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biodiversite domestique

Rare et atypique, le cheval curly est l’un des seuls chevaux frisés au monde

Publié le par lesbiodiversitaires

Il n’existe que 5 races de chevaux, dans le monde, pourvues de frisettes, bouclettes, ondulations et autres anglaises. Deux d’entre elles se trouvent en Russie : le bashkir et le transbaïkal, auxquelles il faut ajouter quelques lignées du lokaï (Tadjikistan) et du manipur (Inde). Mais la plus célèbre des races frisée est originaire des USA : c’est le curly américain.
 
  Curly 4218
  Jeune curly, élevage Ecurie de Quily.
 
On entend parfois, à propos du curly, qu’il s’agit du seul cheval frisé, mais c’est une erreur… il y en a d’autres, celles précitées, mais elles vivent en effet très loin de chez nous. Il arrive, extrêmement rarement, qu’un cheval frisé naisse dans une autre race, mais c’est anecdotique.
 
  
Curly 4162
 Jument curly adulte noir, importée des USA. On voit que les frisures peuvent s'exprimer différemment d'un cheval à l'autre. Elevage Ecurie de Quily.
 
Le curly est aussi un cheval de "couleur", puisque ses robes sont variables et que le pie et le tacheté sont admis. Mesurant d’1,42 m à 1,63 m, il faut noter que c’est en hiver que les bouclettes apparaissent : en été, le pelage est lisse. Ce pelage d’hiver original le rend particulièrement résistant au froid.
 
Curly 4280
 Groupe de jeunes. Elevage Ecurie de Quily.
 
Le  curly est également « hypoallergénique », c’est-à-dire qu’à son contact les cavaliers normalement allergiques au poil de chevaux n’auront pas d’allergie, la structure du poil étant différente.
 
Curly 4157
  Superbe curly. Cette pouliche est destinée à devenir poulinière. Elevage Ecurie de Quily.
 
Actuellement, on le trouve surtout aux États-Unis, au Canada et en Europe de l’Ouest (France, Allemagne…).
Ses origines sont mystérieuses, mais il proviendrait d’un troupeau de mustangs frisés.  
C’est un cheval polyvalent, idéal pour le loisir mais aussi intéressant pour l’équitation western ou même le saut d’obstacles.
 
  Curly 4248 
La jeune jument baie est une curly "extrême", c'est-à-dire la plus frisée possible. Elle n'a naturellement pas de poil à la queue et quasi pas de crinière. On voit bien la différence avec la seconde jument, qui n'est pas "extrême" et possède une crinière ondulée. Les "extrêmes" sont réputés avoir un caractère particulièrement gentil. Elevage Ecurie de Quily.
   
Par chance, il existe quelques élevages de curly en France, dont celui des Ecuries de Quily (Questembert), dans le Morbihan, qui a bien voulu nous ouvrir sympathiquement ses portes.
L’occasion d’approcher des chevaux frisés d'un peu plus près.
Premier constat : ahhh que c’est doux ! Les frisettes, en règle générale, c’est doux, mais alors là, c’est vraiment divin à toucher !
 
  DSCN3092 
Zoom sur du poil de curly, fin, soyeux et ondulé.
   
Second constat : doux en dehors, doux en dedans, la réputation de gentillesse de la race n’est pas usurpée, ces animaux sont d’une douceur inouïe, gentils, amicaux. Même les étalons reproducteurs sont calmes et gentils. A côté, nos deux juments camargues, pourtant « bravasses » comme on dit là-bas, semblent presque fougueuses… le curly est une vraie bonne pâte, très tranquille, dégageant une incroyable sérénité.
Pour avoir visité des dizaines d’élevages de races différentes, c’est la première fois que, d’emblée, on se sent aussi à l’aise avec les chevaux. Se promener dans le troupeau de jeunes, aller gratouiller des étalons reproducteurs ou des jeunes entiers se fait dans une confiance, pour tout dire, jamais ressentie…
Certes, le mode d’élevage et la philosophie des Ecuries de Quily (parage naturel, travail à pied, vie en troupeau, etc.) jouent certainement beaucoup dans le rapport que ces chevaux ont à l’homme, mais cela ne fait pas tout. La race a vraiment un mental différent.  
 
