, années 1910. La présence d’animaux à robe unie est régulière sur les clichés du début du XXe siècle de cette région de Bretagne. Noter que l’animal de gauche présente des muqueuses claires.
 
  Les animaux notés sur les documents photographiques du début du XXe siècle rappellent en tout cas ceux décrits par Louis Fromager, éleveur  de Froment du Léon à Plouagat dans les Côtes d’Armor, à L. Avon dans les années 1990. Il disait se souvenir avoir vu, dans sa jeunesse (au début du XX° siècle), un village, où « toutes les vaches étaient noires ». D’après lui, si cette population brune-fauve ou noire n’avait pas été décrite ni organisée, c’est parce que c’était « la race des pauvres » : les notables avaient des Froment. D’ailleurs cette Froment est traitée de vache « délicate »  par Guguen (1928) qui n’est pas loin d’en faire une race « élitiste ».  La population brune a pu être appelée localement « Brune de Guingamp ». D’autres auteurs font allusion à ce nom, mais également à celui de « Bretonne de Guingamp », « Bretonne de Saint-Brieuc » ou encore « Bretonne des Côtes-du-Nord ».
 
Quels rapports ont pu avoir ces « populations » avec des races actuelles ?
 
Pour Guguen (1928), l’actuelle Froment du Léon serait, à l’époque où il écrit, la descendante de ces diverses populations précitées. Dans les concours officiels, elle est considérée comme la seule survivante de celles-ci. Il ne développe pas cette hypothèse qui, même si elle est plausible, ne peut être confirmée.  Blanchet (1940) n’est pas très assuré quant à l’origine ancienne de la Froment du Léon et de sa place réelle parmi les autres races ou populations bretonnes. Il est cependant intéressant de constater que dans l’iconographie du début du XXe siècle, notamment les cartes postales anciennes, la Froment est particulièrement rare. Elle est même nettement moins représentée que ne le sont ces vaches brunes des environs de Guingamp régulièrement présentes dans les foires ou dans les troupeaux. Il est vrai que la Froment a été appelée la « race des châteaux ». De là à penser qu’à partir d’une souche commune, certains grands propriétaires ont sélectionné une vache raffinée, à la robe dorée comme la couleur de la crème de son lait, tandis que dans le même temps, la population « brune » n’évoluait guère et restait l’apanage des paysans pauvres…
De même, on peut s’interroger sur l’apport du bétail vendéen dans cette région de Bretagne, apport connu dans la région de Dinan dès le XVIIIème siècle, le Parlement de Bretagne ayant acquis en 1760, 52 taureaux « vendéens ». Guguen (op. cit.) reprend cette information et dans son texte, on remarque une note en marge, de l’écriture de Dechambre (qui était l’un des membres de son jury de thèse), qui dit « peut-être est-ce la source de le S/R [sous-race] froment ». Il semblerait, en fait, que ces taureaux importés à grand frais n’aient pas laissé beaucoup de traces mais ils pourraient être le révélateur de l’existence d’une population sous robe fauve ou brune dans la région car, en général, on a plutôt tendance à importer des animaux dont la robe se marie bien avec celle de la population locale.
 
Par ailleurs, en analysant les documents iconographiques anciens, on est parfois frappé par l’analogie entre certains de ces animaux bruns de la région de Guingamp avec ceux de la race Canadienne
 
photo-5.jpg
Montage montrant à gauche une vache Canadienne et à droite des vaches photographiées dans la région de Saint-Thégonnec , Finistère, au début du XXe siècle. On remarquera une certaine ressemblance entre ces deux types…
 
 Or cette race d’Outre-Atlantique est originaire de la France, où les animaux sont partis de Bretagne et de Normandie au XVIIème siècle (Avon, 2009). On ne peut donc exclure l’hypothèse qu’il soit longtemps resté des animaux assez proches de la race Canadienne, dans certaines régions pauvres de Bretagne. Nous n’avons pas la certitude de la parenté entre cette race et la race de Guingamp, mais force est de constater que les similitudes existent. De plus, il est intéressant de noter que cette dernière population a une aire de répartition bien localisée comme le montre la carte 1, aire dans laquelle le patron de robe et la morphologie restent constants.
Enfin, un document photographique ancien ci-dessous (début du XXe siècle), pris à Blonville-sur-Mer, Calvados, montre un surprenant troupeau de plus de 50 bêtes présentant toutes un pelage brun-fauve ou noir, et une morphologie très proche de la Canadienne. De cette localité est parti un agriculteur, Jean Hérou, vers 1670, et qui va s’installer au Québec et donner une descendante forte aujourd’hui de 10 000 personnes. S’agit-il là d’une pure coïncidence ou bien est-ce une indication concernant l’origine de la Canadienne actuelle qui pourrait alors avoir eu également une origine normande comme le dit aussi la tradition (Fortin, 1939).
 
photo-6.jpg
Troupeau de vaches « noires », Blonville-sur-Mer, Calvados, début du XXe siècle. Ce troupeau reste une énigme… A quelle race ou population pouvaient bien appartenir ces animaux qui ressemblent également à Canadienne ?....
 
