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La poule comme compost : prenez des races à petits effectifs !

Publié le par lesbiodiversitaires

La poule comme compost, pour diminuer les déchets alimentaires, est à la mode. On recense plusieurs cas de communes qui proposent aux habitants d’adopter une poule. Oui mais quelle poule ?
 
oeufsL’idée ? Diminuer les déchets de façon écolo, faire des économies d’argent et de temps aux communes qui auront beaucoup moins de déchets à traiter, et permettre aux gens de retrouver le bonheur des œufs frais.
 
En soi, l’idée est formidable. Dernière initiative en date : la communauté de commune du canton de Podensac.   
 
Deux choses tout de même : aussi coriace que soit une poule, elle nécessite un minimum de règles et d’entretien pour vivre en bonne santé. Ce n’est pas un gadget vivant. C’est un animal sensible. Attention donc à bien informer les futurs propriétaires de poules des soins nécessaires à leur apporter. Attention aussi à ne pas donner une poule à n’importe qui, à des personnes peu responsables. Les gens ont toujours un peu tendance à tout se permettre avec les poules, au motif que ce serait un animal débile (ce qui est faux, voir l’article Vidéos de poules : pas si bêtes !). Avoir un animal, c’est un engagement et une responsabilité, et ce même si cet animal est une poule. Compost sur pattes, certes, mais compost vivant…
 
Ensuite, dans ce genre d’opération, les poules proposées à l’adoption sont de type industriel (des usines à pondre). Là encore, attention… les poules industrielles, outre qu’elles ne sont pas très belles, n’ont pas la rusticité des races anciennes. Elles sont conçues pour produire des œufs dans des systèmes barbares, mais elles sont moins résistantes aux maladies. Elles pondent plus d'oeufs au début, c'est vrai, parce qu'elles sont poussées à l'extrême, mais elles ne savent même plus couver. Pourquoi ne pas profiter de ce type d’opération pour proposer aux gens les races à petits effectifs locales ?
 
coq landais - ER
Coq de race landaise.
 
Vers Podensac, il y a la poule landaise qui est en grand danger de disparition. Prenez des poules locales, plus rustiques, mieux adaptées ! De la Coucou de Rennes en Bretagne, de la Noire de Challans en Vendée, de la Marans en Charente-Maritime, de la Cotentine en Normandie, du Coq de pêche du Limousin, de la Géline de Touraine, ou même tout simplement de la Gauloise dorée, « la » race française, elle aussi à petits effectifs. Il y a plus d’une quarantaine de races différentes en France ! Toutes plus jolies et rigolotes les unes que les autres ! L’embarras du choix !
 
Alors un petit effort, allez au bout de la démarche environnementale et profitez-en pour préserver la biodiversité domestique. C’est vraiment bien que les poules reviennent dans les campagnes. Mais prenez des races à petits effectifs !
 
Houdan - coq 1909
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Promenades ornithologiques en France… Du rêve à la réalité

Publié le par lesbiodiversitaires

Imaginez un instant une sortie en compagnie d’ornithologues qui vous montreraient tout ce que la France abritait comme oiseaux il n’y a pas si longtemps et qui, comme par enchantement, seraient de nouveau présents dans nos campagnes. Un rêve… suivi d’une réalité expliquée.
 
Le rêve : C’est l’hiver dans le nord de la France. Sur les grandes « pannes » dunaires arrière-littorales, les corneilles mantelées, ici comme partout dans la moitié nord du pays, sont nombreuses, sans cesse en quête de nourriture. Elles sont descendues du nord de l’Europe comme chaque hiver et passent ici la mauvaise saison. Parfois, elles houspillent des pygargues à queue blanches, ces aigles pêcheurs également nombreux à cette saison et venus des mêmes contrées qu’elles. Dans les marais alentours, pâturent des milliers d’oies – rieuses, des moissons.
 
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Corneille mantelée – une des dernières vues dans le nord de la France (2003).
 
Les amateurs de petits passereaux sont à la fête. Dans les dunes ou les estrans abrités où les prés salés sont présents, de grandes bandes de bruants des neiges cherchent leur nourriture en compagnie d’alouettes haussecols et de linottes à bec jaune. Tout ce petit monde est descendu lui aussi des zones arctiques où ces oiseaux se reproduisent.
 
La réalité : vous pourrez arpenter des dizaines de kilomètres de dunes littorales nordistes sans voir une corneille mantelée. Celle qui figure dans les peintures anciennes (Breughel, les Très riches heures du Duc de Berry) a aujourd’hui complètement disparu de cette partie de la France. L’espèce s’est sédentarisée à cause du climat plus doux et ne vient plus hiverner ici. Quant au pygargue à queue blanche, il a beaucoup diminué, victime de la chasse jusqu’au milieu des années 1950. Et aujourd’hui, même s’il reprend des couleurs, il ne vient plus en hiver qu’en de rares endroits de l’hexagone. Les oies, elles, ont bien compris que passée la frontière belge, elles mettaient leur vie en danger. Si bien qu’elles restent sagement au Benelux, ne viennent chez nous que poussées par le grand froid ou la neige. Elles n’y restent pas car elles sont accueillies par une salve continue de plombs…
Les petits passereaux nordiques, autrefois si réguliers, se sont faits rares à présent. Si le bruant des neiges se montre encore, l’alouette haussecol a bien régressé. Quant à la linotte à bec jaune, on peut dire qu’elle a (quasiment) disparu. Là encore, c’est le résultat du réchauffement climatique en cours.
 
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Troupe de Bruants des neiges en vol
 
Un autre rêve : le printemps, c’est la période pour observer les oiseaux nicheurs. Dans les grandes plaines champenoises, les outardes barbues sont en pleine parade, sur les savards (zones herbacées, un peu steppiques), où paissent d’innombrables moutons. Les mâles déploient leurs plumes blanches. Sur les rares buissons qui parsèment ce paysage, chantent des bruants ortolans, revenus avec les beaux jours de mai.
Plus au nord, on signale des syrrhaptes paradoxaux. Il semble que ce soit une bonne année pour cette espèce, proche des pigeons, et qui, régulièrement, fait des incursions en Europe de l’Ouest, venu des grandes steppes d’Asie centrale. Peut-être certains resteront-ils pour nicher.
Dans les régions riches en étang, il faut sortir le soir et s’asseoir en bordure d’un marais. Là, dans le concert tonitruant des grenouilles, on prêtera l’oreille. Les marouettes poussin, de Baillon et ponctuée s’unissent aux amphibiens et font entendre leurs chants caractéristiques. Ces petits volatiles, de la famille de la poule d’eau et des râles et de la taille d’un étourneau, se montrent peu et sans doute faudra-t-il se contenter de leur chant.
 
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Syrrhaptes paradoxaux (photo J-M. Thibault).
 
Les prairies humides, parsemées de fleurs à cette période de l’année, accueillent le « roi des cailles », c’est-à-dire le râle de genêts, revenu d’Afrique tropicale et qui, la nuit venue, lance son lancinant crex…crex… qui lui a donné son nom scientifique. Certains soirs, leurs vocalises dominent l’espace auditif.
Dans ces mêmes régions, et plus au sud jusque dans les Landes, les grues cendrées, avec leur haute taille ne passent pas inaperçues, même si, en période de reproduction, elles peuvent être très discrètes. Et si l’on n’a pas pu les voir, au moins se consolera-t-on avec les pies-grièches grise, à poitrine rose et à tête rousse, que l’on rencontre partout dans la campagne, nichant dans les haies ou le long des alignements d’arbres qui bordent chemins et petites routes.
 