  Curly 4279 
Jeune jument baie, Elevage Ecurie de Quily. Le curly dégage une impression de douceur et de sérénité.
   
Troisième constat : c’est beau. Le curly, c’est tellement original, déroutant, qu’on peut parfois avoir un petit a priori : quelle est cette drôle de bestiole ? Mais non, c’est vraiment beau. Les frisettes captent particulièrement la lumière, et le pelage semble très brillant. Les chevaux sont de type américain, mais certains  sont très fins, avec des oreilles ciselées et recourbées légèrement, et l’un d’entre eux, un jeune mâle isabelle, évoque presque un akhal-téké. Il faut dire que le curly a les yeux en amande, comme les chevaux orientaux. Même les vibrisses sont ondulées et les cils sont recourbés, comme maquillés. Les crins sont présents en dreadlocks ou anglaises, ou bien inexistants chez le curly « extrême ». Celui-ci semble alors avoir la crinière et la queue rasées, mais c’est naturel.
 
  Curly 4054           
Remarquez l'oeil délicatement en amande, les cils recourbées, les vibrisses ondulées. Le curly a des couleurs de robe originales qui permettent l'apparition d'yeux bleus ou vairons.
  
Alors c’est vrai qu’on connait le curly parce qu’il est « hypoallergénique » et bouclé, mais la race mérite vraiment d’être connue au-delà de cela, pour toutes ses qualités, et notamment sa gentillesse, qui, plus encore que tout le reste, est particulièrement séduisante.
Un peu de douceur dans ce monde de brutes... merci ami curly !
  
  Curly 4300 
 
 
   
Pour en savoir plus sur les races de chevaux frisés :
 
Couv Tous les chevaux du mondeToutes les races citées dans cet article sont détaillées et illustrées dans le guide des races de chevaux  Tous les chevaux du monde 
 
 + une interview sur le cheval transbaïkal  pour découvrir un autre cheval frisé quelque part au fin fond de la Sibérie.
En ce solstice de l'hiver russe, avançant dans la neige, ils doivent être magnifiques...
 
 
 
 
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Races de chevaux des Pyrénées

Publié le par lesbiodiversitaires

Un voyage "biodiversitaire" en juillet, dans les Pyrénées, a permis d’aller à la rencontre de races de chevaux souvent à petits effectifs et parfois totalement méconnues, françaises et espagnoles. Présentation dans l’ordre de notre voyage…
 
Le pottok
pottok - Elise Rousseau
Les pottoks observés pâturaient non loin d’un troupeau sauvage de vaches betizu (dernière population bovine française vivant à l’état sauvage). C’est la race emblématique du Pays Basque, très ancienne, et encore élevée en partie en semi-liberté. On le trouve en France mais aussi en Espagne. De petite taille (1,15 m à 1,47m), le pottok est généralement noir, bai, alezan ou pie. En danger par le passé, le pottok se porte mieux.
 
 
Le Jaca navarra
jaca navarra - Elise Rousseau
Ce magnifique étalon nous a été présenté par Txetxu, un éleveur qui s’inquiète pour l’avenir de la race, devenue rare. Autrefois nommé du joli nom de cheval de Pampelune, le jaca navarra n’est pas bien grand non plus (1,26 m-1,36 m). Il est bai. On le trouve en Navarre (Espagne), élevé en semi-liberté.
 
 
Le Burguete de Navarre
burguete de Navarre - Elise Rousseau
Le nom de ce cheval semble sorti d’un roman de cape et d’épée. Le Burguete de Navarre descend directement du Jaca navarra (croisé avec des chevaux de traits français) et quand on se promène dans les montagnes il n’est pas toujours aisé, de loin, de faire la distinction entre les deux. Il est pourtant plus grand (1,48 m en moyenne pour les juments, 1,55 m pour les étalons), et plus gros, avec des robes un peu plus variées (bai, alezan). Lui aussi est à petits effectifs et élevé en semi-liberté.
 