Quoiqu’il en soit, il y semble bien qu’il ait pu y avoir une population de bovins bruns, rouges foncés ou noirs, parfois avec quelques taches blanches, de Lannion à Saint Brieuc sans qu’on puisse même exclure qu’elle se soit étendue jusqu’à la côte normande. Si l’on savait exactement de quels ports sont partis les bovins envoyés par Colbert au Canada, on aurait sans doute une des clefs de l’énigme. Cette population a pu être été assimilée à des croisements Jersiais par certains auteurs car elle rappelait par sa robe et son allure sa cousine de la Manche (Heuzé 1888, Dechambre 1923, Frouin 1925). Mais comme le disait Louis Fromager, il n’y avait pas de raisons qu’on aille chercher à grands frais des vaches à Jersey alors que les paysans n’avaient pas d’argent et qu’ils possédaient déjà de bonnes laitières pour l’époque. Vache des pauvres, cette population brune n’a jamais été mise en avant.
Ajoutons pour finir que ces vaches brunes ont été encore signalées, à l’unité sans doute, jusqu’au début des années 1960. On les appelait les « Bretonnes de Guingamp » ou les « Bretonnes de Saint-Brieuc) (Patrick André, com. pers.).
 
photo-4.jpg
Foire de Lannion, Côtes d’Armor, vers 1909. On distingue sur la gauche des vaches de type « Brune de Guingamp » tandis qu’au fond sur la droite, on remarque une vache Froment du Léon. Quels ont été les rapports et les liens en cette dernière race et la « Brune » ?
 
 
Bovins brun ou rouge à tête blanche : une Mancelle « occidentale » ?
 
L’examen de documents photographiques anciens fait également apparaître des animaux avec un patron bien caractéristique :
Ÿ animaux plutôt élancés, de taille moyenne, mais supérieure à celle des Bretonnes pie-noir et pie-rouge.
Ÿ ligne du dos droite, peu ensellée, attache de la queue peu marquée, hanches assez écartées, membres fins et secs, fanon peu marqué.
Ÿ les cornes sont assez longues, en coupe, plus ou moins relevées vers le haut (parfois assez fortement), blanches ou crèmes.
Ÿ les muqueuses sont claires.
Ÿ la robe, autant que l’on puisse en juger sur des documents noir et blanc, est très certainement pie-rouge foncé, d’une teinte rappelant celle de l’Armoricaine, la Rouge des prés ou encore la Saosnoise. Cette robe est généralement très couverte ; le blanc n’apparaissant que sur la tête, le bas du ventre et, parfois le bas des pattes.
Il est à remarquer que le patron de la tête est particulièrement constant : celle-ci est blanche, à l’exception de « lunettes » sur les yeux (le plus souvent bilatérales, mais pas systématiquement), ainsi que, parfois autour du mufle. Ce patron évoque l’Abondance actuelle, mais également la Mancelle.
 
D’après les documents iconographiques, l’aire de répartition est sensiblement le même que celle de la population brune bien qu’elle soit un peu plus étendue à l’est. Outre le littoral des Côtes d’Armor, on retrouve des animaux en Ille-et-Vilaine, jusqu’aux environs de Fougères. Quoi qu’il en soit, on ne trouve guère ce type d’animaux en dehors de la région précitée.
 
carte-2---Repartition-Mancelle-occidentale.jpg
Carte 2 – Répartition supposée de la Mancelle occidentale à la fin du XIXe et début du XXe siècle.
 