La réalité : la Champagne crayeuse est une immense zone agricole où céréales, maïs et colza dominent le paysage. Ne cherchez plus l’outarde barbue. Elle a disparu depuis longtemps. Le bruant ortolan a survécu quelques décennies de plus, mais il n’a pas supporté, lui non plus, de voir son habitat totalement détruit. En Champagne humide proche, en revanche, la création de grands réservoirs a attiré des milliers et des milliers de grues cendrées en migration, et à présent en hivernage. Avant, elles y étaient rares. Mais l’espèce ne niche quasiment plus en France, hormis dans un petit noyau lorrain d’apparition récente. Les syrrhaptes paradoxaux n’ont plus été revus en France depuis le début du XXe siècle. A cela, le fait que les grandes steppes asiatiques ont régressé et, avec elles, le nombre de syrrhaptes. De même, les trois espèces de marouettes ont considérablement diminué devant l’assèchement des zones humides. Seule la marouette ponctuée survit en petit nombre (les deux autres ne nichent plus chez nous que de façon exceptionnelle). C’est d’ailleurs la même chose pour le râle de genêts qui est en train de disparaître de France. Ici, c’est la fenaison de plus en plus précoce (notamment à cause du climat plus chaud) qui broie les couvées en même temps qu’elle met l’herbe en bottes.
 
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Bruant ortolan
 
Les pies-grièches sont aussi bien à la peine. La pie-grièche à poitrine rose, autrefois communément répartie en France, ne subsiste plus que dans le Languedoc (moins de 20 couples). La pie-grièche grise suit le même chemin (moins de 1 000 couples) alors qu’elle était commune encore il y a 3 ou 4 décennies. La pie-grièche à tête rousse également… La modification des milieux naturels, voire leur disparition, les bouleversements du climat et l’utilisation de pesticides sont les causes de ces déclins.
 
Le paysage ornithologique français a bien changé en un peu plus d’un siècle ! Certes, des espèces sont apparues (certaines pas vraiment souhaitées, notamment les espèces invasives). Mais enfin, d’un point de vue général, nous avons perdu de belles espèces emblématiques. L’ennui c’est qu’elles déclinent aussi ailleurs en Europe…
Alors, pour nous consoler, attendons le printemps pour témoigner du retour des hirondelles, entendre le rossignol philomèle dans un hallier en bordure de fleuve, s’émerveiller du jaune du loriot ou du plumage coloré du guêpier d’Europe, tendre l’oreille pour le chant de l’engoulevent, aller en forêt traquer les gobemouche noir, le pouillot siffleur ou le rougequeue à front blanc. Oui, mais pour combien de temps encore ? Qui sait si, dans un siècle, on n’évoquera pas ces espèces de la même façon que l’avons fait ici pour leurs consœurs, c’est-à-dire à titre… posthume ?
 
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Pie-grièche à poitrine rose

Publié dans Biodiversité sauvage

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Quelques nouvelles de Grosse Cott

Publié le par lesbiodiversitaires

Parmi les messages que l’on reçoit parfois via le blog, des lecteurs de Tout pour ma poule demandent comment va Grosse Cott. Quelques nouvelles, donc, de cette maîtresse poule.

 

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Grosse Cott, Noire de Challans troquée en Vendée contre des livres, a achevé sans encombre sa mue automnale il y a quelques semaines.

C’est une vieille mémé poule de 6 ans. Elle a pondu ce printemps, avec la plus grande parcimonie, en tout et pour tout, une toute petite dizaine d’œufs. Ça n’a pas dû trop la fatiguer !

Bien entendu, elle continue de faire la loi dans le poulailler, et a affiné ses attaques perfides envers ses congénères. Devant une graine convoitée, elle pique sournoisement ses copines aux pattes pour les faire déguerpir. Et si l'on en croit l’abominable booooot ! de douleur de celles qui se font pincer, ça doit faire très mal.

 

Bref, Grosse Cott est égale à elle-même : toujours aussi coriace.

Les années qui passent ne remettent pas en cause la hiérarchie du poulailler.

Poulette, sa fille, reste le second lieutenant. Les deux orpingtons, tout en plumes, continuent de faire front à deux. Et Plumette, la marans aux œufs d’or, est tout en bas de l’échelle. Paradoxalement, c’est elle qui mange le plus. Telle une kamikaze, elle se fiche pas mal des remontrances de ses congénères : elle se jette dans la mêlée et mange 90 % des gourmandises qu’on leur apporte. Les autres peuvent bien se mettre à 4 contre 1, rien n’y fait, c'est la plus rapide. Plumette a une technique de combat imparable : elle leur donne des coups d’aile sur les côtés comme on donnerait des coups de coudes. Et elle avale tout frénétiquement sans se poser de questions. Puis elle s’enfuit et laisse les 4 autres furieuses et pantoises.

 

Grosse Cott dans ses grands jours rassemble toutes ses forces de grand-mère poule et, tel Maître Yoda, lui fait une prise de karaté. Un tourbillon de plumes et de cris, impossible à prendre en photo. C’est un vrai pit-bull, elle ne lâche sa prise qu’avec une plume de sa victime dans le bec. Après cette méchante peignée, Plumette s’en va se cacher quelques instants derrière les arbres pour se faire oublier. Mais de toute façon, à part soulager les nerfs de Grosse Cott, cette déferlante de brutalité n’est d’aucune utilité : Plumette a déjà mangé tout le meilleur. C’est trop tard. Et comme c’est une tête de bois, elle recommencera dès la prochaine fois.

Mais la plupart du temps, tout se passe harmonieusement dans le petit monde du poulailler. C’est seulement quand des croûtes de fromage ou de la couenne de jambon sont en jeu qu’on assiste à ce genre de dérives. Les poules ne sont pas des adeptes de la non-violence, autant le savoir.

 

A cette saison, n’oubliez pas de leur donner du chou, ça leur fera un peu de verdure et le décortiquer les occupe bien. Par contre, ne faites pas la fatale erreur de le leur lancer tel un ballon de rugby. Elles n’apprécient pas du tout l’atterrissage brutal d’un chou dans leur jardin et s’enfuient en hurlant, puis mettent des heures à approcher, l’air très soupçonneux, cette chose tombée du ciel.

  

Et ne vous inquiétez pas si elles s'arrêtent de pondre avec les mauvais jours. Comme disait la voisine d'un copain ornitho : "Oh bé mes poules... elles pondent plus, elles ont le cul gelé !"

 

Poulette - Elise Rousseau

Pour vos soirées d'hiver, voir l'épisode de Kaameloot : Feue la poule de Guethenoc, très dans l'esprit Grosse-cottien.

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Chevaux et cavaliers de Mongolie

Publié le par lesbiodiversitaires

Pour qui est cavalier et aime les chevaux de caractère, se rendre en Mongolie est comme l’aboutissement d’une longue quête. Là-bas vit l’une des races les plus emblématiques d’Asie, et des plus importantes du monde équestre, le cheval mongol. Et une nation entière de cavaliers.
 
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Demandez à un Mongol s’il est cavalier. Vous verrez un sourcil surpris se lever légèrement. Quelle question ! Bien sûr qu’il est cavalier ! Il ajoutera même, une fois sur deux : très bon cavalier. Sans fausse humilité ni fanfaronnades. S’il le dit, c’est certainement vrai. Les Mongols sont bouddhistes. C’est un peuple aux valeurs simples, droites, qui va à l’essentiel. Des sages du quotidien, souvent souriants, avec de ces regards qu’on ne croise plus si souvent dans l’Occident stressé, porteurs d’une sérénité et d’une vraie attention à l’autre.
 