 
Le Pyrénées Catalanes
Pyrénées catalane - Elise Rousseau
C’est le gros cheval de trait que l’on trouve pâturant en semi-liberté dans certaines montagnes des Pyrénées catalanes, en Espagne. Ceux-là avaient décidé d’investir une station de ski… La race a été reconnue en 2012. 1,45 m à 1,60 m au garrot pour 650 à 750 kg en moyenne.
 
 
Le mérens
merens - Elise Rousseau
Moment magique avec un éleveur mythique de la race, Léopold Andreu, qui nous a emmenés dans les montagnes à la rencontre de ses troupeaux. Il a fallu pas mal marcher : les mérens, ça se mérite ! L’occasion d’écouter l’éleveur raconter ses histoires d’ours. A voir trotter et galoper mérens et castillons partout dans les pentes, grimper sur les rochers comme des chèvres, on comprend ce que signifie « avoir le pied sûr » !
Le « poney noir de l’Ariège » est toujours noir, c’est un cheval d’origine ancienne, d’1,45 m à 1,55 m. Il est élevé en semi-liberté.
 
 
Le castillon
Castillon - Elise Rousseau
 
Le rare castillon est un autre excellent cheval de montagne, encore trop peu connu. De robe bai foncé à noir pangaré, il toise 1,45 m en moyenne. Comme le mérens, on le rencontre surtout en Ariège. Il fait un excellent randonneur.
 
Castillon sel - Elise Rousseau
Léopold Andreu a profité de notre visite pour apporter du sel aux juments, qui ont beaucoup apprécié. Elles nous ont offert un spectacle étonnant, sautant sur le rocher pour lécher le sel.
 
 
Enfin, pas spécifiquement pyrénéens, un peu de rab’ sur les races espagnoles !
 
L’hispano-breton
hispano-breton - Elise Rousseau
Ignasi, éleveur de vaches pallaresa (dont il ne reste plus qu'une quarantaine de vaches), nous a montré ses hispano-bretons à Ainet de Besan, dans les Hautes Pyrénées espagnoles et val d'Aran. Mais on le croise davantage en Castille-et-León et en Aragon. Cette race de trait espagnol mesure de 1,45 m à 1,54 m pour 700 kg en moyenne. Son nom indique qu’il est issu du croisement entre des traits bretons et des juments espagnoles locales.
 
Le minorquin
minorquin - Elise Rousseau
Ce n’est pas en Espagne que nous avons vu ces chevaux de l’île de Minorque, mais bien en France, dans l’élevage de Jean-Bernard Abadie, aussi éleveur de vaches lourdaises et président du syndicat de la race. C’est un grand cheval, d’environ 1,60 m mais pouvant atteindre 1,80 m, toujours noir, léger, mince, typé ibérique. Malgré un type de beauté et d’usage qui devrait être apprécié des cavaliers, il est encore rare (mais en augmentation).
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Les aviculteurs sont des artistes

Publié le par lesbiodiversitaires

 
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Les détails de ce plumage ne sont pas ceux d'une poule d'ornement mais d'une simple poulette fermière de race marans. On connait cette dernière race pour sa rusticité et ses spectaculaires oeufs (très gros et couleur chocolat). On sait moins qu'il en existe de nombreuses variétés de plumage, affinées au fil des générations par des éleveurs qui ne manquent pas de poésie. Les tons pastels de celle-ci s'irisent au gré de la lumière.  
 
 
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    Poulette Marans de 7 mois, à dominante saumon argenté.
Elevage d'origine : Victor Couapel  
 
Pour en savoir plus sur la race Marans : Marans club
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Vache nantaise : la fête 2014

Publié le par lesbiodiversitaires

La fête de la vache nantaise et des races locales, qui se déroulait le week-end du 13 et 14 septembre au Dresny, commune de Plessé, Loire-Atlantique, est un concentré de bonheur. Des races anciennes, des éleveurs passionnés, et l'occasion de retrouver plein de gens passionnants, prônant une autre agriculture.
 