On sait que celle-ci a vu le côtoiement de bien des races et que la population bovine y était très hétérogène (Wernert 1896, George 1903, Guguen 1928). Cependant, les animaux ressemblent de façon assez troublante à la Mancelle. Le montage 7 montre la représentation d’une vache Mancelle primée en 1856. Tout autour d’elles, ont été placées des animaux photographiés dans cette région de Bretagne au début du XXème siècle…
 
Dès lors, peut-on se poser la question de savoir si ces animaux étaient ou non des représentants de la race Mancelle ou issus de croisements ?
La race Mancelle a eu probablement une répartition plus importante que ne le laissent entendre les écrits des zootechniciens de cette époque de la fin du XIXe et du début du XXème siècle. La race atteint en effet l’Indre-et-Loire, le Loiret, et même la Seine-et-Marne vers l’est (il y a même des bœufs manceaux jusque dans l’Aisne et les Ardennes !) et on la trouve jusqu’en Loire-Atlantique à l’ouest (Dubois 2011). Elle est signalée dans le nord de la Bretagne – est du Finistère, région de Dinan, région de Rennes, etc. (notamment Moll & Gayot 1860, George 1903, de Lapparent 1914). De même, au tournant du XXème siècle, cette race Mancelle est remise en avant, dans la Sarthe, par le Sénateur Legludic (1902) qui en fait la promotion et tente de l’organiser. Elle est de nouveau présente dans les concours régionaux de Nantes en 1909, de Rennes en 1911 et même au concours général de Paris de 1912. Il existe des photos montrant des animaux manceaux au concours de Rennes. Ce n’est pourtant pas une race qui, à l’époque, a le vent en poupe (et d’ailleurs la Première guerre mondiale lui sera fatale…) et qui intéresse beaucoup les zootechniciens. Elle a été principalement croisée avec la Durham et la Durham-Mancelle est d’ailleurs en pleine élaboration pour aboutie à la Maine Anjou. En même temps, on ne se préoccupe guère de ce qui se passe dans les campagnes du nord de la Bretagne où la population bovine est considérée surtout comme hétérogène. La présence d’animaux manceaux n’est en tout cas pas impossible, au vu de sa répartition plus importante que ce qui fut écrit en son temps… La taille des animaux n’est pas toujours très importante, elle semble l’être moins que celle de la « Mancelle améliorée » proposée par Legludic.
 
photo-7---Montage-Mancelle-occidentale.jpgMontage présentant une vache Mancelle (1856, en haut au centre), entourée de plusieurs photos montrant des vaches bretonnes de type « Mancelle occidentale ». On notera la grande similitude de l’ensemble des animaux entre eux et avec la Mancelle du XIXe siècle.
 
L’autre hypothèse pour expliquer la présence de ces animaux au patron plutôt homogène est un croisement entre plusieurs races. L’examen attentif des animaux, nous permet de penser que la Normande n’a sans doute pas été très impliquée dans cet éventuel croisement. La forme des cornes, la panachure de la robe et, simplement, la conformation des animaux ne plaide pas pour un tel apport. Il est en revanche possible que l’on ait eu des croisements entre la Bretonne pie-rouge et la Mancelle. Le patron ‘’manceau’’ est  vraisemblablement porté par un gène simple qui se transmet en bloc ce qui pourrait expliquer que l’on retrouve la robe mancelle chez ces animaux. En revanche, on ne retrouve guère la forme des cornes en lyre de la Bretonne pie-rouge. Celles-ci sont davantage en coupe, plus ou moins relevée.
 
Alors ces animaux sont-ils de petites Mancelle ou bien des animaux croisés entre cette race et la Bretonne pie-rouge ? Ou bien ont-ils encore une autre origine ? Il est par ailleurs troublant de constater que pour certains auteurs du XIXe siècle, la Mancelle serait issue de croisements entre races Bretonne, Vendéenne et « Jurassique ». Si c’est le cas s’est-il trouvé une population localisée dans cette partie de la Bretagne, qui aurait longtemps perduré, ayant des caractéristiques rappelant celles de la Mancelle et étant issue du même type de croisements ? Gustave Heuzé (1888) signale que « près de Rennes les races Mancelle et Normande se seraient alliées à la race Bretonne ». Enfin un auteur anonyme note que dans le sud de l’Ille et Vilaine « on rencontre des animaux s’apparentant aux bovins manceaux »
Pour l’heure, on ne peut qu’en rester au stade des hypothèses.
 
On voit donc que jusqu’aux premières années du XXe siècle, deux types de bovins ont vécu en Bretagne, qui n’avaient apparemment pas de rapport direct avec les races locales connues. L’un, de coloration brune charbonnée, ou noire, qui ressemble assez fortement à l’actuelle Canadienne. L’autre, au patron de robe quasiment identique à celui de la Mancelle, qui a pu être cette race ou un croisement proche ou encore avoir une origine assez similaire. Dans tous les cas, ces « populations » n’ont guère été mentionnées en tant que tel, du moins pas par les zootechniciens de l’époque, alors qu’elles figurent régulièrement dans les documents photographiques de cette même période… Concernant la « Brune de la région de Guingamp », il semble bien qu’elle ait perduré pendant plus longtemps que pour la « Mancelle occidentale » (pour leur donner des noms).
 