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Un peuple d’éleveurs
Bouddhistes peut-être, mais pas complètement détachés des passions terrestres… Car les Mongols ont une passion dévorante. Les chevaux. Une nation entière de cavaliers, d’éleveurs, d’entraîneurs, de buveurs de lait de jument, et plus de 2 millions de chevaux. Et quels chevaux !
Ils ont marqué l’histoire du monde, sous la selle de Gengis Khan. C’est grâce à leur endurance à toute épreuve que le conquérant mongol a pu, au XIIe siècle, grâce à ses infatigables cavaliers, établir le plus vaste empire que la Terre ait jamais porté.
 
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 Mongol se rendant à sa yourte, dans la montagne. Les cavaliers montent souvent à cru, en simple licol.  
 
Pour sûr, ce n’est pas avec nos selles français – aussi haut qu’ils puissent sauter - que Gengis Khan aurait pu conquérir la moitié du monde, qu’il vente ou qu’il neige.
Car le froid, le cheval mongol n’en a cure. Il essuie des hivers à moins 40 degrés. Et la sélection naturelle est implacable : les poulinières qui ne sont pas assez résistantes avortent. Les Mongols ne complémentent pas leurs chevaux durant l’hiver glacial. Ils se débrouillent seuls, comme depuis la nuit des temps.
Un éleveur de chevaux de course mongol serait sans doute abasourdi de se promener en hiver en France, et de voir une bonne partie de nos grands dadais de chevaux emmitouflés jusqu’aux oreilles de couvertures à pois roses par des cavalières anxieuses, par des températures qui, en Mongolie, correspondraient à un temps hivernal clément. Étonné aussi de voir ces mêmes chevaux se goinfrer de carottes, de pommes et de céréales que les Mongols considèreraient bien plus appropriés à un repas humain. Ne parlons même pas des bonbons pour chevaux… Notre Mongol nous jetterait sans doute un petit regard en biais. Il ne dirait rien parce qu’il est poli. Mais n’en penserait pas moins.
 
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      Entraîneur et éleveur mongol, attendant l'arrivée d'une course. 
 
ll existe cependant un endroit de France où notre Mongol ne serait pas trop dépaysé. En Camargue. D’abord, parce que les Mongols trouvent que le cheval camargue ressemble à s’y méprendre à leurs chevaux. Ce n’est sans doute pas un hasard si d’anciennes théories ont avancé que les camargues trouveraient une partie de leurs origines chez les chevaux mongols. Ils ont en commun une grosse tête et une sacrée rusticité. Ensuite, parce que si les Mongols adorent les courses de chevaux, ils connaissent également parfaitement l’équitation de travail. Il faut les voir, au soleil couchant, rassembler les chèvres et les moutons à cheval.
 
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     Les Mongols sont un peu loin pour participer aux épreuves d'équitation de travail... Dommage !    
 
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Des chevaux libres
Les chevaux mongols ne se laissent pas caresser. On n’a pas élevé les cochons ensemble. Pas du genre à se laisser acheter par quelque humain que ce soit. Quand on demande pourquoi aux Mongols, ils ont un peu de mal à comprendre notre interrogation. Passer son temps à cajoler les chevaux, ça encore, ce n’est pas vraiment dans les mœurs. « Mais… parce que ce sont des animaux farouches », répondent-ils. « Ils vivent en liberté ». « Et nous en avons tellement ». Il n’est pas rare qu’un cavalier possède une dizaine de montures, si ce n’est plus. Pourquoi possédez-vous autant de chevaux ? Pour la viande ? Pas vraiment. Les Mongols mangent du cheval, à l’occasion, mais leur viande de base reste le mouton, le bœuf. Pour les courses ? Pas toujours. Pour le lait de jument alors, qui permet de faire l’araïk, la boisson nationale ? Oui, mais pas que. Alors pourquoi ? Une seule réponse revient, inlassablement, comme une évidence : « Pour le plaisir ».
 
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Il arrive que les Mongols gardent des chevaux jusqu’à une trentaine d’années, quand ce cheval a eu une place particulière dans la famille, une histoire à part, quand il a initié tous les enfants à l’équitation. Mais en règle générale, les chevaux sont tués quand ils vieillissent, et les plus faibles meurent lors d’hivers trop rigoureux. Les nomades mongols ne sont pas riches. Et si leur rapport aux chevaux est passionné, il n’est pas affectif.
 
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Mais qui respecte le plus le cheval ? Celui qui le monte à la rude, qui le fait galoper à bout de souffle dans la steppe, mais qui le laisse vivre toute sa vie dans des plaines immenses, dans de vastes troupeaux, parmi les siens ? Qui le laisse rester pour toujours un animal « farouche et libre » ? Ou celui qui le chouchoute comme un enfant mais l’enferme dans un box à longueur de journée et lui prend la tête dans des manèges sans horizon ? Nous n’avons vu aucun cheval tiquer en Mongolie. Aucun cheval au regard fou. Ils n’ont pas de foin l’hiver, pas de bonnet sur la tête, pas de caresses, pas de bonbons, mais ils sont libres. Et à les voir trotter à l’horizon, se baigner dans les lacs, se rouler dans la poussière... il semble que cette liberté-là n’a pas de prix.
 
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Les derniers paysans

Publié le par lesbiodiversitaires

Les derniers paysans
 
Entre 1979 et 2000, Serge Chevallier a photographié en France des « isolats paysans » dans lesquels des agriculteurs ont vécu selon un mode de vie qui n’avait pas changé depuis des siècles. C’est en effet à cette période, à la fin des « Trente glorieuses » que disparaît le monde paysan au profit de celui des agriculteurs (et des exploitants agricoles).
Serge Chevallier promène ses deux appareils photos : un chargé en noir et blanc, l’autre en couleur. Ainsi photographie-t-il souvent la même scène avec ces deux approches. Avec la première, on a souvent l’impression que la photo date des années 1920 ou 30. Avec la seconde – la même scène, donc – on pourrait penser que la photo a été prise lors d’une fête de la moisson locale, l’été dernier. Cela montre combien cette période s’est située entre deux âges, entre deux mondes.
 
Il ne s’agit pas de voir ces photos comme une collection de « derniers des Mohicans », mais davantage comme un travail ethnologique, comme a pu le faire Curtis avec les Indiens d’Amérique ou même Lévi-Strauss. Les textes sont là pour mettre en perspective les photos « d’époque » avec la réalité d’aujourd’hui, en la replaçant dans un contexte environnemental.
 
Le livre se termine sur une constatation : qui dit désertification (ou déprise) agricole, dit retour du sauvage. Et on le voit bien en France, avec des populations de grands herbivores sauvages (cerfs, chevreuils, mais aussi sangliers) qui sont au plus haut, ou encore avec le retour du loup… En quelque sorte, la boucle est bouclée. Au Moyen Age, les moines se sont attachés à défricher, à ouvrir le milieu (forestier) et contribué ainsi à accroître la biodiversité animale et végétale des milieux ouverts. Puis l'agriculture intensive a créé des déserts de biodiversité. Avec la déprise actuelle, c’est la forêt qui va faire son grand retour. Avec, revers de la médaille, une fermeture des milieux et une certaine homogénéisation de ceux-ci. Avec son corollaire, la perte de la diversité des espèces de milieux ouverts, mais le retour possible d'espèces forestières. Vaste sujet où agriculteurs, scientifiques, naturalistes et tous les amoureux de la nature et de la biodiversité se trouvent confrontés à un sacré dilemme.

