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Ver luisant : petite lumière d’une nuit d’été

Publié le par lesbiodiversitaires

L’autre soir, sous la belle nuit étoilée, un petit mirage sur la pelouse, une lumière dans la nuit… Ce point luminescent dans l’herbe, c’est un ver luisant, appelé également Lampyre.
 
Les scientifiques le nomment Lampyrisnoctilucanoctiluca : la lumière de nuit  - mais contrairement à son nom familier, le lampyre n’est pas du tout un ver. C’est un insecte, un coléoptère même (comme nos bousiers et nos scarabées), de la famille des Lampyridés. Le terme de « ver » vient du fait que les femelles ont un corps mou qui peut en effet rappeler une sorte de ver. En fait, elles ont gardé leur forme larvaire à l’âge adulte (néoténie). Mais la comparaison s’arrête là. Les lampyres se trouvent dans toute l’Europe et à l’est jusqu’en Chine et même aux portes de l’Arctique, presque le cercle polaire ! Il est possible que le réchauffement climatique puisse favoriser l’expansion de cette espèce vers le nord.
 
Ver-luisant-nuit-VA.jpg
Lampyre femelle, photo prise sans flash.
 
Ver-luisant-flash-VA.jpg
Lampyre femelle, même animal pris au flash (la lumière verte n'est plus visible).
 
Chez les lampyres, c’est surtout madame qui brille. La partie terminale de son abdomen luit dans la nuit. C’est un phénomène de bioluminescence, c’est-à-dire que des molécules de luciférine, au contact de l’oxygène, donnent cette lumière verdâtre si caractéristique. Les dames la produisent en fait pour attirer les mâles – qui sont volants – et qui, eux, en produisent bien moins car seul le dernier segment de leur abdomen est concerné.
Et chez ces lumineux insectes, même les œufs sont lumineux.
Les vers luisants n’apprécient pas la pollution lumineuse. On peut comprendre pourquoi.
 
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 Lampyre femelle (en médaillon le mâle).
 
Ne vous fiez pas à cette petite lumière nocturne. Les lampyres sont de redoutables prédateurs. Demandez aux escargots : ils sont les victimes des larves des lampyres qui s’en délectent. Les larves seulement, car à l’âge adulte les « vers luisants », comme bon nombre d’insectes, ne pensent qu’à se reproduire. Ils ne mangent donc quasiment plus et mourront après la reproduction.
En attendant, dans l’herbe noire de la nuit, notre femelle de lampyre émet sa petite lumière pour attirer quelque mâle qui vole sans doute près de nous, sans que nous en doutions.
 
(Un grand merci à Vincent Albouy et André Fouquet pour leurs photos).
 
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Info supplémentaire du 25 août : enquête vers luisants
Une pré-enquête sur les vers luisants a eu lieu il y a quelques mois. Plus de 1 000 personnes ont répondu. Merci de participer à ce second volet de l'Observatoire des Vers Luisants.
Vous pouvez  faire part de vos observations 2012 (vu ou pas vu !) à cette adresse :

http://www.observatoire-asterella.fr/OVL3.html

L'Observatoire vous incite également à faire des observations simultanées du 24 au 31 août 2012 et renseigner par la suite cette page :

http://www.observatoire-asterella.fr/OVL2.html

L'analyse exploratoire des premières données (pré-enquête) montre que certains habitats (terres arables non irriguées, zones urbanisées) ont un impact négatif important sur la dynamique de population des vers luisants. La poursuite de l'investigation et l'augmentation du nombre de participants devrait permettre de s'intéresser à des effets moins faciles à observer.
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Publié dans Biodiversité sauvage

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Divination : le grand Bestioloscope de l’été

Publié le par lesbiodiversitaires

Les philosophes le savent depuis la nuit des temps. Rien ne rassure plus les hommes que d’être définis. Qu’on leur dise qui ils sont pour ne pas avoir à se demander qui ils pourraient être.
 
Vous êtes bélier ascendant cancer… vous êtes un rêveur tête brûlée ; votre couleur est le Jaune, vous êtes lumineux et serein… Et cela sans parler de l’astrologie chinoise dont le bestiaire est réjouissant : coq, cochon, serpent, etc.
Alors puisque c’est l’été, place aux sujets légers et décalés. 
Nous avons, nous aussi, inventé une nouvelle discipline pour se définir. Il s’agit de la Bestiologie.
Dis-moi quel est ton animal de compagnie, je te dirai qui tu es.
 
Le principe est simple. Un subtil mélange d’observations de nos congénères, ajouté aux croyances communément admises, permet d’associer certains animaux à des traits de caractère.
Alors, quel est votre animal de compagnie préféré ?
 
 
chat ER
 
Chat : Vous avez besoin d’indépendance, qu’on vous lâche les baskets. Vous aimez qu’il y ait un peu d’ambiguïté dans les relations. Peut-être avez-vous un petit côté sado-maso.
Chien : Vous avez un fond affectueux et spontané, vous croyez fort en l’amitié. Vous êtes même un peu idéaliste. Attention à la dépendance affective.
Cheval : Vous êtes épris de liberté, réelle ou rêvée. Vous détestez l’injustice et vous pouvez ruer dans les brancards. cheval ER Mongolie
Poisson rouge en bocal : Vous êtes porté sur la réflexion et avez une grosse tendance à la déprime.
Aquarium tropical : Vous rêvez toujours d’ailleurs, d’une vie plus foisonnante. Votre lutte sans fin contre les algues symbolise votre quête intérieure de clarté.
Vache : Vous avez besoin d’être rassuré voire materné. En même temps, vous êtes sûr de vous et faut pas qu’on vous embête.
Âne : Vous êtes très tendre et réfléchi, vous aimez les relations profondes. Vous vous fichez de l’apparence et du qu’en-dira-t-on. Vous faites ce que vous avez envie de faire.
Chèvre : Vous êtes à la fois rêveur et pragmatique, farouchement autonome, avec une personnalité très affirmée.
Mouton : Vous avez besoin d’être sécurisé, de délicatesse. Vous êtes sociable mais vous paniquez facilement.   mouton ER landes de Bretagne
Cochon : Vous aimez l’originalité et la provocation, et par-dessus tout, l’intelligence. Vous avez un côté rebelle.
Cochon d’Inde : Vous êtes très émotif, sociable et aimant. Vous aimez dialoguer. Vous êtes une personne douce et tranquille.
Lapin : Vous êtes joyeux et insouciant, mais vous prenez parfois des décisions trop rapides.
Hamster : en fait… ça existe les passionnés de hamster ??
Poule : Vous aimez rire et les petits plaisirs du quotidien.
Oie : Vous êtes un gros affectif, vous rêvez de fidélité à la vie à la mort et de famille unie.
Perroquet ou mainate : Vous aimez l’intelligence et vous faire valoir. Vous avez un côté fanfaron, un peu prisonnier du regard des autres.
cochon EROiseau en cage : Vous adorez la Beauté mais vous êtes possessif, vous tenez peu compte des besoins de l’autre, vous êtes un esthète égoïste.
Furet : Vous êtes un anticonformiste à l’odorat peu sensible, possiblement contestataire.
Serpent : Vous avez besoin de vous différencier de vos semblables et vous aimez inspirer un sentiment de crainte à votre entourage.
Tortue : En fait vous vous demandez pourquoi vous avez une tortue, vu qu’elle a au moins 50 ans et que vous en avez hérité de votre grand-mère. Donc vous ne vous sentez pas du tout concerné par le sujet.
Araignée : Vous avez un conflit non résolu avec votre mère, que vous voulez contrarier un maximum.
  