Nous y étions invités pour dédicacer A nos vaches et Tout pour ma poule, une occasion bien sympathique de rencontrer des lecteurs. Chevaux, vaches, chèvres, moutons, volailles, cochons... tout le monde était là, et seulement des races à petits effectifs.
Comme a dit l'un des éleveurs : "ça fait du bien ce genre de fête, on se sent moins seul au monde !"
Et ils étaient à l'honneur pendant trois jours, ces éleveurs militants qui tentent chacun à leur échelle de changer un peu le cours du monde agricole.
Petite galerie (non exhaustive) de photos de ces gens qu'on aime bien ! Tous n'ont pas pu être pris en photo...
 
 
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Et d'abord voici LA VACHE NANTAISE !
 
 
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    Vaches Nantaises à leur fête !
 
 
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Vache Froment du Léon (dont il reste aujourd'hui à peine plus de 300 femelles).
 
 
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Une chèvre des Fossés assiste stoïquement au lancement du prix de la Fondation du Patrimoine en faveur de la biodiversité domestique. 
 
 
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Jean-Paul Cillard, de l'écomusée de la Bâtinais à Rennes.  
 
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Les petits badges humoristiques vendus par l'association pour la protection de la chèvre des Fossés ont eu beaucoup de succès !  Tribu des vaches, tribu des volailles, tribu des chèvres, etc.  
       
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Arnaud Bourgeois, directeur-général des laboratoires CEVA (et futur éleveur de vaches Bazadaises) !     
 
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Frédéric Signoret, éleveur de maraîchines et naturaliste. "Si vous voulez protéger la nature, installez-vous comme éleveur", prône Fred depuis longtemps. De fait, son exploitation est un modèle de cohérence agricole, économique, écologique.
 
 
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Le professeur Bernard Denis, l'un des grands ethnozootechniciens français et président du prix de l'agro-biodiversité de la fondation du Patrimoine.  
 
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Jean-Christophe Dangla, éleveur de vaches de race Casta. 
 
 
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Matthieu Pires, éleveur de mouton Avranchin et de vache Armoricaine, vainqueur du Prix de l'Agro-biodiversité de la Fondation du Patrimoine, cuvée 2013.
 
 
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    Matthieu Pires en compagnie de François-Xavier Bieuville, directeur général de la Fondation du Patrimoine, avec une brebis avranchine.
 
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Théophane Rochette, éleveur des vaches Maraichines de la ferme de la Grole Bagnade, Charente, 2ème prix agro-biodiversité, cuvée 2012
 
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Bel attelage mixant à gauche un Ardennais, à droite un Auxois.
 
 
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    Vache Maraîchine. 
 
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  Ce Trait poitevin ne perd pas une miette de ce qu'il se passe.
 
 
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Régis Ribereau-Gayon, président du Conservatoire des Races d'Aquitaine. C'est lui et son équipe qui ont sauvé les races Bordelaise et Marine landaise.
 
 
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André Blanquafort, éleveur de vaches Mirandaises et président du syndicat de la race.
 
 
fete-vache-nantaise 1145fete-vache-nantaise 1120    
Le conservatoire des races d'Aquitaine en action, avec Lucile Callède. 
 
 
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Carole Perherin, éleveuse de Bretonnes pie-noir à Cleden-Cap-Sizun, Finistère, que l'on a pu voir récemment dans des Racines et des Ailes.
 
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Pierre Rabhi, philosophe et agriculteur, était le parrain de cette 7ème Fête de la vache Nantaise. A lire absolument, son manifeste culte pour une autre façon de vivre : Vers la sobriété heureuse
 
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Certains promènent leur chien... d'autres une vache !
 
 
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Trait du Nord. La délégation nordiste, invitée d'honneur de la fête, avait amené de magnifiques animaux.
 
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Trait du Nord en route pour une démonstration.
 
 
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Lucie Markey de l'Institut de l'élevage.
 
 
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Etable en plein air, bretonnes pie noire et armoricaines.
 
 
    fete-vache-nantaise 1307-copie-1
Emmanuel Ribaucourt, de la "Tribu des vaches", passionné de races locales, membre du jury du prix agro-biodiversité de la Fondation du Patrimoine, devant une Armoricaine
 
 
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Mais oui, on aime aussi les fruits, légumes, féculents et autres racines ! 
 
 
    fete-vache-nantaise 1334
Régis Fresneau, animateur du Conservatoire des races animales en Pays de la Loire.
 