Restent les quelques agriculteurs courageux qui ont fait le choix d’élever des races ou des variétés rustiques et locales, avec des formes d'agriculture respectueuses de l'environnement, qui essaient de valoriser ces terres en harmonie avec cette biodiversité sauvage. Aujourd'hui, ce sont sans doute eux, les héritiers des  derniers paysans. 

 
 
Pour en savoir plus sur les Derniers paysans, regarder le flipbook !
     
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Né à Paris et passionné par la campagne où, enfant, il passait toutes ses vacances, Serge Chevallier fut photographe animalier professionnel pendant plus de 30 ans. Il a également travaillé pour la publicité, le tourisme et la presse.
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Les Derniers paysans, Serge Chevallier, Philippe J. Dubois, Delachaux et Niestlé, 2012 
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Black and white Hoëdic

Publié le par lesbiodiversitaires

Au large du Morbihan, il y a Belle-Ile, il y a Groix, il y a Houat… et il y a Hoëdic.
Cette dernière est souvent considérée par les ornithologues comme la troisième des îles du Ponant, avec Ouessant et Sein, pour la migration automnale des oiseaux.
 
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C’est une île de la Bretagne Sud, et cela se sent à de nombreuses provocations végétales. Ici un figuier, où un jeune étourneau roselin s’en met plein le bec. Là des palmiers et des bananiers.
Contrairement à Sein, où l’on sent toujours l’océan prêt à déborder, à submerger l’isthme, Hoëdic semble bien amarrée.
 
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Dans la lande, un regard alerte peut trouver les lézards verts, et s’il bruine un peu, dès la nuit tombée, les crapauds calamites sortent, lentement, avec leur démarche pataude. Attention alors à ne pas leur marcher dessus ! Ils ne savent pas comme ils sont vernis d’habiter Hoëdic, tous ces crapauds. Ici, pas de voitures pour les écraser sur les routes. Ici, pas de phares éblouissants. Seulement quelques hommes à pied qui font attention où ils marchent.
 
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Hoëdic abrite également cinq chevaux blancs. Trois juments camargue, et deux hongres typés arabes. Comme les plantes, ces rustiques méridionaux se sont parfaitement adaptés au climat hoedicais. Ils sont venus là en bateau. L’une des juments est née sur l’île. En voilà des chevaux heureux, vivant dans un pré si vaste qu’il sent la liberté. Des chevaux que personne n’ennuie. Juste une petite promenade de temps en temps, sur les jolis chemins de l’île, parfois un galop fou dans la lande. Ils auraient pu naître chevaux d’écurie, à sauter des barres, poil impeccablement lustré et œil vide. Ils sont nés pour vivre dans le vent, en troupeau, crins épais et regard libre, à Hoëdic. Tous n’ont pas la même destinée.
 
 
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Il y a aussi quelques moutons, de la race menacée Landes de Bretagne, à la laine duveteuse, qui paissent face à la mer, surveillant attentivement chaque passant de leur pupille rectangulaire. Ceux-là entretiennent le milieu et empêchent que ronce, fougère et ajonc n’envahissent tout.
 
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Les pommiers d’autrefois sont toujours là, offrant des pommes biscornues aux saveurs anciennes.
Après les journées d’observation, d’attente et de quête, les ornithologues automnaux rejoignent les pêcheurs, les îliens, les marins, à la Trinquette ou au café du Repos, devant une bière ou un cidre, une purée de sardines, un bol de crevettes.
     
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C’est l’heure pour les uns de parler du gobemouche nain et des oiseaux qui pourraient bien débarquer sur l’île la nuit prochaine. Pour les autres, de la taille du bar qu’ils ont pêché. D’autres pensent encore aux cinq chevaux blancs.
 
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En voilà une île pas ordinaire, havre des oiseaux voyageurs, abri de quelques races anciennes, de quelques hommes secrets discutant sur le port d’Argol… A une heure de la côte, déjà loin, s’effaçant dans les brumes marines.
 
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Publié dans Biodiversité sauvage

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La vache Bretonne pie-noir en a vu de toutes les couleurs

Publié le par lesbiodiversitaires

La race bovine Bretonne pie-noir est une figure emblématique de la biodiversité domestique de cette région : petit format, belles cornes en lyre et robe blanche et noire – gwenn ha du – aux panachures régulières. Mais il n’en a pas toujours été ainsi…
 
Jusqu’au début du XXe siècle, lorsque l’on regarde des photos de cette époque, on note, dans les troupeaux de vaches Bretonnes pie-noir, des animaux qui, visiblement, n’ont pas la robe actuelle, noire et blanche. Celle-ci est définie en même temps que la création du herd-book de la race en 1884, comme étant noire et blanc, le noir et le blanc également répartis, avec une « écharpe » blanche descendant au niveau des épaules et une « ceinture » au niveau des hanches. Le ventre et les membres sont également blancs, tandis que la tête est noire avec une « étoile » blanche au front. Voilà pour la définition.
 
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Vache Bretonne pie-noir parfaitement dans le standard avec son « écharpe » et sa « ceinture »
blanches sur les épaules et les hanches, encadrant une large tache noire (années 1930).
 
Sur le terrain, au tournant du XXe siècle, la réalité est un peu différente. Si la Bretonne pie-noir est bel et bien reconnue, il existe une autre race, la Bretonne pie-rouge, appelée également Pie-rouge de Carhaix ou Carhaisienne, de taille un peu supérieure à la Pie-noir, mais avec la robe rouge (plus ou moins foncée) et blanche, et une (plutôt) égale répartition des coloris. Cette race, très proche de la Pie-noir, a disparu après la Seconde guerre mondiale, après s’être fondue, en grande partie, dans l’actuelle race Armoricaine, par croisement avec la Durham (aujourd’hui Shorthorn) et, secondairement avec des animaux qui donneront plus tard la Froment du Léon. La Bretonne pie-noir se rencontre alors plutôt au sud d’une ligne reliant Crozon à Rennes, tandis que la Bretonne pie-rouge se rencontre au nord de cette ligne.
 
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Vache de race Bretonne pie-rouge (Finistère vers 1917).
 
Une grande diversité
Si la robe pie à panachure large et régulière est la norme, on trouve toutefois une grande variété de motifs. Ainsi la panachure irrégulière n’est pas rare au début du XXe siècle. Les animaux peuvent avoir une robe « fleurie » - où se côtoient de grandes taches avec une multitude de petites taches dispersées sur la robe. De même, certaines robes sont totalement constituées de petites taches et réalisent alors une panachure complètement irrégulière. D’autres sont presque rouan (mélange de poils roux et blanc), signant sans doute là une influence de la race durham.
De rares sujets possèdent des flancs colorés de type « bregnié » (c’est-à-dire une large tache latérale continue). Wernert (1896) signale une grande diversité de robes, avec aussi des animaux totalement noirs, rouges ou fauves mais aussi complètement blancs. Des animaux sont également pie-gris (ou pie-étourneau), notamment dans la région de Quimper, et autour de Rennes, mais dans ce dernier cas, il s’agit de bovins croisés avec la Durham (et peut-être la Normande). On est donc bien loin de l’uniformité de la robe pie-noir !
 
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Bœuf Breton pie-noir, à la robe largement noire (Loire-Atlantique, 1857).
   
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Vache Bretonne pie-noir allaitante à robe majoritairement noire
(élevage André, Pédernec, Côtes d’Armor, 2010).
 
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Taureau Breton pie-noir montrant une robe majoritairement blanche
avec des panachures noires irrégulières (Finistère, 1855).
 