Vous détestez les animaux : soit vous êtes un gros phobique, soit quelqu’un de super froid, soit vous répétez à tout le monde que vous préférez les humains (mais est-ce que les humains vous préfèrent ?).
 
Bien sûr, si vous avez plusieurs animaux favoris, il faut ensuite configurer : vache ascendant chien, chat ascendant chèvre, cheval ascendant poule, etc.
 
Alors ? Vous êtes-vous senti bien défini ? (Dans le cas contraire, pas la peine de nous jeter des cailloux ou des pelures de pommes de terre. La vérité est juste que chacun peut se reconnaître dans à peu près... n’importe quoi.). Bon été !
 
oie domestique ER 
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Martinet noir : la ronde des adieux

Publié le par lesbiodiversitaires

Malgré une météo jusqu'alors incertaine en de nombreux endroits de l’hexagone, c’est la période estivale, celle des longues soirées passées sous les dernières lumières dorées. Au-dessus de nous, les martinets noirs s’en donnent à cœur joie dans des poursuites effrénées et des stridulations aigües.
 
Les derniers jours de juillet marquent un tournant dans le quotidien. Les martinets ont fini de nicher et les jeunes s’exercent au vol en compagnie des adultes. Ces rondes vespérales regroupant les oiseaux sont nombreuses dans le ciel. Pour beaucoup d’entre nous, ce sont des jours d’insouciance et de vacances et bien peu remarquent ces farandoles aériennes, même si le cri strident des poursuites ne peut être ignoré des oreilles les moins expertes.
 
MAR-pâles---Essaouira---MAROC---2011.03.011
Rondes aériennes.
 
Il faut en profiter ! Car, un matin de fin juillet, le ciel est vide d’oiseaux noirs en forme de faux. Plus rien. Les martinets ont disparu et la soirée est là pour confirmer cette absence. Le ciel est redevenu silencieux. Les martinets sont partis. Ils sont partis alors qu’il fait chaud. Ils sont partis tandis qu’il y a encore des insectes dans les airs. Oui mais voilà, le martinet est réglé comme un métronome. Chaque année, et quel que soit la météo, les martinets noirs, muent par leur horloge biologique, nous quittent dans les derniers jours de juillet. Certes il en restera encore, par ci, par là, jusqu’aux premiers jours de septembre… Mais l’essentiel de la troupe a repris le chemin du sud. De l’Afrique équatoriale où ils vont passer tout le reste de l’année à voler, sans cesse, sans jamais se poser au-dessus de la grande forêt tropicale. Dans moins d’un mois, ils y seront, bien loin des villes et des villages de France.
Et au printemps, toujours animés par leur mouvement métronomique, ils reviendront à la même date. Dès avril sur le littoral méditerranéen, ils remonteront peu à peu vers le nord atteignant Paris, par exemple, toujours aux mêmes dates : les avant-coureurs vers le 20-25 avril, le gros de la troupe au 30 avril ou au 1er mai.
 
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Rassemblement pré-migratoire (photo Marc Duquet).
 
En attendant ils partent ; ils sont partis. Et le ciel d’été silencieux nous indique qu’un tournant irréversible s’est produit dans le fil des saisons (celles de la nature, pas celles réinventées par l’homme). Le printemps est définitivement terminé et c’est l’automne et son cortège de migrations qui déjà se profile en cette fin juillet ; l’automne qui déjà est là, en réalité.
 
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Publié dans Biodiversité sauvage

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Vidéos de poules : pas si bêtes !

Publié le par lesbiodiversitaires

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D'abord, un grand merci à tous les lecteurs de Tout pour ma poule. Le livre, en rupture de stock, a dû être réimprimé en urgence après seulement deux mois de parution.
 
Ensuite, comme vous le savez si vous suivez ce blog, nous en avons assez d’entendre que les poules sont « bêtes » alors que ce sont des oiseaux très sensibles et plutôt vifs si on prend le temps de les observer un peu.
Aussi, mieux que des grands discours qui ne suscitent souvent que des sourires polis – sous-entendu « ils sont vraiment givrés avec leurs poules… », nous avons envie de vous faire partager quelques vidéos vraiment intéressantes sur le comportement des poules. Des expériences amusantes ont eu lieu, entre autres à partir de l’apprentissage au clicker training. Ça vaut le coup d’être vu !
 
Pour ceux qui ne voudraient pas regarder les autres vidéos, regardez au moins celle-ci (très courte et amusante) :
La poule a appris que la récompense est dans le pot vert : 
 
A voir aussi :
Quelques résultats d’expériences avec explications :
 
Une petite récompense, ça motive (vidéos courtes) !
 
Un peu plus long mais intéressant :
 
En anglais
Sur cette vidéo, un scientifique parle du système de communication complexe des poules. On peut y voir de belles images de coq bankiva (ancêtre de la poule domestique).
 
Bonus !
Les briquets de couleur
 
Encore des parcours (« chicken agility »)
 
Education de poule… qu’attendez-vous pour vous y mettre ?
 
Même les poussins y arrivent ! 
 
Avec une cloche…
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Salers : la plus belle vache de France !

Publié le par lesbiodiversitaires

Elle a une classe incroyable, la Salers, avec sa haute stature, ses cornes en lyre ou en spirale, et sa robe acajou, au poil légèrement frisé.  Cette race des hauts plateaux auvergnats a, comme d’autres, connu des moments difficiles. Qui semblent aujourd’hui derrière elle…
 
La Salers est indissolublement liée aux monts d’Auvergne dont elle est originaire. D’aussi loin que l’on s’en souvienne, ce bétail a toujours habité cette région centrale de la France. Peut-être même que son aire originelle de répartition s’étendait-il au-delà.
  
Aux origines de la Salers
Quoiqu’il en soit, il court encore des légendes à son sujet. Comme le fait que les bovins de la grotte de Lascaux – probablement un aurochs local - seraient ses ancêtres, à cause des grandes cornes qu’ils possèdent également. Le zootechnicien Dechambre dit d’elle, au début du XXe siècle, qu’elle est la race des Celtes. Les récentes études moléculaires donnent une hypothèse toute autre : la Salers appartient au groupe des races alpines, tout comme ses voisines la Parthenaise, la Limousine, l’Aubrac ou encore la Villard-de-Lans ou la Tarentaise.
 