Race, population, croisement, ces animaux ont sans doute emporté leurs mystères avec leur disparition. Les témoignages iconographiques que l’on a conservés, posent plus de questions qu’ils ne donnent de réponses. D’autant que la littérature ne nous aide guère. Mais à regarder les affinités que ces animaux ont pu avoir avec des races, disparues ou encore existantes, ils nous apportent quelques éléments d’un puzzle qu’il reste largement à compléter.
 
Bibliographie :
ŸAvon L. (2009). Fiche :La race bovine Canadienne : in Races françaises à faibles effectifs -24 fiches- statistiques.  Institut de l'Elevage, Départemet Génétique, CR n° 010972 032, 19-20.
Avon L. (2009). Fiche : La race bovine Froment du Léon : in Races françaises à faibles effectifs -24 fiches- statistiques.  Institut de l'Elevage, Départemet Génétique, CR n° 010972 032, 29-30.
Avon L. (2009). Fiche : La race bovine Saosnoise : in Races françaises à faibles effectifs -24 fiches- statistiques.  Institut de l'Elevage, Départemet Génétique, CR n° 010972 032, 45-46.
Blanchet Ch. (1940). La race Froment Bretonne dans les Côtes-du-Nord. Thèse, Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort, 48 p.
Dechambre P. (1922). Traité de zootechnie - tome III : les bovins. Ch. Amat, Paris, 634pp.
Dechambre P. (1923). La production bovine de la Bretagne, Revue de Zootechnie 2 : 93-102.
de Champagny P. (1875). Enquête sur le bétail dans les départements du Morbihan, du Finistère et des Côtes-du-Nord, Société des Agriculteurs de France, Paris au siège de la Société, 1 rue le Peletier, 32 p.
Collot  E. (1851). Traité spécial de la vache laitière et de l’élève du bétail, 2ème édition. Librairie de Paul Dupont, Paris.
ŸDiffloth P. (1908). Races bovines - France et Etranger. Librairie J-B Baillière et fils, Paris.
Dubois Ph. J. (2011). A nos vaches… Inventaire des races bovines menacées ou disparues de France. Delachaux & Niestlé.
Fortin de Gonzague L. (1939). Histoire de la Race Bovine Canadienne. La Bonne Terre, St Anne de la Pocatière, 278 p + biblio + photos + table des matières.
Frouin M. (1925). Rapport au Conseil Général des Côtes-du-Nord.
George H. (1903). La race bovine bretonne. Journal d'Agriculture pratique 1903 : 187-190.
Guguen Th-F.M. (1928). De l’élevage et de l’exploitation de la race bovine cotentine dans le département des Côtes-du-Nord. Thèse vétérinaire, ENVA.
Heuzé G. (1888). La race bovine bretonne. Journal d’Agriculture pratique 1 : 270-271.
Lapparent H (de). (1914). Etude sur les races bovines. Variétés et croisements de l'espèce bovine en France. Extrait du Bull. mens. De l'Office des Renseignements agricoles,136pp.
Legludic L. (1902). La Race Mancelle. Sa reconstitution. Imprimerie Sarthoise, Le Mans, 64p.
Moll L.& Gayot E. (1860). La connaissance générale du bœuf. Etudes de zootechnie pratique. Frimin Didot, Paris, 600p.
Quéméré P. (2006). La Bretonne Pie Noir - Grandeur - Décadence – Renouveau. Editions France Agricole, 192p.
Rouger Y. et Perhirin J. (1976). Les bovins bretons. Penn Ar Bed 84 : 277-289.
Wernert A. (1896). Les vaches de race bretonne - les bœufs bretons : étude pratique. Imprimerie A. Michel, Paris.
    
Cet article a été précédemment publié dans la revue Ethnozootechnie n°90 (2011) par Philippe J. Dubois et Laurent Avon, et reproduit ici avec l’aimable autorisation de Bernard Denis, directeur de la publication.
Partager cet article

La Fondation du Patrimoine récompense la biodiversité domestique

Publié le par lesbiodiversitaires

Le 50e salon international de l’agriculture, porte de Versailles à Paris, a été l’occasion de remettre le Prix de la Fondation du Patrimoine pour l’agro-biodiversité animale à trois lauréats.
 