 
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Pierre Yésou... De l'Inventaire des Oiseaux de France à Slowfood !
 
 
  fete-vache-nantaise 1207
Oeufs de poule marans, stand du Marans club.
 
 
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A la "tribu des volailles", deux éleveurs du Marans club : Jacques Barraud et Victor Couapel. 
 
 
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    Victor, avec une magnifique poule Marans argentée-saumonée.  
 
  
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Vincent Ponelle, administrateur de la LPO, Fondation du Patrimoine. 
 
 
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La poulette Marans argentée-saumonée, un peu contrariée dans son carton, attend sagement que la séance de dédicaces soit terminée !
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Ouvrez la cage aux chevaux

Publié le par lesbiodiversitaires

Pour ceux qui l’aiment, le cheval est un ami sincère. Avec lui, on ne peut rien occulter : on dit qu’il est le reflet, le miroir de son cavalier. L’enfermement que les cavaliers font vivre aux chevaux reflèterait-il alors leur propre étroitesse ? Qu'est-ce qui pousse l'être humain à mettre la liberté en cage ?      
 
La véritable amitié d’un cheval ne se gagne pas facilement. Mais une fois qu’il a accordé sa confiance, cet animal généreux donne beaucoup et pardonne énormément d’erreurs et de maladresses à son cavalier. L’intelligence et la grande sensibilité des chevaux sont chaque jour un peu plus démontrés par de nouvelles études, confortant dans leur idée tous les cavaliers un peu sensés.    
 
 
    image (41)    
Oasis, jument camargue, apprécie de se coucher en toute confiance
dans le sable, et l'affection de Louison.  
 
    ER - chevaux -19.04.2014 5136           
Audrey Gory, et sa jument Mulan, en liberté. L'équitation dite éthologique          
est une approche qui a révolutionné l'équitation ces deux dernières décennies.  
 
 
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Hélène Roche, éthologue et spécialiste du clicker training, demandant au pré à Kako un cabré.    
 
 
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Hélène gratouillant Kako, qui apprécie. Dans une bonne relation, le cheval peut demander    
à son cavalier de le gratter, et le cavalier comprend.  
 
 
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   Les poulains apprennent vite à apprécier les gratouilles. Ici poulain aztèque, élevage Pemp Heol, chez Audrey Gory.
 
 
Pourtant, s’il est un animal, de nos jours, encore incompris, c’est lui. Malgré toutes les avancées de la science, malgré toutes les études éthologiques, beaucoup de gens, et aussi chez les cavaliers, continuent de colporter des préjugés sur les chevaux (« un cheval, c’est bête », « un cheval, ça ne reconnait pas son nom », « un cheval a besoin d’être ferré », « un cheval n’est pas démonstratif », « un cheval n’aime pas son cavalier, s’il vient c’est pour les carottes »).
 
 
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Il faut que le cheval, animal-proie, soit très en confiance pour se laisser approcher quand il est couché.    
Umkhumbi, jeune camargue, se fait panser par Nathanaëlle tout au long de sa sieste.  
 
Et de considérer qu’un cheval bien soigné vit toute sa vie enfermé au box, tel un poulet de batterie (poules, chevaux, même combat !), 4 fers brillants aux sabots quelle que soit son activité (ce qui sur le long terme peut provoquer des problèmes de santé, les sabots ont besoin d’être parés, mais pas forcément ferrés), et isolé de ses congénères (ce qui, plus que tout, le rend fou)… Pour cet animal sociable, taillé pour la course et les grands espaces, ce traitement est ce qui s’oppose le plus exactement à sa nature. Abrutis, névrosés, parfois franchement dépressifs, ces chevaux aux conditions de vie absurdes peuvent en effet avoir des réactions « bêtes », dangereuses, bizarres, et être peu démonstratifs avec cet humain qui pense que les problèmes se résolvent par la force… On leur reproche alors d’être ce que nous-mêmes avons créé.    
 
 
    image (82)       
Décidément, les Jeux équestres mondiaux, ça ne concerne pas tout le monde !    
 