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Aire de répartition originelle de la race Salers et ses premières expansions à la fin du XIXe siècle.
 
Des animaux au pelage proche de la Salers sont déjà décrits au XVe siècle dans le sud-ouest du massif cantalien. De même, en 1792, Brieude distingue bien ce type d’animaux, mais c’est le zootechnicien Grognier qui, en 1822 donne la première description de la race de Salers. Cette dernière semble encore grossière, avec un corps épais et ramassé, une tête courte, un front large, un fanon pendant, mais déjà un pelage « rouge vif » et des cornes grosses, ouvertes et légèrement contournées en pointe. Puis c’est au cours du XIXe siècle que les premières améliorations concernant cette race sont entreprises, en particulier par Teyssandier d’Escous, un éleveur. Dès 1845, il entreprend un travail de sélection, élimine les sujets non conformes aux critères établis, instaure des campagnes d’hygiène et convainc les autres éleveurs de s’engager dans cette voie. En 1852, la race « auvergnate » devient officiellement race de Salers. Le herd-book (livre généalogique) est ouvert en 1908. La route du succès lui est alors assurée.
 
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Bœuf primé au concours général de Poissy en 1847. Nous sommes aux débuts de la connaissance de la race Salers au-delà de ses monts d’Auvergne. Sa notoriété va rapidement prendre de l’ampleur.
 
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Vache Salers et son veau vers 1855. Cette photo, prise par Adrien Tournachon, dit Nadar Jeune, sans doute la première de la race, a servi à de nombreux modèles d’illustrations, notamment dans le fameux atlas de Baudement de 1860. On voit déjà, la conformation de la Salers à cette époque, qui n’a finalement pas changé beaucoup, si ce n’est des formes plus amples.
                                        
 
Bête de labour
Dès cette époque donc, la Salers ressemble déjà fortement à ce qu’elle est aujourd’hui. C’est pourtant une race mixte, à la fois laitière et réputée pour le travail. Laitière, elle l’est moyennement, même s’il existe d’excellentes souches. Son nom est attaché au fromage éponyme et elle a été également beaucoup utilisée dans la région de fabrication du saint-nectaire. Pour le travail, sa réputation n’est pas usurpée. Vaches comme bœufs sont capables de travailler dans des conditions difficiles. Si bien que dès le XIXe siècle, on exporte la Salers un peu partout en France et que l’on voit souvent cette race, sur des documents photographiques anciens, souvent en compagnie de bœufs Charolais (Ile-de-France, Nord, Est, Centre-Ouest, sud du Massif central, etc.). De même sa viande connait rapidement un succès, même si elle n’a pas la notoriété des grandes races à vocation bouchère que sont la Charolaise, la Limousine ou ce qui va devenir la Blonde d’Aquitaine. Sa capacité d’engraissement est très bonne.
 
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Vaches attelées vers 1875-1880 dans le Puy-de-Dôme. La conformation de ces animaux, visiblement mal entretenus, est plutôt chétive, la taille reste modeste.
 
 
Des essais d’amélioration avec d’autres races – notamment anglaises - sont tentés dans la seconde moitié du XIXe siècle. Highland, Devon et l’incontournable Durham, sont utilisées. En vain…
 
Les années difficiles
Jusqu’à la Seconde guerre mondiale, la Salers connait une période faste. Ces qualités de travail ont fait sa réputation. Des améliorations ont été apportées, comme nous l’avons dit, en terme de production de viande. Quant à ses capacités laitières, on essaie de les améliorer également. L’image des burons de montagne de la Haute-Auvergne où l’on trait les vaches est une réalité constante avant de devenir une image du folklore touristique locale. La vache de salers est d’ailleurs extrêmement maternelle. Elle ne donne son lait que si le veau est à côté d’elle et qu’il a commencé à téter. Ce qui n’est pas toujours très simple pour l’éleveur.
 
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Beau troupe de vaches, descendant de l’estive, vers 1908. Remarquer la taille du cornage !   
 
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Au début du XXe siècle, les foires donnent lieu à des transactions importantes, comme ici à Aurillac, et bon nombre de bœufs partent vers le nord de la France où ils seront utilisés pour les labours et la traction.
 
Les choses se compliquent pourtant après la guerre. En effet, deux facteurs concourent à rendre la vie difficile à la Salers :
▪ d’une part, la fin de la traction animale porte un coup rude à toutes ces races de travail. L’exportation hors de l’Auvergne s’arrête et la race se recentre sur sa région d’origine.
▪ d’autre part, sur ses propres terres, la concurrence avec d’autres races plus laitières que la Salers (notamment la Montbéliarde et la Frisonne) entraîne une régression de ses effectifs.
 
Un tournant à négocier
Ceux-ci ont été relativement constants au cours du XXe siècle avec environ 500 000 têtes. Dans les années 1970, le nombre de vaches est d’un peu plus de 157 000 têtes. A partir des années 1980, les effectifs remontent et l’on considère aujourd’hui le nombre de vaches à environ 205 000 têtes, les 2/3 étant dans le berceau d’origine (Cantal, Puy-de-Dôme et Corrèze). Dès lors, deux rameaux vont voir le jour : le rameau viande et le rameau lait.
Le rameau viande est sans nul doute celui qui aura permis de sauver la race. Les vaches deviennent allaitantes pour la production de veaux et de broutards, soit en race pure, soit en croisements industriels avec des races comme la Charolaise, principalement. Le format de la race se modifie et les animaux deviennent plus lourds avec un corps assez parallélépipédique. Les vaches devenues de véritables « moules à veaux ». C’est un peu dommage pour la race, c’est primordial pour sa survie (voir l’article sur l’Aubrac qui a connu un peu le même sort).
 
Photo 6b
Vache croisée Salers x Charolaise.
 
L’autre rameau est le rameau laitier. Celui-ci a connu des heures vraiment difficiles. Au début des années 1980, 50 % des vaches de Salers étaient traites. Aujourd’hui, seuls 5 % des vaches appartiennent à ce rameau laitier. Celui-ci contribue à l’élaboration de fromages sous appellations AOC comme le cantal, le salers et le saint-nectaire. Autant dire que ce rameau reste fragile, vu les effectifs relativement faibles.
 
Salers---Auvergne---coll.-PJD-2
Image d'un autre temps... La traite manuelle des Salers (années 1960). Aujourd'hui les vaches traites sont très minoritaires.
 
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Paire de bœufs Salers. Aujourd’hui ces animaux ne sont plus utilisés que lors de manifestations folkloriques ou de démonstrations de labourage (photo Peïre Thouy).
                                                                                                                        
Quel avenir pour la Salers ?
La production de viande a permis à la salers de se maintenir. Le croisement industriel, même s’il répond à des impératifs économiques, n’est pas forcément bon pour l’avenir de la race. Depuis 2004 cependant, un label rouge pour la viande de Salers a vu le jour. Dans le cahier des charges, il est précisé que cette viande doit être 100 % Salers. Ce qui permet de maintenir la Salers en race pure et de proposer une viande de qualité en respectant théoriquement les règle de l’élevage traditionnel.
Côté rameau laitier, un AOC existe également – « Tradition Salers » - qui garantit des fourmes de Salers fabriquées uniquement à partir du lait de cette race. Pour l’avoir goûté, on sent la différence ! Il est nécessaire de maintenir de rameau laitier et de mettre en avant les produits « 100% Salers ». Le consommateur est, de toute façon, de plus en plus demandeur de produits de qualité pour son alimentation.
 