Ce prix* récompense les meilleures actions en faveur de la conservation de races domestiques à petits effectifs, tout en leur apportant une valorisation économique. Ce prix est soutenu par le laboratoire Ceva Santé Animale, et accompagné, pour cette première édition, par le ministère de l’Écologie, du développement durable et de l’énergie.
 
Les trois gagnants sont :
 
1er prix (6 000 €). Le Club français de la Poule noire du Berry (Centre), représenté par son président Francis Lasne, récompensé pour sa capacité à réintroduire une race de poule de chair quasi-disparue, avec un projet économique solide ancré à son territoire (gastronomie, tourisme, terroir du Berry…). 6 000 poulets ont été produits en 2012.
 
photo-1.jpg
 
2e prix (3 000 €). Théophane Rochette, éleveur des vaches Maraichines de la ferme de la Grole Bagnade (Poitou-Charentes), récompensé pour le maintien de la race sur son terroir, et la valorisation économique de son projet axé sur la conservation du rameau laitier de la Maraichine.
 
photo 2
 
3e prix (1 000 €). L’Association de sauvegarde du chien berger de Crau (PACA), représentée par sa présidente Françoise Simian, que le jury a voulu saluer pour son action très professionnelle, assurant la préservation d’une vieille race nationale de chiens de bergers, dont le travail est présenté comme complémentaire à celui du Border Collie d’origine britannique. 
 
photo-3.jpg
 
Les prix ont été remis par le président de la Fondation du patrimoine, Charles de Croisset, en présence des membres du jury, autour de son président le Professeur Bernard Denis, de Marc Prikazsky, Président de Ceva Santé Animale et de nombreuses personnalités du monde agricole et de la conservation des races patrimoniales à petits effectifs.
 
Un grand bravo aux trois gagnants ! Tous les dossiers (plus de 70 !) étaient passionnants et il aurait fallu pouvoir les récompenser tous. Ce sera peut-être pour les années suivantes, car on espère que ce prix va s’installer durablement dans le paysage agricole français.
 
photo-4-copie-1.jpg
 
*Ce prix a une importance particulière pour nous, car initié par Philippe grâce à l’aide de personnes enthousiastes : Patrick Masure (Fondation) et Vincent Ponelle. Sans oublier les membres du jury, bien entendu.
 
Pour en savoir plus sur le prix,
cliquez ici et 
 
(Toutes les photos sont de la Fondation du Patrimoine)
Partager cet article

Label(le) mixte : la vache Ferrandaise

Publié le par lesbiodiversitaires

Elle a failli disparaître complètement de la carte française des races de vaches. Cette superbe race, une des rares à être encore « mixte », a été sauvée grâce à l’opiniâtreté de quelques-uns et retrouve aujourd’hui une place qu’elle n’aurait jamais dû perdre. C’est une bonne nouvelle…
 
L’origine de la race se perd dans la nuit des temps, mais elle est également discutée. On l’a dit issue de croisements divers, au XIXe siècle, entre Salers, Aubrac, Charolais et aussi Bressanne. Pour d’autres, elle serait issue de la race de Salers, dans une variante plus petite, qui aurait subi des croisements avec d’autres races également (dont la Bretonne pie-noir, la Normande et la Simmental). A-t-elle alors des origines uniquement « auvergnates » ou a-t-elle subi une influence des races dite « jurassiques » (on devrait dire « jurassiennes d’ailleurs) ? C’est sans doute un peu de tout cela qui a fait la race Ferrandaise dont on entend parler à partir de 1860.
 
photo 1
Type de taureau barré moucheté, début du XXe siècle.
 
photo-2.jpg
Type de vache barrée, début du XXe siècle.
 