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    Exubérance joyeuse d'Oasis qui vient de changer de pré. Nos prés nous semblent vastes, mais pour un animal de steppe, un hectare, ce n'est pas grand chose. Alors les quelques m² d'un box...  
 
   
Les conditions de vie des chevaux s’améliorent pourtant d’année en année. La façon d’appréhender l’équitation se fait de façon de plus en plus intelligente et respectueuse. Une révolution a commencé et ne semble pas prête de s’arrêter. Mais il reste encore tant d’écuries sordides, tant de cavaliers bornés ! Tant de chevaux enfermés dans des prisons dorés, physiquement chouchoutés mais psychiquement maltraités.
   
En réaction, certains vont jusqu’à penser qu’il faut cesser toute forme d’équitation.
Mais il semble qu’avec des méthodes intelligences (équitation dite « éthologique », clicker training ou tout simplement « bon sens » de l’homme de cheval sachant se remettre en question), les chevaux apprécient eux-aussi le partenariat avec le cavalier. Quand je vois mes juments hennir en me voyant, arriver souvent en trottant ou galopant du fond du pré, me suivre, rester à mes côtés, quand je vois leur entrain à trottiner quand on va se promener, leur plaisir de galoper sur la plage, ou le petit hennissement satisfait de ma jument en phase d’apprentissage quand elle sait qu’elle a réussi un exercice et qu’elle attend une récompense (renforcement positif), il me semble que tout cela peut se vivre dans un plaisir réciproque.  
     
 
 
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                 La même Oasis qui se prélasse à la plage peut aussi tenir des parcours de maniabilité et slalomer avec changements de pied au galop. Ces apprentissages se sont faits en douceur avec l'aide de spécialistes de l'équitation éthologique et de l'équitation de travail. Le bâton sur la photo sert à évoquer le trident des gardians : celui-ci ne touche pas les chevaux mais sert à guider les vaches.  
 
 
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   Audrey et Tadinho, étalon aztèque, au pas espagnol en liberté. Etalon reproducteur vivant à l'année au pré dans son troupeau de juments et avec ses poulains, Tadinho est aussi le cheval de travail d'Audrey.
 
 
Ouvrir la cage aux chevaux, ce n’est pas forcément les relâcher dans des plaines qui n’existent plus. On peut continuer à collaborer, eux et nous.
Mais c’est les sortir des boxes, des écuries, et les laisser vivre au moins au pré, les regarder galoper, jouer, se rouler, les laisser vivre en troupeau, leur laisser cet espace mental d’apprendre en douceur, à leur rythme, dans la bienveillance, sans enjeu autre que s’amuser ensemble… jeter à la poubelle cravaches, normes et préjugés, et prendre les chemins de traverse.  
 
L’équitation devient alors un chemin de vie, où l’on est obligé d’apprendre à prendre son temps, à se remettre en question, à reconnaître les limites de l’autre et les siennes, à dire s’il-te-plait, à dire merci, et à dire pardon.  
 
 
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   Umkhumbi répondant à son nom, quitte son troupeau et arrive au galop, comme souvent.
Les autres chevaux ne sont pas venus : ils savaient qu’ils n’étaient pas concernés. Pas démonstratif, le cheval ?
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Tout sur les vaches !

Publié le par lesbiodiversitaires

A l’occasion d’une conférence à l’Université Bretagne-Sud, à Vannes, le 22 mai dernier, Philippe J. Dubois dresse un portrait des vaches françaises, leur origine, la conservation et le devenir des races à petits effectifs, dont l’avenir reste fragile.
 
A suivre ICI
Bonne écoute !
 
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Le mouton avranchin, la chèvre des fossés et la brebis brigasque récompensés

Publié le par lesbiodiversitaires

La fondation du patrimoine vient de décerner son prix national pour l'agro-biodiversité animale. Ovins et caprins sortent largement vainqueurs.
 