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Beau taureau Salers actuel (photo Matthieu Vaslin).
 
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Vache de type actuel, bien conformée, Celles, Cantal, août 2011.
 
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Autre vache, celle-ci est déjà un peu plus lourde, a finalité nettement allaitante. Remarquer le toupillon de la queue blanc, typique de la race. Condat, Cantal, août 2011.
 
 
L’avenir de la Salers passe aussi par le maintien de l’intégrité de la race et que celle-ci qui puisse conserver ses cornes majestueuses. On ne peut qu’être désolé en voyant des animaux – qui s’exportent à présent dans 30 pays – dépourvus de cornes dans les grandes exploitations d’Amérique du Nord mais aussi (de plus en plus fréquemment ?) dans les campagnes françaises.
 
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Troupeau de Salers sur les hauts plateaux du Cantal, vers Allanche.
 
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Présence de la Salers « en plaine » est de plus en plus fréquente comme ici, le long de la vallée de l’Epte à la frontière entre l’Oise et le Val d’Oise.
 
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Les animaux du Salon de l’agriculture de Paris sont devenus de vrais « poids lourds » comme ces vaches qui pèsent ici entre 760 et plus de 800kg.
 
Encadré : la Salers noire
Le pelage de la Salers est acajou, mais régulièrement naissent des animaux à la robe noire. La légende veut que ces animaux soit plus laitiers que ceux à robe rouge, mais ceci n’est pas vrai. Certains éleveurs la considéraient comme porte-bonheur quand il en naissait une dans le troupeau. La corne noire des sabots est particulièrement solide, si bien qu’on ne ferrait pas les bœufs de Salers noirs. Au XIXe et au début du XXe siècle, on délaissait cette variété noire, car on voulait que la couleur acajou soit LA couleur de robe de la race. Sans la ténacité de quelques éleveurs qui ont conservé coûte que coûte cette variété, celle-ci aurait pu disparaître.
Un troupeau homogène d’une cinquantaine de bêtes existe à présent. Il est chez Marcel Matière, dans le Cantal, qui a patiemment sélectionné ses animaux. La demande est importante, notamment chez les éleveurs nord-américains et anglais, habitués à avoir du bétail de couleur noire. Voici peut-être un avenir pour cette variété de Salers ?
 
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Deux vaches Salers noires appartenant au superbe troupeau Matière.
                               
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Jeune Salers noire, Paulhac, Cantal, août 2004.
 
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La Salers noire est très prisée en Amérique du nord, mais elle a perdu ses cornes, ce qui gâche tout !
 
 
 
 
Encadré : Vergeade et Bessarde
En race Salers, certains animaux peuvent encore présenter des zones blanches sur la ligne du dos, le ventre et les membres. On les appelle « vergeades » et ils ont donc une robe de type « pinzgauer » (comme la race autrichienne Pinzgau). Il y avait autrefois une population dite « Bessarde »  que l’on trouvait dans l’Artense et le Cézallier. Ces animaux possédaient un robe panachée, des membres plus courtes et le poil n’était pas frisé comme la Salers. Il s’agissait d’une variété de la Salers qui faisait, en quelque sorte, la transition entre cette race et la Ferrandaise. Il est possible que les Salers « vergeades » actuelles puissent, en partie, descendre de cette population Bessarde.
 
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Vache Salers de type « vergeade », début du XXe siècle.
 
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Vache Salers de type « vergeade », monts du Cantal, 1991.
 
 
photo 19 
Le poil de la Salers est légèrement frisé, caractéristique de cette race pleine de charmes ! 
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Frans de Waal appliqué aux poules, ou l’empathie selon Grosse Cott

Publié le par lesbiodiversitaires

L'âge de l'empathie De WaalTous ceux qui s’intéressent au comportement animal – mais aussi au comportement humain – devraient avoir lu un ouvrage de Frans de Waal. Ce psychologue et primatologue, directeur du Living Links Center au Yerkes National Primate Research Center à Atlanta, a non seulement des idées et des anecdotes passionnantes, mais aussi une écriture accessible qui rend la lecture de ses ouvrages très agréable.

Dans son fameux livre Le singe en nous, il montrait des parallèles réjouissant entre les comportements des singes et les nôtres. Après cette lecture, pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines, impossible de croiser ses proches ou ses collègues sans que leur côté « simiesque » ne saute aux yeux !

Dans son dernier ouvrage, L’âge de l’empathie, leçons de nature pour une société solidaire (Les liens qui libèrent, 2009), ce chercheur explique comment l’empathie n’est pas une caractéristique seulement humaine, puisqu’on peut l’observer aussi chez les animaux. Chez les singes, les dauphins, les éléphants ou les chiens, cela saute aux yeux. Le chercheur pense que l’empathie existe aussi chez les baleines, mais vu la taille de la bestiole, pas évident à expérimenter… Selon lui, l’homme comme les animaux sont capables de la pire agressivité, mais également de moments de bonté gratuite, qui dépassent parfois le cadre de leur propre espèce.

Tous ceux qui ont un chien savent que s’ils ont du chagrin, l’animal ne sera pas insensible à leurs pleurs, venant poser son museau sur leurs genoux, donnant des coups de nez et de langue. De Waal n’en parle pas, mais les cavaliers savent aussi à quel point les chevaux décryptent facilement leur humeur. Tous ceux qui vivent près des animaux ont des anecdotes de ce genre à raconter, mais en matière d’empathie, on a souvent peur de faire de l’anthropomorphisme, de trop interpréter, de confondre nos émotions et celles de l’animal. Pourtant, désormais, des expériences scientifiques démontrent de façon claire que certains animaux en sont capables.

 

Et les poules alors ?

De Waal ne les évoque pas. Il parle un peu des oiseaux, surtout des corvidés et des perroquets - oiseaux super-intelligents - mais la majorité de ses exemples tournent autour des mammifères très intelligents et très sociaux, les plus à même d’éprouver de l’empathie, ceux aussi chez qui elle est le plus facile à expérimenter.

Son livre date de 2009 et c’est seulement en mars 2011 qu’une étude émanant de l’Université de Bristol assure que les cocottes elles-mêmes seraient capables d’empathie : leur cœur s’accélère à la vue d’un congénère souffrant ou de leurs poussins en situation délicate…

Bien sûr, l’empathie des poules ne serait pas si évoluée que celle des dauphins ou des grands singes… Mais elle existerait, à son niveau.