La Ferrandaise est connue principalement dans le Puy-de-Dôme, autour de la chaine des puys, justement, mais aussi dans les Monts du Forez, dans la Loire toute proche. Elle possède, au départ, une variété de noms : race du Puy-de-Dôme, Ferrando-forézienne, Ferrande, Ferrandine, race de la Limagne, du Marais, de Latour, de Rochefort, de Saint-Anthême, de Marat, du Brugeron, de Pierre-sur-Haute…Sa répartition, au début du XXe siècle, déborde les deux départements précités et on la rencontre également dans quelques communes de Corrèze et de la Haute-Loire, de même que dans la haute-vallée de l’Allier et, parfois, en Creuse. Des photos du début du XXe siècle montrent des bœufs ferrandais jusque vers Agen, ce qui prouve qu’ils étaient appréciés. En revanche, elle est curieusement absente du nord du Cantal, mais il faut dire que c’est sa cousine la Salers qui occupe la place.
De nos jours, la Ferrandaise ne se rencontre que dans le Puy-de-Dôme, c’est-à-dire la chaine des Puys au sud-ouest de Clermont-Ferrand et dans le Livradois, autour d’Ambert.
 
photo-3.jpgT
roupeau aux environs de La Bourboule, début du XXe siècle.
Au premier plan d’une vache barrée telle qu’on les recherchait à l’époque.
 
photo-4-copie-1.jpg  
Troupeau dans la Loire, sans doute dans les années 1920.
On distingue au moins deux animaux « poudrés ».
 
photo 5
Marché aux bestiaux à Bourg-Lastic, années 1920-1930. Malgré tout, la diversité de robes persiste…
 
Des robes à foison
Une des caractéristiques de la Ferrandaise est la diversité de ses robes. En effet, si la majorité des animaux sont pie-rouge brique, un certain nombre peut être pie-noir. Il existe même de rares animaux pie-gris. Cette diversité existait jusqu’au début du XXe siècle, où elle fut ensuite plus moins combattue, seule la robe pie-rouge primant.
De plus, la répartition du rouge ou du noir est très variable. Le blanc se trouve sur la face, la ligne du dos, la queue et les membres. La région dorso-lombaire est souvent couverte d'une grande tache blanche en forme de triangle allongé, aux contours irrégulièrement dentelés.
On distingue deux types de panachures (rouges ou, parfois, noires) :
Ÿ robe barrée : elle est parsemée de grandes taches irrégulières. C’est celle qui fut, à partir de 1899 et pendant longtemps, reconnue comme seule robe « officielle ».
 
photo 6
Vache à robe barrée.
 
photo 7
Vache à robe barrée mouchetée.
 
Ÿ robe à flancs colorés : comme son nom l’indique, les flancs sont marqués d’une tache latérale. Celle-ci peut être continue – on parle alors de robe bregniée, soit fractionnée, ce qui constitue la robe poudrée. Dans ce dernier cas, les marques colorées peuvent être quasi absentes, l’animal pouvant apparaître blanc.
 
photo 8
Vache à robe à flancs colorés breignée.
 
photo 9 
Vache à robe à flancs colorés poudrée.
 
photo 10 
Vache à robe à flancs colorés poudrée. Cette robe rappelle nettement celle de la Vosgienne.
 
 Pour le reste, c’est une race de bonne taille (moyenne 1 m 39 pour les vaches), mais plus petite que sa cousine la Salers. Elle possède des muqueuses brun-rosée ou jaunâtres. Les cornes blanches, avec extrémité foncée, sont horizontales, un peu en avant d'abord, puis elles se relèvent et sont contournées légèrement en arrière. Elles rappellent un peu celles de la Salers.
 
photo 11
Vache à robe pie-noir (type bregnié). Là encore ce type d’animal évoque la race vosgienne.
 
photo 12
Vache à flancs colorés avec son veau quasiment blanc.
 
Une très bonne vache a failli disparaître…
La Ferrandaise est typiquement une race mixte. C’est-à-dire qu’elle a des aptitudes pour le lait mais aussi pour la viande. De même était-elle utilisée autrefois pour la traction animale. Ses heures de gloire, elle les connait au début du XXe siècle puisque l’on ne dénombre pas moins de 200 000 têtes dont 100 000 vaches. La race diminue néanmoins peu à peu, et il en reste  147 000 têtes en 1932 et 129 000 pendant la Seconde guerre mondiale. C’est au sortir de celle-ci que la race commence à péricliter. L’abandon progressif de la traction animale et les campagnes de prophylaxie vont lui être fatals. De plus, dans la période dite des « Trente glorieuses », on la croise soit avec la Pie-Rouge de l’Est de l’époque, soit avec des Montbéliardes et des Frisonnes (les futures Holstein) pour accroître la production de lait. D’autres la croisent avec la Charolaise à des fins de boucherie. Tout ceci ne lui réussit pas. La chute dans les années 1960 s’accélère, avec 42 800 animaux en 1962. Tout va alors très vite.
 
photo 13
Type de bonne laitière.
 