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Vache Bretonne pie-noir laitière à robe majoritairement blanche et panachures noires régulières
(élevage des Sept Chemins, Loire-Atlantique, 2012).
 
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Vache Bretonne pie-noir à robe à panachures irrégulières et sans « écharpe » ni « ceinture » (1858).
 
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Autre exemple de Vache Bretonne pie-noir à panachures irrégulières.
Beaucoup d’animaux sont de ce type au début du XXe siècle dans le Morbihan.
 
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Vache Bretonne pie-noir à robe largement noire et sans « étoile » blanche au front (Ille-et-Vilaine, 1855).
 
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Vaches Bretonnes pie-noir du début du XXe siècle.
Remarquer les grandes cornes en lyre et en croissant pour celle de droite.
 
Robes variées : une ou plusieurs races ?
On a fait des Bretonnes pie-noir et pie-rouge deux races distinctes. Mais il faut reconnaître qu’hormis la couleur de la robe et une conformation un peu supérieure chez la Pie-rouge, les animaux se ressemblaient beaucoup. Certains auteurs, comme de Lapparent (1917) s’interrogeaient déjà sur le fait de savoir s’il ne s’agissait peut-être pas d’une simple variété. Mais la Pie-rouge a été exclue de la race Pie-noir au moment de la création du livre généalogique de cette dernière. C’est pourquoi son propre herd-book a été fondé en 1910. Tandis que la Pie-noir résiste bien aux croisements, notamment avec la Durham, la Pie-rouge, du fait d’une proximité de robe, sera préférentiellement choisie pour ce type de croisement.
Les animaux au pelage uni noir ou fauve ont fait l’objet d’une étude récente (Dubois et Avon 2011). On les rencontrait surtout dans le nord des Côtes d’Armor. Il est probable qu’il s’agisse de ce que l’on appelait localement la « Brune de Guingamp » et qui était une variété (une race ?) proche de la Canadienne actuelle, mais également de la Froment du Léon.
 
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Vaches de type « Brune de Guingamp » à robe uniformément noire (fauve foncé)
(Saint-Brieuc, côtes d’Armor, 1907).
                                                     
De même, des vaches à robe rouge et tête blanche avec des  « lunettes » aux yeux, vivants dans le nord de la Bretagne, sont-elles aussi des animaux représentant peut-être les vestiges occidentaux de l’ancienne race Mancelle, aujourd’hui disparue (Dubois et Avon, op. cit.).
Il faut noter enfin que l’on remarque également des animaux à la robe quasiment ou totalement blanche. Que sont ces animaux et que représentent-ils ?
 
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Vaches à robe uniformément blanche. Sont-elles croisées et si oui avec quelle autre race ?
(Plestin-les-Grèves, Côtes d’Armor, années 1920).
 
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Cet agriculteur possède une vache noire et une vache blanche – gwenn ha du. De quelle race sont-elles ?
(Primel, Finistère, début du XXe siècle).
 
Croisement ou race pure ?
La grande diversité de patrons de robes évoquée précédemment pose la question suivante : s’agit-il d’une variation ancienne au sein de la race Bretonne pie-noir ou bien cette diversité est-elle le résultat de croisements effectués dans la seconde moitié du XIXe siècle et au tout début du XXe siècle ?
Si l’on s’en tient à Wernert (1896), on rencontrait donc en Bretagne des animaux sous une variété importante de robes et pas seulement pie-noir avec des panachures régulières. En revanche des auteurs comme Diffloth (1905) évoquent des croisements entre Bretonne pie-noir (et pie-rouge) et d’autres races. Il cite notamment des croisements Breton x Jersiais et Breton x Normand dans le nord de la Bretagne et ce de façon régulière. De même, remarque-t-il le manque d’homogénéité des animaux dans les foires de Quimper ou de Quimperlé ; hétérogénéité que l’on décèle d’ailleurs bien sur les photos anciennes. Le croisement Breton x Durham semble, selon lui, être aussi régulièrement pratiqué aussi bien dans le nord que dans le sud de la Bretagne, de même que les croisements Breton x Durham x Jersiais. Cependant la vache Jersiaise était une « vache de riche » et il est assez curieux que les petits éleveurs aient eu les moyens de s’offrir un animal qui coûtait cher. Enfin des essais de croisements Breton x Ayrshire (race écossaise) et Breton x Ayrshire x Durham ont été effectués à la fin du XIXe siècle, mais ils semblent être restés limités autour de la ferme de Grand-Jouan, Loire-Atlantique, sous l’impulsion de M. Rieffel (de Dampierre 1851).
 
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Bœufs au marché de Pontivy, Morbihan (début du XXe siècle).
L’animal au premier plan, sans doute Pie-rouge, présente une robe à panachures irrégulières,
rappelant un peu la Durham.
    
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Troupeau de vaches près d’Auray, Morbihan, début du XXe siècle.
On note la grande hétérogénéité des robes avec des animaux pie-rouge et d’autre pie-noir.
Alors une seule et même race ou influence d’autres races sous l’effet du croisement ?
 
Il est clair que dans le nord, mais aussi le centre de la Bretagne, le bétail a montré une hétérogénéité de robes jusqu’au début du XXe siècle. Cela tient au fait qu’il y avait plusieurs races ou variétés qui coexistaient mais aussi parce qu’il y a eu des croisements, notamment avec la Durham, croisement qui ont été  précocement condamnés (Douglas 1867).
 
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Vache peut-être croisée Bretonne x Durham. Elle a une conformation et la forme des cornes
qui rappelle cette dernière race. La tête est entière sombre, sans « étoile » au front
(Larmor-Baden, Morbihan, début du XXe siècle).
 
En revanche, le sud de la Bretagne (sud du Finistère, Morbihan), aurait été davantage tenu à l’écart de ces croisements (Quéméré 2006). Pourtant, l’examen de photos du début du XXe siècle montre que dans cette partie de Bretagne également, les robes peuvent être parfois très hétérogènes. Alors influence de croisements ou variation ancienne de robes chez la Bretonne pie-noir ? Le mystère reste, pour le moment entier.
Ce que l’on sait aujourd’hui c’est qu’en race Bretonne pie-noir, il y a encore une variation naturelle de robes. Ainsi environ 1% de veaux naissent « pie-rouge ». Il existe également une forme pie-grise (glazig) chez cette race, couleur de robe autrefois très recherchée ! De même certains animaux montrent des teintes rousses dans le noir de leur robe.
 
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Vache Bretonne de couleur pie-gris, peinte J-R. Brascassat (vers 1850).
 
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Taureau Breton pie-noir de couleur grise ou bleue dite glazig
(élevage André, Pédernec, Côtes d’Armor, 2010).
 
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  Vache Bretonne pie-noir présentant une teinte gris-roussâtre
    (Salon de l’agriculture, 2011, animal originaire du Morbihan).
 
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Vache Bretonne pie-noir (souche Dahiez) avec une teinte brun-gris.
A noter le pourtour du mufle blanc, comme l’avait parfois les vaches de cette race au début du XXe siècle
(élevage Le Ho, Saint-Michel-et-Chanveaux, Maine-et-Loire, 2012).
 
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Vache Bretonne pie-noir  type « pie-rouge » (1% du cheptel), Bretonne pie-rouge ou croisé.
Difficile de se prononcer car l’animal a été photographié au début des années 1960,
lorsqu’il devait encore rester quelques Bretonnes pie-rouge (Tronoën, Finistère, photo J. Dubois).
 