 

têtes poules landaisesQuelques anecdotes de poulailler

Un comportement toujours surprenant, c’est de voir, quand l’une des poules couve, une seconde poule qui vient se placer à côté d’elle et peut rester là pendant des heures, sagement, sans couver. On dirait une « assistante en couvaison ».

 

Notre plus vieille poule, Grosse Cott, ne pond plus, elle a du coup moins faim que les autres. Quand elle est rassasiée, elle appelle alors les autres poules quand elle trouve quelque chose de bon à manger et émiette le butin avec son bec comme une mère nourrissant ses poussins ou comme un coq appelant ses poules.

 

Plus étonnant, alors qu’elle jouait ce printemps « l’assistante couvaison » avec une poule en train de couver, et que nous arrivions près du nid, occasionnant un dérangement pour sa consœur, Grosse Cott fit mine plusieurs fois de nous émietter de la nourriture et de nous en offrir, poussant ses petits gloussements caractéristiques du don de la nourriture chez la poule.

 

Autre anecdote, quand on sort du poulailler une poule qui couve, pour qu’elle aille boire et s’alimenter, et que cette dernière, à moitié ankylosée par la couvaison, ne bouge pas sur le sol, un peu hagarde, il n’est pas rare qu’une autre poule vienne lui donner quelques coups de becs "doux" (comme la mère poule fait parfois à ses poussins), comme pour la stimuler un peu. Une fois que la couveuse se lève et s’ébroue, l’autre poule se désintéresse d’elle et reprend ses activités.

 

Enfin, la capacité d’adoption réciproque de Grosse Cott et de deux jeunes orpingtons déjà emplumées et ayant été élevées en couveuse artificielle, au printemps dernier, n’est pas non plus sans faire réfléchir. Que Grosse Cott, ayant perdu son poussin, soit prête à adopter le premier poulet qui passe, c’est un peu étonnant, mais on peut mettre cela sur le compte des hormones… Mais que les deux petites poulettes déjà bien indépendantes et n’ayant jamais eu de mère (et n’en ayant plus besoin) soient également prêtes à tisser ce lien, allant dormir dans les ailes de leur mère adoptive, c’est déjà plus surprenant.

 

Nous n’avons pas d’explications à tous ces comportements. On comprend fort bien qu’il est plus excitant pour les chercheurs d’étudier les grands singes ou les dauphins, pour lesquels tant de choses restent encore à découvrir. Mais nous sommes persuadés que plus on étudiera le comportement des oiseaux (et donc des poules), plus on découvrira, comme l’Université de Bristol l’année dernière, qu’ils sont bien plus riches et complexes qu’on ne le pense.

 

Encore une bonne raison pour ne pas manger de poulet industriel !

 

 

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Publié dans Biodiversité sauvage

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Le cheval Konik polski : une race rare et atypique

Publié le par lesbiodiversitaires

A la lecture du blog, un camarade naturaliste nous interpelle sur la question du « tarpan ». Que pensons-nous de l’apparition de ce petit cheval dans les Réserves naturelles ? Réponse.
 
D’abord, le terme « tarpan » est un peu gênant, le dernier représentant de cette espèce (ou sous-espèce selon les classifications), étant mort en 1887 au zoo de Munich.
Mieux vaut donc appeler la race par son véritable nom : Konik polski.
 
konik - Elise Rousseau
 
Ce qu’on appelle « tarpan », ce sont en fait une sélection de Koniks parmi les plus primitifs de la race. Une sorte de reconstitution, qui a commencé en 1923 en Pologne. Une autre reconstitution du tarpan a eu lieu en Allemagne avec le cheval de Liebenthaler (croisements de Fjords, Koniks, Przewalski…).
Même s’il est proche, physiquement et génétiquement, du tarpan, le Konik n’en est pas un. Il reste un animal absolument domestique, familier avec l’homme. Ce qui n’était pas le cas de ses ancêtres sauvages.
 
Konik - Mondragon - Georges Olioso
  Konik en liberté, réserve de Mondragon (Vaucluse).
Photo : Georges Olioso
 
Un cheval hors du commun
Les Koniks polskis sont de magnifiques petits chevaux, même s’ils ne correspondent pas aux modes équestres. Et c’est une chance de pouvoir en observer désormais en France.
Les Koniks possèdent en effet (comme le Sorraïa au Portugal, comme certains Highlands, comme les Fjords, les Dülmens...) des caractères primitifs : robe gris-souris, bande cruciale (comme certains ânes), légères zébrures aux pattes… Ses oreilles sont ourlées de noir, et ses yeux comme délicatement maquillés au khôl. Son museau est sombre, mais le contour des naseaux, qui est clair, se dessine nettement.
 
Tarpan konik polski
  Jeune Konik mâle de quatre ans (provenance : Réserve naturelle de Chérine, Indre).
 
On croirait la têtkonik polski éthologiee de ce cheval, toute en nuances et en touches de couleur précises, peinte par un artiste. Ses jambes sont sombres, les crins de sa crinière et de sa queue sont noirs méchés de blanc. Ses formes sont très rondes, avec une croupe bien rebondie et une encolure puissante, tenue assez haute, ce qui lui donne une certaine prestance et le grandit. Les sabots, sains et solides, n’ont pas besoin d’être ferrés. C’est un très joli cheval, comme on les aime, un vrai cheval capable de se débrouiller seul dans la nature, ultra-résistant, intelligent, équilibré, pas un de ces grands « greniers à foin ». Mais un cheval qui ne correspond guère aux goûts et critères de la majorité des cavaliers !
Au garrot, les Koniks font en moyenne 1,35 m et pèsent 400 kg. Ils ne sont donc pas très grands, mais solides, porteurs, ils peuvent aisément être montés par des adultes : ce sont de bons chevaux familiaux. Un Konik sera parfait en randonnée, TREC ou attelage, et se pliera à de nombreuses disciplines à un niveau amateur. C’est aussi un cheval à la longévité élevée.
Aujourd’hui la race, qui reste confidentielle, est estimée à plus de 2 000 individus dans le monde.
 
Les Koniks dans les Réserves
De même que les vaches Highlands, les Koniks polskis sont désormais prisés dans les réserves naturelles (où ils entretiennent les pâtures) pour leur look sauvage, primitif, et leur gentillesse qui les rend facile à manipuler.
Pourtant, le Konik n’est qu’une race domestique de chevaux menacée parmi les autres. En aucun cas une espèce sauvage, même si son aspect pourrait presque le faire croire. Si le but était d’introduire des chevaux sauvages, c’est du cheval de Przewalski qu’il faudrait mettre dans les réserves. Car le Przewalski est le dernier des chevaux vraiment sauvages, n’ayant jamais été domestiqué et modifié par l’homme.
Quel est donc le but d’introduire du Konik ? Est-ce un but de sauvegarde de la biodiversité domestique ? Si oui, on se confronte à un paradoxe. Car c’est d’abord à la Pologne (et elle le fait), de sauvegarder cette race, qui appartient à son patrimoine, tout comme il est de la responsabilité de la France de sauvegarder les chevaux d’Auvergne, de Camargue, de Castillon ou le Poney landais…
C’est à chaque région de sauver ses races patrimoniales, car si elles ne le font pas, qui le fera ?
Si, dans les réserves françaises, l’on voulait réellement être dans une logique de sauvegarde de la biodiversité domestique locale, c’est plutôt du Camargue ou du Poney landais originel qu’il faudrait faire pâturer dans les marais.
 