Depuis 2012, la Fondation du patrimoine décerne un prix en faveur des projets qui favorisent la biodiversité domestique, et notamment les races à petits effectifs, dans une démarche de valorisation économique de la race. Ce prix, sous le haut patronage du ministère de l’Agriculture, était dotée en 2013 d’une somme globale de 20 000 €.
Les trois prix du cru « 2013 »  sont allés, dans l’ordre, au mouton avranchin, à la chèvre des fossés et à la brebis brigasque.
 
Premier prix – le mouton avranchin.
C’est Matthieu Pires, éleveur de moutons avranchins de la ferme de Milgoulle (en Bretagne) qui l’a emporté. Ce jeune éleveur valorise cette race dans son territoire grâce à un projet original et dynamique de « fermes mobiles », c’est-à-dire qu’il loue des terres et fait ainsi tourner ses moutons sur celles-ci au gré des conventions passées. Cette race, l’une des meilleures en France, est aujourd’hui en grande difficulté. L’Avranchin est une race issue de croisements entre les moutons du pays Cotentin et des béliers de diverses races anglaises (Dishley, Leicester et Kent, puis Southdown). On la trouve principalement dans le sud de la Manche, son berceau d’origine, autour d’Avranches et de la baie du Mont saint-Michel. Sa viande est caractérisée par l'absence de dépôt de graisse et une saveur particulièrement fine.
On cherche actuellement à maintenir la variabilité génétique pour éviter tout «goulot d’étranglement ». Environ 220 brebis sont soumises au contrôle de performances.
 
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Matthieu Pires, 1er prix du concours
 
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Avranchin typique dans les années 1970 (photo Serge Chevallier)
 
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Avranchin au Salon de l'agriculture en 2012
 
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Moutons avranchins de l'élevage de Matthieu Pires
 
 
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Deuxième prix – la chèvre des fossés
Ce prix est revenu à L’association de sauvegarde et de promotion de la chèvre des Fossés (Bretagne) qui promeut non seulement la race, mais favorise l’éco-pâturage et accorde une grande importance à la gestion de cette race dans les espaces naturels.
Appelée aussi commune de l’Ouest, chèvre de l’Ouest, chèvre des talus, cette race, comme son nom l’indique est originaire de Bretagne et de Normandie. C’est à partir d’un troupeau féral (c’est-à-dire plus ou moins retourné à l’état sauvage) qui vivait au cap de la Hague que cette race a été reconstituée. Autrefois très commune, elle a régressé au cours du XXe siècle, si bien qu’en 2000, on ne recensait plus que 35 boucs et 80 chèvres. Aujourd’hui, et grâce notamment à l’association de sauvegarde, l’effectif est d’environ 1 000 animaux.
 
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 Une partie du troupeaude l'écomusée de Rennes en charge de l'association de sauvegarde
cette race.
 
Photo-186.jpg
Bouc de l'écomusée du Rennes.
 
Chevre-des-Fosses--52--Roland-GAILLARD.jpg
Rien ne rebute une chèvre des fossés (photo Roland Gaillard)
 
 
Troisième prix - la brebis brigasque
En récompensant l’association de sauvegarde des éleveurs de brebis brigasques, le jury du prix honore tout d’abord un travail de valorisation original et diversifié : le lait et la laine. Mais ce qui est intéressant aussi, c’est que la sauvegarde de cette race participe au maintien d’un tissu social et économique dans un territoire difficile. En effet, il est bien possible que cette race ovine soit aujourd’hui la plus menacée sur le territoire français avec guère plus de 1 000 brebis. Elle est originaire de la haute vallée de la Roya, non loin de la frontière italienne. Elle est issue de plusieurs croisements entre une population locale (« petite Brigasque ») et animaux italiens.
Aujourd’hui, elle est confinée dans l’est du département des Alpes-Maritimes, singulièrement dans les cantons de Tende et de La Brigue (d’où son nom). On la trouve également en Italie voisine (Brigasca), où elle est un peu plus répandue.
 