Ce n’est qu’à la fin des années 1970, avec Laurent Avon (alors à l’Institut technique de l’élevage bovin), accompagné par le Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne, qu’un travail de recensement et de conservation de semence est engagé. Mais les effectifs vont se réduire à 150 vaches au début des années 1980, surtout des animaux âgés et se reproduisant mal. Epaulés par des éleveurs qui veulent eux aussi conserver coûte que coûte, cette race, les effectifs remontent alors progressivement. On compte à présent plus de 1 600 femelles (chiffres 2012).
 
Sur la voie du renouveau
D’une quasi disparition, la Ferrandaise remonte donc la pente, même si les effectifs restent modestes. D’abord, la race a gardé un bon potentiel laitier. Il faut dire qu’elle est à la base d’un certain nombre de fromages comme la fourme d’Ambert, la fourme de Montbrison, le bleu de Laqueuille et la fourme de Rochefort. De même participe-t-elle à la fabrication du fameux Saint-Nectaire. Pour valoriser davantage le lait encore, certains éleveurs envisagent de créer un fromage à partir du lait de la Ferrandaise. A suivre…
La race est aussi allaitante. Elle fournit notamment des veaux de lait blancs et aussi des veaux rosés de grande qualité. La viande de la Ferrandaise est excellente. A Paris, un restaurant près du Panthéon, bien nommé « la Ferrandaise » propose de la viande de cette race à sa carte.
 
photo 14
Troupeau de vaches à robe barré homogène (élevage Prugne).
 
photo 15 
Mais la Ferrandaise, c’est aussi cette diversité de robes (photo L. Avon).
                                                                                     
Rustique, polyvalente, bien adaptée à sa région, parfaite pour être valorisée en circuit court, superbement habillée, la Ferrandaise, si elle revient de loin, a su prendre le virage du XXIe siècle avec brio. Elle est sans doute sauvée, mais elle ne s’arrêtera pas là, et il faut espérer à présent qu’elle attire de plus en plus de gens
 
 La Ferrandaise a eu récemment droit au JT national voir ici
 
Merci à Jean-François Ondet pour son accueil chaleureux sur son élevage (d'où provient bon nombre de photos).
Pour en savoir plus sur la Ferrandaise voir : http://www.associationlaferrandaise.com/
Partager cet article

Nos animaux domestiques : l’inventaire des races à petits effectifs de France

Publié le par lesbiodiversitaires

Comme nous le répétons sur ce blog, la France possède l’une des plus importantes diversités domestiques d’Europe, à l’image de ses terroirs et de ses régions. Et bien qu’un certain nombre d'entre elles ait déjà disparu, il reste une grande variété de races de chevaux, de vaches, d'ânes, de porcs, de moutons, de chèvres, de chiens, de lapins ainsi que toute la volaille qui constitue la « basse-cour » (poules, dindons, pigeons, canards, oies).   

Ces races à petits effectifs, souvent menacées, témoignent de cette richesse patrimoniale que l’homme a su façonner au fil des décennies. Ces races rares, avec leur forte identité, concourent aujourd’hui à l’intérêt croissant pour l’agriculture biologique et la production agricole en circuit court. De plus, souvent rustiques et très bien adaptés à leur environnement, ces animaux domestiques sont une chance pour les races industrielles, en ce sens qu’ils constituent un formidable réservoir génétique.

Au même titre que le patrimoine culturel, le patrimoine domestique appartient pleinement à notre héritage commun et cette richesse doit être préservée. On peut même parler ici de biodiversité culturelle. Nous avons voulu faire le point, en 2012, sur l'état de ces races à petits effectifs en France, et c'est ce travail que nous présentons dans cet ouvrage.

Ce livre a été écrit par nous deux (Philippe J. Dubois et Elise Rousseau) et par Jean-Claude Périquet, spécialiste reconnu des races domestiques de la basse-cour. Il s'agit d'un inventaire complet des races domestiques à petits effectifs de France. Nous espérons qu'il aidera à faire connaître ces races trop souvent oubliées et donne envie à chaque propriétaire ou futur propriétaire d'animaux de privilégier ces races en danger. 

9782603016237.jpg

 Nos animaux domestiques. Le tour de France d’un patrimoine menacé. Delachaux et Niestlé - 308 p. (34,90€).

Voir la vidéo ici.

Partager cet article

Usine à vaches ?

Publié le par lesbiodiversitaires

Alors que l’on plaide de plus en plus pour une agriculture raisonnée, soucieuse de qualité et proche du consommateur, il y en a encore qui prônent l’industrialisation à outrance de la production laitière. Exemple.