Jeune Konik Réserve Chérine - Tony Williams
Poulain Konik de deux ans, Réserve naturelle de Chérine.
Photo : Tony Williams
 
Le Konik a un look primitif, mais le Poney landais, très méconnu, est, lui aussi, adapté de longue date aux zones marécageuses, et pourrait pâturer dans de nombreuses réserves. Car son type originel est aujourd’hui bien plus en danger que ne l’est le Konik polski.
Pour ce dernier, la race restant à petits effectifs, les réserves constituent des réservoirs génétiques précieux pour la sauvegarde, à long terme, de ses caractéristiques si particulières. 
Cependant, nous pensons que si les réserves choisissent le Konik, c’est aussi pour des raisons d’image. Un Konik ça fait sauvage, ça donne du cachet à une réserve (tout comme le bétail Highland, d’ailleurs). En introduisant une race restée proche de ce que pouvait être le tarpan, on crée l'illusion d'une nature sauvage, telle qu’elle pouvait être autrefois, quand les véritables tarpans paissaient encore dans les plaines d’Europe. Physiquement, le Konik porte moins que les autres chevaux la trace des sélections humaines.
 
A titre personnel, on adore voir des Koniks. Il est bien plus intelligent de mettre cette race sur les terrains difficiles de certaines réserves que des Haflingers maigrichons, comme on le voit à la réserve des dunes fossiles de Ghyvelde, Nord, alors que la race, d’origine autrichienne et de création récente (1874), est populaire chez les cavaliers, se porte extrêmement bien et n’apporte aucun intérêt de conservation à la réserve. De même, les Highlands du Platier d’Oye, Pas-de-Calais, sont très sympas, mais cette race de chevaux d’origine écossaise ne se porte pas si mal que cela (même si elle reste bien moins commune que le Haflinger). Là encore, mieux vaudrait laisser pâturer des Koniks, des Camargues ou des Landais… Axées qu’elles sont sur la préservation de la nature sauvage, les réserves oublient parfois que le domestique est lui aussi en danger.
 
 
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Les Koniks de la Réserve de Chérine
Notre amitié pour le Konik fait que nous donnons régulièrement un petit coup de main bénévole à la Réserve de Chérine, dans l’Indre, pour vendre ses jolis poulains Koniks quand ils arrivent à l’âge de quitter le troupeau. Une des raisons pour lesquelles les gestionnaires de la Réserve de Chérine ont choisi cette race, c’est qu’ils trouvent que les Koniks sont des chevaux doux et particulièrement faciles à manipuler, même pour des personnes qui ne sont pas des experts de ces animaux. Pour la gestion de leur réserve, cette gentillesse de la race leur simplifie la vie. Et c’est vrai que le Konik est sûrement l’une des races les plus sympathiques qui soient ! La preuve est ce Konik de 4 ans, nommé « Tarpan » en référence à ses origines, et adopté il y a deux ans par Julie, une cavalière naturaliste et passionnée d’éthologie. En quittant son troupeau, c’était un jeune cheval sauvage qui arrivait dans la vie de Julie. Il connaissait à peine l’homme et il a fallu complètement l’apprivoiser. L’équitation dite éthologique et la méthode de La Cense lui ont été d’une grande aide. Elle a tissé ainsi un lien profond avec ce jeune sauvageon. Puis elle l’a débourré en douceur, toujours avec cette méthode. Aujourd’hui, Tarpan est un charmant cheval, très posé, généreux et affectueux, et s’il n’était le dominant de son troupeau, maîtrisant tous les codes de la vie en liberté, on ne soupçonnerait pas chez lui ce passé libre et loin des hommes.
 
Tarpan et Julie Tarpan et Julie reculer
Pour un cavalier motivé et patient, adopter un jeune Konik sauvage est une formidable aventure équestre.
 Ici, Julie et Tarpan, 4 ans, né dans le troupeau de la Réserve de Chérine (Indre).
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Pour en savoir plus sur le Konik
Association ARTHEN (Association pour le retour du tarpan et des grands herbivores dans les espaces naturels) - Burgerbivore - Projet Tarpan
Maison des sociétés, Rue Colbert
01500 Ambérieu en Bugey
bugerbivore(at)voila.fr
L'association diffuse un bulletin d'information très intéressant, L'Echo des Tarpans.
 
Rendez-vous également sur le site de l'Association française du Konik polski.
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Busards, busardons, busardez : une action bénévole pour protéger les rapaces

Publié le par lesbiodiversitaires

Un de mes meilleurs souvenirs professionnels, c’est quand je m’occupais du Réseau busards à la Mission rapaces de la LPO. Plein de gens super sympas – les « busardeux », et des oiseaux magnifiques à protéger – les busards…
 
Mais il fallait une sacrée dose d’optimisme pour ne pas se décourager, car chaque année, tout le travail bénévole est à recommencer… Et des bénévoles, c’est justement cela dont le Réseau busards a besoin en ce début de printemps et jusqu’à l’été prochain.
 
 Busard St Martin 39.JPG,
Busard Saint-Martin, Christian Aussaguel
  
En effet, chaque année, les busards Saint-Martin, les busards des roseaux et les busards cendrés ont la mauvaise idée d’installer leurs nids dans ce qui ressemble le plus à leurs milieux de prédilection : les champs cultivés. Et chaque année, des milliers de poussins de busards risquent de finir écrasés par les moissonneuses-batteuses, avant d’avoir pu prendre leur envol. Plus de 350 bénévoles se mobilisent tous les ans, depuis plus de trente ans, en France, pour sauver ces oiseaux d’une mort certaine, et pour empêcher la disparition de cette espèce menacée.
Durant la période 1985-2005, plus de 27 000 couples de busards ont été dénombrés, près de 20 000 nids ont été trouvés et près de 40 000 jeunes busards ont été observés à l’envol. Plus de 6 000 interventions ont été réalisées sur les nids menacés et ont permis l’envol de plus de 10 000 jeunes qui sans cela auraient disparu sous les moissonneuses.
 
   Busard cendré 12.JPG,
Busard cendré, Christian Aussaguel
 
Les bénévoles sont donc les bienvenus pour aider à cette action, du mois d’avril au mois d’août prochains. Les busardeux vous formeront. Il suffit juste d’être très sérieux, patient et motivé, car c’est un travail difficile et qui ne dure qu’une seule saison. Il faut aussi avoir du temps  (au moins 15 jours car une formation est nécessaire) et être autonome. Mais c’est l’occasion d’un contact intime avec la nature et de belles aventures humaines.
 