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Vache Bretonne pie-noir de type « pie-rouge » (souche Dahiez).
A noter que l’animal à quelques bringeures
(élevage Le Ho, Saint-Michel-et-Chanveaux, Maine-et-Loire, 2012).
 
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  Veau Breton pie-noir de type « pie-rouge » (souche Dahiez)
(élevage Le Ho, Saint-Michel-et-Chanveaux, Maine-et-Loire, 2012).
 
Références
Ÿ de Lapparent E. (1851). Races bovines de Bretagne, de salers, d’Aubrac et du Limousin. Journal d'Agriculture pratique 1851 : 5-9 (3eS, Tome III).
Ÿ de Lapparent H. (1917). La race bovine bretonne pie-rouge. Journal d'Agriculture pratique 1917 : 122-123.
Ÿ Douglas J.-C. (1867). Sur le croisement de la race bovine de la Basse Bretagne. Journal de l'Agriculture 1867/4 : 800-803.
Ÿ Dubois Ph. J. et Avon L. (2011). Sur l’existence possible de populations bovines bretonnes oubliées. Ethnozootechnie 90 : 81-88.
Ÿ Quéméré P. (2006). La Bretonne Pie Noir - Grandeur - Décadence – Renouveau. Editions France Agricole, 192 p.
Ÿ Wernert A. (1896). Les vaches de race bretonne - les bœufs bretons : étude pratique. Imprimerie A. Michel, Paris.
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Petite mythologie du loup

Publié le par lesbiodiversitaires

En Mongolie, en juin dernier, guidés par des cavaliers rencontrés en chemin, nous avons fait un affut au loup. Dans les hautes montagnes d'Ikh Bodg Uul, au bord d’un inquiétant précipice, dans le froid du soir, nous observions au loin une carcasse attaquée par les vautours de l’Himalaya, les vautours moines et les gypaètes barbus. Une ambiance de bout du monde…
 
 cavalier mongol - PJD
  Il y a des loups... là-bas...
 
Mais nous n’avons pas vu le loup.
Savoir qu’il rôdait pourtant dans le secteur, et que les Mongols l’avaient aperçu plusieurs fois autour de la carcasse, le matin même, était suffisant pour rendre ce moment unique. Nous ne l’avons pas vu… peut-être parce que lui, justement, nous avait vus. Peut-être avait-il fait un affut à l’homme ?
 
 Affut au loup - Yvan Tariel
Affut au loup à Ikh Bodg Uul, dans le froid. Photo : Yvan Tariel
 
Cet affut en compagnie des Mongols nous donne envie de vous faire partager un texte consacré à la mythologie du loup (et à sa signification en Mongolie), paru il y a quelques années*, ainsi que deux sublimes photos du photographe Louis-Marie Préau : 
  
  
Mythologie du loup
 
Le loup fait partie de toutes les mythologies des pays où il a un jour traîné la patte.
Les Indiens d’Amérique respectaient le loup, qui, comme eux, était un chasseur. Pour les Indiens, le loup était un allié, qu’on retrouve dans les totems, voire un passeur d’âme. La tribu des Ojibwa lui attribuait une protection spirituelle.
 
Chez les anciens Grecs, l’histoire de Léto raconte que, après son union avec Zeus, la déesse enceinte ne parvenait pas à trouver de lieu pour donner naissance aux jumeaux qu’elle portait, à cause de la jalousie d’Héra, l’épouse de Zeus. Selon diverses variantes, elle finit, protégée de Zeus, par accoucher. Mais Léto, emmenant ses nouveau-nés – rien moins qu’Apollon et Artémis – pour les laver dans le Xanthe, fut confrontée à des bergers qui cherchèrent à l’en empêcher. Des loups arrivèrent alors, chassant les bergers ! Léto appela dès lors la région « Lycie », du nom des loups, et transforma les bergers… en grenouilles ! De par ce lien aux loups, Artémis, déesse de la vie sauvage, était parfois également évoquée comme Artémis Lycoctone, tueuse de loups, pour protéger les troupeaux. Cela pouvait également être le cas de son frère Apollon, parfois appelé Apollon Lukogenès, né du loup (à Delphes, le temple d’Apollon était gardé par un loup de bronze, en souvenir d’un vrai loup qui aurait protégé les trésors du temple contre un voleur). Autour de ce temple d’Apollon, le terrain était appelé « lukaion », ce qui veut dire « peau de loup ». Comme c’était le lieu où Aristote enseignait, c’est là l’origine du terme « lycée », utilisé encore aujourd’hui.
Le dieu des Enfers, Hadès, était vêtu également d’une dépouille de loup (par ailleurs, chez un autre peuple, les Étrusques, le dieu de la mort avait des oreilles de loup !).
 
Quant à Dolon, c’est un espion troyen qui, en pleine guerre de Troie, cherche à se rendre au camp des Grecs en se déguisant en loup. Homère l’évoque dans l’Iliade (Chant X). Dolon « sur ses épaules, jette aussitôt l’arc recourbé ; il vêt son corps de la peau d’un loup gris ; […] il s’en va, par la route, plein d’ardeur ». Le stratagème n’est pas une grande réussite car il est rapidement attrapé par le rusé Ulysse et son comparse Diodème, qui le font parler avant de l’achever.
Dans la mythologie grecque, d’une manière générale, le loup apparaît comme un animal incarnant le sauvage, la force, la ruse et la combativité, associé à des dieux majeurs.
 
Dans la Rome antique, où les loups étaient nombreux, une très ancienne fête pastorale, les Lupercales (Lupercalia), avait lieu chaque année le 15 février, dont l’un des buts était d’écarter les loups des troupeaux. N’oublions pas non plus que la fondation de Rome n’aurait pas eu lieu sans l’aide d’une louve : lorsque les jumeaux Remus et Romulus, nés des amours d’une ancienne princesse devenue vestale (c’est-à-dire en latin courant une lupa, une « louve », une prostituée) et du dieu Mars (dont l’animal sacré était le loup), sont jetés dans le Tibre pour qu’ils ne puissent un jour revendiquer le pouvoir, ils échouent sur le rivage et sont recueillis et allaités par une louve. Plus tard, un nouvel établissement sera fondé sur le lieu où ils furent découverts, donnant naissance à Rome, qui garda la louve comme emblème. Le loup faisait donc logiquement partie des emblèmes de la légion romaine. Voir un loup avant le début d’une bataille était aussi présage de victoire.
 
Chez les Scandinaves, aux terres non moins peuplées de loups, le loup a une importance peut-être plus forte encore. Odin possédait deux loups : Gere et Freke. Fenrir, le plus célèbre des loups scandinaves, est un loup énorme, destructeur et ennemi des dieux. Seule une corde fabriquée par les nains et placée à son cou permet de le contrôler. Fenrir causera cependant la fin du monde lors du Crépuscule des dieux : brisant ses chaînes, il avalera le soleil et la lune, et les dieux s’entre-tueront lors d’un combat final. Fenrir dévorera Odin avant d’être tué par le fils de ce dernier.
En Égypte, Oupouaout, le dieu-loup, est placé à l’avant de la barque solaire d’Osiris. Lors du dangereux périple nocturne du soleil dans les régions souterraines, c’est Oupouaout qui ouvre le chemin, faisant office de passeur. Une ville lui était dédiée : Lycopolis.
En Mongolie, il est, avec le cheval, l’habitant de la steppe. L’Histoire secrète des Mongols, chronique mongole de Siki-Quduqu au XIIIe siècle, rapporte ainsi que le héros Gengis Khan, le grand conquérant mongol, avait pour père… le Loup bleu (Bortä-Tchino) ! Belle explication à la férocité de Gengis Khan, guerrier légendaire. Ce Loup bleu symbolisait aussi la foudre.
En Chine, une étoile, Sirius, était associée à un loup qui était censé garder le palais céleste (la Grande Ourse).
Pour les Turcs, la louve est aussi à l’origine de leur lignée, ayant allaité leur ancêtre, Mustapha Kemal, surnommé le « loup gris ».
Dans la mythologie indienne, le loup dévoreur Vrika absorbe la lumière, elle-même représentée par une caille. Il symbolise la nuit, et c’est seulement lorsque la caille est libérée que l’aube peut renaître.
Enfin, pour de nombreux peuples (Sibérie, Kamchatka…), le loup est un symbole de fécondité, auquel on consacre des rites.
 