En Picardie, se prépare un projet de ferme-usine géante qui devrait abriter près de 500 vaches laitières (et autant de génisses), peut-être le double à terme... Ce projet, unique en France par sa dimension, risque d'être le premier d'une série plus ambitieuse qui mettra en péril toute la filière laitière traditionnelle.

Tout a commencé en juillet 2011. Malgré le choix de la période estivale, l'enquête publique a rapidement mobilisé la population qui a exprimé son refus sur les cahiers de doléance en mairie. Dès le début, les riverains ont signalé leur inquiétude face aux nuisances diverses mais rapidement l'opposition a pris une autre dimension. Il est en effet apparu que ce projet est condamnable pour de nombreuses raisons qui débordent largement le cadre local. Sans compter les risques inhérents à la pollution des sols.

Pour organiser la bataille, une association a été fondée. Ainsi est née NOVISSEN, acronyme pour "Nos villages se soucient de leur environnement" mais aussi "Nos Vies Saines".
Forte de ses 1 850 adhérents, l'association a largement alerté autour d’elle pour s'opposer au projet, à la grande surprise de son promoteur et des élus plus ou moins complices. NOVISSEN a manifesté plusieurs fois à Abbeville, Amiens, Bruxelles et s'apprête à le faire à Paris pendant le salon de l'agriculture (le 3 mars très exactement).
Le dossier est désormais sur le bureau des ministres de l'environnement et de l'agriculture.

Pour en savoir plus sur le projet et ses opposants voir link

Voir également la vidéo :

 
Partager cet article

Lectures et sorties agricoles et biodiversitaires de février

Publié le par lesbiodiversitaires

En kiosque

Le dernier Terre sauvage (n°289, février) est un numéro spécial agriculture et environnement qui a pour titre : Les nouveaux paysans réinventent l’agriculture.

Le magazine nous a demandé d’y collaborer via un tour de France des races domestiques menacées, une interview de Philippe sur la biodiversité domestique et une Lettre d’amour à un ver de terre d’Elise, pour la problématique des sols. Une dizaine de pages sont entièrement consacrées à la biodiversité domestique, à travers notamment l’exemple de la vache ferrandaise. Nous sommes heureux que cette problématique trouve désormais entièrement sa place dans les questions agricoles.

On trouve aussi dans ce numéro une interview de Claude et Lydia Bourguignon, « médecins » des sols, de Michel Delmas et ses fameuses prairies fleuries, la question du foncier agricole (via l’action de Terre de liens), des paysages, de la compétitivité du bio, de l’agroforesterie et bien sûr des circuits courts. 

Nos animaux domestiques

A paraître

En février toujours, et plus exactement le 7 février, va également sortir notre prochain ouvrage :

Nos animaux domestiques, le tour de France d’un patrimoine menacé, écrit en collaboration avec Jean-Claude Périquet, le président de la Fédération française des volailles.

Un livre dans la droite ligne de ce blog, qui fait l’inventaire de toutes les races domestiques rares et menacées de France, soit un gros pavé ! Nous en parlerons davantage dans un prochain article.

Une remise de prix...

C'est encore le 27 février, au Salon de l'agriculture, sur le stand de l'Institut de l'élevage, à 19 h, que se déroulera la remise des prix du tout premier Prix de la Fondation du Patrimoine pour l'agro-biodiversité animale. L'opportunité, pour les éleveurs de races à petits effectifs, de voir leur travail récompensé. Un article est également prévu sur le sujet.

Pour en savoir plus cliquer ici.

... et un salon !

Enfin, le Salon de l’agriculture va se tenir Porte de Versailles à Paris, du 23 février au 3 mars prochain. Et ça vaut le coup de braver la foule et les stands de saucissons pour aller voir les quelques races à petits effectifs représentées et rencontrer leurs éleveurs, qui ont bien besoin d’encouragements. Pour les chevaux, on verra les camargues et leurs gardians et les magnifiques races rares de trait (tristement absentes du Salon du cheval de Paris, qui manque de plus en plus de diversité), mais aussi quelques races d’âne patrimoniales. Et des poules, et des vaches, et des cochons, et des chèvres, et des chiens… A côté des races « stars » et industrielles, les races rustiques restent bien présentes, et c’est à saluer.

Une signature dessinée de Tout pour ma poule aura lieu mercredi 27 après-midi au stand des éditions Castor et Pollux.

Cochon de Bayeux

Porc basque

Partager cet article

<< < 10 20 21 22 23 24 25 > >>