Il faut avoir vu une fois un busardeux vous expliquer la technique pour marcher dans les blés sans en plier une seule tige (et sans se casser la figure), ou sa façon d’amadouer un agriculteur soupçonneux… Cela vaut vraiment le détour.
Et observer les premiers envols des jeunes rapaces que l’on a contribué à sauver est la plus belle des récompenses à tout le travail accompli.
 
Alors pour ceux que cela tente, inscrivez-vous dès maintenant ! Les busards ont besoin de vous !
    
LPO Mission Rapaces - 62 rue Bargue - 75015 Paris
Tél : 01 53 58 58 38 Fax : 01 53 58 58 39
 
Pour en savoir plus : http://busards.lpo.fr et www.busards.com
 
busardeux sur le terrain ER
 

Publié dans Biodiversité sauvage

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Feue la vache Bressane

Publié le par lesbiodiversitaires

Il n’y a donc pas que le poulet de Bresse dans cette région entre Lyon et le Jura, mais également une race de vache, moins connue, mais qui fut pendant longtemps LA vache des paysans bressans. Histoire d’une disparition…
 
La Bressane appartient au grand rameau des vaches blondes de l’Est de la France, que l’on rencontrait du sud des Vosges, jusqu’à la Haute-Loire, en passant par la Franche-Comté, la Bresse et une partie du Dauphiné. Elle y voisinait la Fémeline, la Villard-de-Lans ou encore la Mézenc ou l’Albanaise. De nos jours, seule la Villard-de-Lans a survécu, avec des effectifs très réduits. Toutes les autres ont disparu : l’Albanaise au tournant du XIXe siècle, la Fémeline sans doute vers les années 1920-1930, la Bressane juste au sortir de la Seconde guerre mondiale et la Mézenc (ou Mézine) a vu ses derniers animaux disparaître probablement au milieu des années 1970.
 
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Vache de 3 ans, primée au concours régional de Bourg-en-Bresse en 1859
 
Une répartition assez large
Dans la seconde moitié du XIXe siècle et au début du XXe, la Bressane occupe une aire de répartition assez importante. On la trouve en Bresse, bien sûr, d’où elle tire son nom, mais aussi dans la région des Dombes, jusque dans le nord de la Saône-et-Loire, en Côte d'Or (région de Nolay, de Beaune, de Nuits et de Seure), dans le Jura jusqu’à Arbois, mais aussi, ponctuellement, en Alsace et en Lorraine. Vers le sud, elle atteint Lyon et au-delà, puisqu’elle est présente de chaque côté du Rhône jusqu’à Vienne. Le bétail du Haut-Bugey, un peu différent, lui est rattaché.
Son aire de répartition va se contracter au début du XXe siècle et on ne la trouve alors plus qu’en Bresse proprement dite, encore isolément en Dombes. Elle perdure vers Bourg, Trévoux, autour de Louhans et, sans doute en Bresse jurassienne jusqu’à Lons-le-Saulnier, mais il se produit déjà de nombreux croisements.
 
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Bœuf bressan primé, années 1850-1860
 
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Vache bressane typique (début du XXe siècle). A noter la taille moyenne, la tête forte,
les cornes rejetées un peu en arrière, le fanon marqué et les membres forts.
 
Une rustique
La Bressane n’est pas une grande race. Les vaches mesurent de 1,15 à 1,30 m au garrot, et les taureaux à peine plus. Elle est cependant de conformation régulière tout en manquant un peu d’ampleur. Elle a notamment une tête assez forte sur un cou plutôt fin, la poitrine est étroite, le chignon saillant, les flancs souvent creux et le ventre un peu volumineux. Le dos est assez souvent ensellé, les fesses sont saillantes et plutôt minces. Les membres sont courts et forts, le fanon développé. La queue, enfin, est attachée haut. Les animaux de Dombes sont réputés être plus petits, tandis que ceux du Haut-Bugey sont visiblement plus grands.
Elle est moins fine et moins grande que la Fémeline, sa proche cousine. On a un peu l’impression que les éleveurs n’ont pas cherché à l’améliorer au fil des décennies ; c’est ce qui, entre autres, causera sa disparition au XXe siècle. Pourtant en 1857, l’agronome Borie remarque que « si la reproduction de cette race était suivie avec soin, on en obtiendrait de magnifiques produits ».
 
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Paire de vaches attelées, Bourg-en-Bresse, début du XXe siècle.
 
La robe de la Bressane est froment claire ou blond pâle, lavée de blanchâtre sous le ventre et sur les membres (face interne surtout). La couleur « café au lait » se montre davantage vers la Saône et résulte peut-être de l’influence de la Fémeline. Certains animaux ont visiblement une robe plus foncée, froment vif, approchant en couleur celle de la Limousine. On remarque bien cette variation de robe sur les documents photographiques anciens.
La race présente des muqueuses roses, et toute autre teinte dénote un croisement probable. Les cornes sont blanches ou crèmes, fortes à la base, de longueur moyenne. Elles se détachent horizontalement de la tête, s'incurvent en avant et en dehors pour se relever verticalement tout en s’affinant. Assez souvent légèrement inclinées en arrière, notamment la pointe.
 
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Vaches sur un champ de foire – Dombes, vers 1907. On remarquera la variation du pelage
des animaux allant du froment très pâle à froment vif.
 
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Vaches sur le champ de foire de Bourg-en-Bresse – la vache de gauche, typique montre
une grosse tête allongée et membres assez courts.
 
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Rarissime photo d’un taureau Bressan, qui plus est attelé ! Début du XXe siècle.
 
 
La bonne Bressane
La Bressane est une bonne vache. Elle est considérée comme une race laitière mais également beurrière. A la fin du XIXe siècle, elle fournit le lait à la ville de Lyon. Les bœufs, mais aussi les vaches, sont attelés et sont bons au travail. De plus, ils s’engraissent facilement et, même si la viande est moins tendre que celle de la Fémeline, elle reste tout à fait acceptable. C’est donc bien une race mixte, bonne à tout faire, rustique. En Dombes, elle fréquente des milieux ingrats, des zones humides ou marécageuses. En Bresse, les bonnes laitières sont gardées à l'étable et sont nourries avec les restes de légumes, pommes de terre et maïs non consommés par les porcs. On l’appelle la « vache de cuisine » et elle est particulièrement choyée !
Il est à noter qu’en Bresse jurassienne, la race est croisée avec la Fémeline et qu’il est alors bien difficile de dire à quelle race appartient tel ou tel animal.
 
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Vaches Bressanes traitent dans la cour, vers 1910.
 