*Anthologie du loup, Elise Rousseau, Delachaux et Niestlé, 2006 
 
 
 loup Louis-Marie Préau
     
  loup Louis-Marie Préau 2
Photos : Louis-Marie Préau 
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Retrouvez les remarquables photos de Louis-Marie Préau, ainsi que sa série sur le loup, sur le site du photographe naturaliste :
http://www.louismariepreau.com/
Un photographe aussi doué que généreux, qui a souvent aidé les associations de protection de la nature. On aime son approche poétique, et la sensation de légèreté qui se dégage de ses clichés.
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Publié dans Biodiversité sauvage

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Lectures biodiversitaires d’été

Publié le par lesbiodiversitaires

Le poil et la plume - Anny DupereyLe poil et la plume,
Anny Duperey, Le Seuil, 2011
 
L’actrice Anny Duperey aime les poules. Et elle en parle magnifiquement, racontant dans ce joli livre les aventures les plus folles de ses protégées.
On rit beaucoup, en découvrant l’histoire de la passion torride entre son coq et l’une de ses poules, devant les facéties des paons, des pigeons et du menu peuple ailé qui volette dans le jardin d’Anny Duperey.
Vrai parcours initiatique, débordant de tendresse et d’émotion, Anny arrive à faire de l’installation d’un poulailler dans son jardin un vrai roman d’aventures. Tous les amateurs de cocottes devraient le lire de toute urgence. 
 
     
Manuel d’équitation camargue. Une tradition d’avenir, Manuel d'équitation camargue - Céline Legaz
Céline Legaz, Actes Sud, 2012 
 
Enfin un manuel pratique d'équitation camargue, qui offre un bon complément au désormais "classique" livre de Bernard Roche, L'équitation camargue, également paru chez Actes Sud il y a quelques années.
Cet ouvrage très complet de Céline Legaz est destiné aux cavaliers passionnés d’équitation et de chevaux camargues, mais aussi à tous les cavaliers curieux des traditions françaises. Ce livre très pédagogique peut aussi être pris comme un manuel d’initiation à l’équitation en général. Au-delà des aspects techniques, c’est toute l’histoire équestre d’une région qui affleure entre les pages, une histoire si riche qu’elle a survécue jusqu’en 2012 et qu’elle se modernise aujourd’hui sous l’impulsion de jeunes cavaliers comme Céline Legaz.
Le cheval camargue reste une race à petits effectifs, mais quand on tient entre les mains un ouvrage de cette qualité, sous l’inimitable sceau des éditions Actes Sud, on se dit que nos crins-blancs sont bien défendus.
    
Travelling by mongolian horse,
Bekhjargal Bayarsaikhan, Ulaanbaatar Mongolia, 2006 
Cet incroyable petit ouvrage n’est sans doute pas facile à se procurer hors de la Mongolie, mais il mérite d’être signalé. Traduit en anglais (c’est toujours mieux que le russe ou le mongol !), il foisonne de dessins et de croquis en tout genre. Ce côté brouillon et amateur lui donne un charme fou, loin de nos livres aux maquettes impeccables…
Cet ouvrage édité en Mongolie traite bien sûr du sujet le plus important pour le peuple mongol : les chevaux. Et de cette race inouïe, sauvage, inimitable, le cheval mongol, et de toutes les traditions qui s’y rattachent. On n’a qu’une idée en tournant les pages : sauter dans le premier avion pour revoir les immenses troupeaux de chevaux aux robes dorées, dans les steppes démesurées.
  
  couv travelling by mongolian horse
 
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Vaches et yaks de Mongolie : les bovins de l’extrême

Publié le par lesbiodiversitaires

Un voyage naturaliste en Mongolie courant juin nous a permis de nous informer sur le bétail mongol – particulièrement chevaux et bovins. Aujourd’hui, zoom sur ces bovins qui sont capables d’endurer des conditions environnementales très sévères et d’endurer des écarts de température considérables.
 
En Mongolie, si les vaches fréquentent la steppe, les yaks sont également présents dans les zones de montagnes. Ainsi deux types de bovins se côtoient dans ce pays trois fois grand comme la France.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la capacité d’adaptation du bétail à des conditions climatiques extrêmement rudes. En effet, à quelques exceptions près, les animaux vivent 365 jours dehors, sans le moindre apport alimentaire par l’homme. L’hiver, la température descend allègrement à -30°C, tandis que l’été, dans le désert de Gobi, elle monte facilement à 40°C. Soit un écart de 70°C que le bétail supporte. Il y a sans doute peu d’animaux domestiques qui, de par le monde, peuvent vivre avec des écarts de température aussi importants !
 
Vaches mongoles
Le bétail mongol est issu du type dit Tourano-mongol qui regroupe des races que l’on rencontre des bords de la Caspienne au nord-ouest de la Chine et au sud de la Sibérie. Les animaux se caractérisent par un squelette anguleux et des cornes qui poussent à la verticale et sont parfois en croissant. Les races Yakoute (nord Sibérie), Kalmouk (sud Russie et autour de la Caspienne), Kirghize et Kazakhe sont proche de la race Mongole. En Chine, d’autres races appartiennent au même groupe de bétail comme la variété Ujumqin et l’HalhïnGol. De même la race Hazake, du Xinjiang (nord-ouest de la Chine, représente le type transitionnel entre bétail kazakhe et bétail mongol. La race Mongole proprement dite se rencontre en Mongolie, mais aussi dans la province de Mongolie intérieure, en Chine.
 
Le gabarit de la race Mongole est variable et dépend de son environnement : animaux graciles et légers en zone méridionale et désertique (Gobi, etc.), ou mieux conformés et plus grands dans la partie nord et est du pays (steppe moins désertique, alpages, forêts). Les vaches pèsent entre 280 et 400 kg, tandis que les taureaux atteignent 550 à 600 kg. En région désertique, les vaches ne dépassent parfois pas 1,10 m. La race mongole, très rustique est une race plutôt tardive (première gestation à partir de 2 ans). Il faut parfois 7 à 8 ans pour qu’un animal atteigne sa taille adulte. Ce n’est pas une grande laitière et, en race pure, elle donne entre 500 et 600 kg de lait par lactation. Comme le yak, la vache mongole est capable de se nourrir de très peu en hiver, de perdre un poids considérable, puis d’en reprendre très rapidement dès le retour du printemps.
 
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Groupe de vaches de race Mongole (taureau à droite).
Remarquer la variété des robes et la forme des cornes, verticales.
 
La couleur de la robe de la race Mongole est très variable. Généralement, les animaux ont souvent une robe brun rouge, mais d’autres coloris sont rencontrés comme le noir, le froment-jaune, le pie (noir, rouge), de même que l’on rencontre régulièrement des robes bringées, voire même tigrées. La robe ceinturée (belted) est également régulière. Les cornes sont fines et longues, verticales et parfois en croissant.
 