L’histoire d’une disparition
Les effectifs de la race bovine Bressane n’ont jamais été connus avec précisions. Des informations inédites que j’ai pu récupérer à l’occasion de mon travail pour le livre  A nos vaches, donnent un effectif de 237 000 têtes en 1913 et 205 000 en 1920. Bien que la source soit sérieuse (Archives du Professeur Dechambre), il faut prendre ces chiffres avec prudence. En effet, les auteurs du début du XXe siècle signalent à peu près tous le déclin important de cette race. Aussi, les chiffres précités englobent-ils peut-être les nombreux animaux croisés avec d’autres races.
Car, en effet, à cette époque, l’absorption de la Bressane est en marche… A l’ouest comme à l’est, des races sont en train de prendre leur essor. A l’ouest, donc c’est avec la Charolaise, bien meilleure au travail et pour la viande, que la Bressane est en contact. Au nord de Pont-de-Vaux et Saint-Trivier-de-Courtes, au sud-est de Mâcon, à l’est de Trévoux, près de Villefranche, les croisements avec cette race se multiplient. Mais c’est surtout avec le bétail « pie-rouge » que l’absorption va être la plus marquée. La Pie-rouge de l’Est, qui va donner la future Simmental joue un rôle portant, de même que la Montbéliarde, qui connait un engouement remarquable. En pays de Gex, c’est la fusion de plusieurs races, dont la Bressane, mais surtout le croisement entre Simmental et le bétail hétéroclite de la région de Gex, qui va donner la race Gessienne, d’existence éphémère.
 
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Sur cette photo, prise à Givry-sur-Saône, Saône-et-Loire, dans les années 1910,
on distingue des vaches Bressanes, mais également du bétail pie-rouge
et sans doute des animaux croisés.
 
 
Dans les années 1910, on note une tentative - par la société d'élevage de Bourg et un syndicat d'élevage en Dombes (Basseins) - d'essayer de maintenir la race avec prime aux taureaux bressans (déjà rares à trouver) présentant les caractères du type ancien.
Dans les années 1920, les auteurs rapportent que la race Bressane est à peu près « complètement détruite », ou qu’il en reste « des débris » en Dombes. Pourtant, elle est encore mentionnée en 1940, et il est en réalité probable qu’il y en ait eu un peu plus que ne le disaient les zootechniciens. D’une part, elle figure encore sur des documents photographiques des années 1930 mais surtout, elle est signalée par des éleveurs, encore vivants, et qui en ont vues dans leur jeunesse, juste au sortir de la Seconde guerre mondiale. Il est donc probable que la Bressane s’est éteinte vers 1949 (derniers témoignages), voire au tout début des années 1950.
 
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Vaches près de Versailleux (Dombes) dans les années 1910. On note trois vaches Bressanes
(les trois à droite) et peut-être un animal croisé avec du bétail pie-rouge (à gauche).
 
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Vaches attelées, à Fleurie, Rhône, vers 1909. Les animaux sont maigres et mal conformés.
A noter les membres courts, le fanon développé, le ventre volumineux.
 
 
Alors pouvait-on sauver la Bressane ? Etait-ce nécessaire ? Chacun se fera son idée. Mais c’était à n’en pas douter une race sobre et rustique qui, si elle avait été améliorée, aurait pu se maintenir un peu plus longtemps. Suffisamment peut-être pour pouvoir bénéficier comme d’autres, plus chanceuses, d’un programme de sauvegarde et de la conservation de semences et d’embryons. Sa voisine la Villard-de-Lans, qui a failli disparaître, est le dernier vestige de ce rameau blond qui peuplait autrefois une grande partie de l’est de la France. L’histoire en a décidé autrement et la Bressane a rejoint le cimetière des races bovines disparues.
 
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Sur cette photo prise dans les années 1900 à Noblens, Ain, on voit trois Bressannes
(un taureau probable dans le fond au centre et deux vaches à droite), parmi un troupeau de vaches de type Montbéliard déjà majoritaire.
 
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Bœuf Bressan dans une foire à Romenay, Saône-et-Loire, en 1937.
Sans doute l’une des dernières photos de cette race…
L’animal a les membres courts, le dos ensellé et la base de la queue en cimier.
 
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Vache croisée entre Bressane et un type « Pie-Rouge », vers 1937.
On remarque la conformation « bressane » de l’animal, mais la tête est en grande partie blanche
de même que le bas des membres et le bas du ventre.
 
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La vache du premier plan est croisée Bressane avec du bétail Pie-Rouge
comme en témoigne ses marques blanches ; l’animal de l’arrière-plan est peut-être pur Bressan…
(Saône-et-Loire, vers 1937). 
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Tout pour ma poule

Publié le par lesbiodiversitaires

Tout pour ma poule couverture
 
Tout pour ma poule, Delachaux et Niestlé, février 2012
Dessins, textes et photos : Elise Rousseau
 
Tout ce que vous vouliez savoir sur les poules sans jamais oser le demander
Il sort demain, pour la Chandeleur, dans toutes les bonnes librairies ! Tout pour ma poule est sûrement le livre que je me suis le plus amusée à écrire, à photographier, à illustrer. 
Car les poules sont des bestioles hilarantes, pas bêtes du tout, super affectueuses, et j’espère que ce livre contribuera à leur rendre justice.
Observer une poule, ce sont des fous rires assurés. Je ne connais aucun animal aussi drôle !
Entre autres, grâce à des éthologues anglais, vous verrez que la prétendue stupidité de la poule est pure légende, et qu’au contraire, des expériences révèlent qu’elles en ont bien plus sous la crête que ce qu’on imagine...                                                                                                                                   
 
Dossier de presse de la maison d’édition ici.  
 extrait Tout pour ma poule 1
Quatrième de couverture
Comment peut-on vivre sans poule ? Comment se passer d’œufs frais et du spectacle de la vie trépidante d’une poule ? Plus utile qu’un hamster, aussi affectueuse qu’un lapin, moins dépendante qu’un chien, plus drôle qu’un poisson rouge, la poule peut être un agréable animal de compagnie.
Si vous êtes convaincu d’avoir des poules, ou si vous voulez approfondir vos connaissances sur le sujet, ce livre répondra avec précision et humour à toutes les questions que l’éleveur amateur se pose.
Comment convaincre son conjoint d’avoir des poules ?
Quelle race choisir ?
Comment installer vos nouvelles pensionnaires ?
Comment les choyer, les nourrir, les apprivoiser, vivre au quotidien en leur compagnie ?
Quels sont les 400 coups que votre poule risque de vous faire voir ?
A-t-elle trop froid, trop chaud, pourquoi a-t-elle la crête de travers, la plume en biais, pourquoi refuse-t-elle farouchement de quitter son nid, que faire quand elle s’évade chez le voisin, quand on la laisse un week-end ou pour les vacances ?
Pourquoi une poule n’est-elle pas si bête qu’on le dit ?
Enfin, pourquoi avoir une poule est un acte écolo qui contribue à protéger la biodiversité ?
Dans Tout pour ma poule, retrouvez les joies et les déboires quotidiens de l’amateur de poules et de ses protégées.
 
Tout pour ma poule sur France info (2 min) :
 
 
extrait Tout pour ma poule 2

Couverture de la nouvelle édition du livre, en 2015, plus de 20 000 lecteurs plus tard... Merci à tous !

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