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Vache Mongole à robe tigrée (très bringée).
 
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Vache à robe ceinturée.
 
Les effectifs des bovins sont assez fluctuants à l’image de celle du cheptel mongol. En effet, les hivers très froids peuvent décimés les effectifs. Ce fut le cas de l’hiver 2009/2010 (le fameux dzud, avec des températures atteignant -50°C !) où l’on est passé de 44,02 millions d’animaux, toutes espèces confondues à 32,73 millions, soit une perte de 26% du cheptel !
Les bovins constituent environ 6,6 % de ce dernier, soit, en 2011, 2,4 millions de têtes dont 700 000 yaks. Pour comparaison, il y a en Mongolie (pour la même année) 280 000 chameaux, 2,11 millions de chevaux, 15,67 millions de moutons et 15,93 millions de chèvres.
Les bovins fournissent à eux seuls 40 % du total de viande et 80 % des produits laitiers.
 
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Vaches Mongoles de région semi-désertique.
 
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Vache Mongole de la région d’Oulan-Bator à constitution plus forte et taille supérieure.
 
Même si la race Mongole domine encore dans le pays, elle subit, ici comme ailleurs, les croisements améliorateurs avec d’autres races, principalement européennes. Ces croisements ont commencé en 1949 avec l’importation de Shorthorn. Depuis, d’autres races ont suivi et actuellement l’Angus, la Limousine, la Charolaise et la Simmental sont utilisées comme l’a été également la Holstein ou l’Hereford.
Les croisements fixés au fil du temps entre Mongole et races allochtones ont donné naissance à des races nouvelles avec notamment :
 
● la Mongole à tête blanche, appelée localement TsagaanTolgoit, issue de croisement avec l’Hereford. Elle ressemble à la Kazakhe à tête blanche.
 
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Vache Mongole à tête blanche (TsagaanTolgoit).
 
● la Mongole pie-noir, appelée Char (ou Shar) Tarlan, issue de croisement avec la Frisonne pie-noir et dont on retrouve une race tout à fait semblable en Chine.
 
● la Mongole brun-jaune (ou brune), appelée localement Bor Kalium, qui est le fruit de croisements avec la Brune (des Alpes) et que l’on retrouve en Chine sous l’appellation Brune du Xinjiang.
 
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Taureau mongol brun-jaune (Bor Khalium).
 
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Vaches croisés Mongole x Simmental.
 
Yaks mongols
A côté des vaches, on rencontre également les yaks, si étroitement liés aux hauts plateaux tibétains, mais aussi chinois, mongols, et sur l’ensemble de la chaine de l’Himalaya et jusqu’en Afghanistan et Kazakhstan. Ils sont issus du yak sauvage Bos grunniens, en général de conformation plus importante que les variétés domestiques, et qui ne vit qu’au Tibet où il est actuellement menacé (environ 15 000 animaux). En Mongolie, on les rencontre plutôt dans le nord du pays ou dans le sud, mais en zone montagneuse (Altaï Gobi). Les yaks paissent entre 1 500 et… 4 000m d’altitude (jusqu’à plus de 3 000m en Mongolie). Aucun autre animal domestique n’est capable de se nourrir à des altitudes aussi élevées. En hiver, il gratte la neige (présente jusqu’à 150 jours par an) pour trouver une maigre subsistance. Les femelles pèsent autour de 270-280 kg et les mâles 400 à 500 kg.
 
 
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Yak sauvage (source : Xinhua Photo).
 
L’utilisation du yak est multiple : viande, lait, laine, mais également comme animal de bât. Le nombre de yaks en Mongolie (le plus important pays après la Chine) est en diminution depuis les années 1940.
Comme pour la race bovine Mongole, la couleur de la robe des yaks est variable. Le noir (68,5% du total) et le brun (16,9%) dominent (le noir étant génétiquement dominant). Cependant on rencontre des animaux au pelage pie (souvent avec juste la tête blanche), mais aussi avec des robes grises. En Mongolie, la grande majorité des animaux sont acères (c’est-à-dire sans cornes).
 
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Troupeau de yaks dans la vallée de la rivière Tüyn (monts Khangaï).
 
Comme pour les vaches, il existe plusieurs « races » (ou variétés ?) de yaks en Mongolie. D’une part le Yak Khangaï (ou Hangaï) et d’autre part le Yak Altaï.
Le Khangaï – du nom de la chaine montagneuse du centre du pays – se rencontre surtout dans le centre et le nord du pays. C’est un animal robuste, de bonne taille et utilisé principalement pour la viande, le lait et le transport. La couleur de la robe est variable, mais ce yak se distingue par le fait que 90 % des animaux sont acères.
 
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Yaks Khangaï. Noter la conformation plus forte que chez le yak Altaï et l’absence de cornes.
 
L’Altaï vient, comme son nom l’indique de la chaine montagneuse qui court au sud du pays. Il est plus adapté que son cousin le Khangaï aux conditions climatiques extrêmes et il est typiquement inféodé à l’étage alpin. Chez cette « race », les robes noire ou pie-noir dominent. La majorité des animaux possèdent des cornes bien développées. Leur pelage est dense, avec de longs poils. Il est utilisé pour le lait et la viande, avec une prépondérance pour cette dernière, grâce à l’amélioration des animaux.
 
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Yaks Altaï à silhouette moins massive que la « race » précédente. Noter la présence de cornes,
qui n’est cependant pas systématique (photo : J.-M. Thibault).
 
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Yak Altaï et son veau (photo : Yvan Tariel).
 
Une femelle de yak donne en moyenne 560 à 740 kg de lait par lactation. Les produits laitiers du yak sont recherchés. Notamment le lait fermenté, qui donne soit un yaourt (le tarag), soit sous forme d’ « alcool de lait », appelé arkhi, qui n’est cependant pas aussi prisé que celui élaboré à partir du lait de jument (aïrag). La viande de yak possède moins de gras que celle du bœuf. Elle est d’un rouge profond, du fait de l’importante de l’hémoglobine et de la myoglobine dans les tissus. Les Mongols ne considèrent pas qu’il y ait une réelle différence de goût entre la viande bœuf et celle de yak. A l’heure actuelle, la viande de yak est plutôt consommée sur place car les circuits de distribution dans les régions reculées où il vit ne sont guère développés.
 
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Yak Khangaï utilisé pour la traction.
  
Comme pour la race bovine Mongole, les yaks sont croisés avec des vaches justement, pour améliorer les performances de l’animal. Ces hybrides sont appelés hainag en Mongolie (ce sont les fameux dzo au Tibet). L’effet hétérosis permet d’augmenter la taille, la production de lait (816 kg de lait en moyenne par lactation) et de viande, la capacité au travail, de même que la longévité. Cependant les croisements de seconde génération sont moins performants du fait de la perte de l’effet hétérosis. Parmi les races bovines choisies pour ces croisements, citons la Simmental, l’Alatau, l’Hereford et aussi, localement, la Mongole.
 
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Hainag (croisement yak x vache).
 
 
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Traite de vaches mongoles (photo : Matthieu Vaslin).
 
Bibliographie sommaire
  •  Cheng P. (1986). Livestock Breeds of China. Animal Production and Health. Vol. 46. FAO, Rome. 217p.  
  • Felius M. (1995).  Cattle Breeds : an encyclopedia. Misset, Doetinchem, 800p.  
  • Wiener G., Jianlin H. et Ruijun L. P. (2003). The yak. FAO, Bangkok.
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