Brigasque---troupeau---Julien-Buchert---APPAM.jpg
Troupeau de brigasques (photo APPAM)
 
5.JPG
Brebis brigasques (photo Associaiton des éléveurs de brebis brigasques)
 
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Bel exemple d'animal. A noter le profil très busqué
(photo Associaiton des éléveurs de brebis brigasques)
 
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Cette race est particulièremenr bien adaptée aux étés chauds et secs et et aux hivers enneigés
(photo Associaiton des éléveurs de brebis brigasques)
 
Les prix seront décernés le jeudi 27 février 2014 à 18h au Salon de l’agriculture, Stand du ministère de l’agriculture (pavillon 4 – stand E102) à Paris, porte de Versailles. 
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L’énigme de la race bovine Morvandelle : suite…

Publié le par lesbiodiversitaires

Peu de temps après la publication de l'article Sherlock Holmes et la Morvandelle : histoire d’une vache mythique, nous avons découvert une nouvelle photographie qui ne laisse pas de nous intriguer.
 
La photo (ci-dessous) montre quatre moines agenouillés à terre et un attelage de deux bœufs tirant une charrue. La photo a été prise au monastère de la Pierre-qui-Vire, Yonne, et est intitulée « l’angélus aux champs ».
 
Morvandelle---boeufs---La-Pierre-Qui-Vire-89---debut-du-XX.jpg
 
Ce qui frappe le regard immédiatement, c’est que les bœufs, assez identiques, présentent une robe tout à fait similaire à celle de la race Morvandelle. De couleur « sombre » (visiblement rouge foncé, non noire), il  y a une ligne blanche sur le dos et la queue est blanche chez les deux animaux. La tête est également toute sombre chez l’animal du premier plan (on ne voit pas, ou à peine, celle du second). Il  y a peut-être une zone blanche sur le ventre du premier animal ; ses membres sont sombres (sauf les postérieurs qui semblent montrer des « balzanes » blanches).
Si on compare cette photo au tableau de Rosa Bonheur et au bœuf morvandiau qui y est représenté, la ressemblance est grande.
 
Boeuf-Morvandiau-R.jpg
 
Plus troublant encore, est que l’abbaye de la Pierre-qui-Vire se trouve exactement à 3,3km à vol d’oiseau de Quarré-les-Tombes, l’un des derniers lieux où l’on rencontrait des Morvandelles (voir notamment la dernière photo du précédent post). C’est peut-être là plus qu’une coïncidence…
Reste la datation de la photo. Elle nous est inconnue. Ce que l’on sait c’est que l’abbaye bénédictine de la Pierre-qui-Vire a été fondée en 1850. Les moines en ont été expulsés en 1903 et n’y sont revenus qu’en 1920. Soit cette photo date du tout début des années 1900 – date à laquelle il y avait encore des animaux de race Morvandelle -, soit elle date des années 1920. A cette date, il n’y a « officiellement » plus de morvandelles. Cependant, on ne connait pas la date disparition de cette race. Si Dechambre en parle en 1922, c’est pour dire que les animaux qui y ressemblent sont croisés avec des Charolais et on un pelage pie-café-au-lait. Ce n’est pas le cas des animaux de la Pierre-qui-Vire. Fanica (2006) estime quant à lui, qu’il y a eu probablement des Morvandelles jusque dans les années 1940 dans les endroits les plus reculés du Haut-Morvan. Quoiqu’il en soit, il est donc bien possible que la race Morvandelle ait survécu au-delà de ce qu’il est coutume de dire, c’est à dire le tout début du XXe siècle. Cette photo plaide pour cette hypothèse…
 
Références :
ŸDechambre  P. (1922). Traité de zootechnie - tome III : les bovins. Ch. Amat, Paris, 634pp.    
ŸFanica O. (2007). Mutations de l'élevage bovin en Gâtinais et en Brie. Ethnozootechnie 79 : 167-185.
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Sherlock Holmes et la Morvandelle : histoire d’une vache mythique

Publié le par lesbiodiversitaires

La race bovine Morvandelle reste encore aujourd’hui une énigme pour bon nombre de zootechniciens. Immortalisée dans un célèbre tableau par la peintre Rosa Bonheur, on ne sait pourtant pratiquement rien d’elle. Voici quelques éléments qui soulèvent un coin de ce voile mystérieux…
 
La race bovine Morvandelle a disparu depuis plus d’un siècle… Comme son nom l’indique, elle est originaire du Morvan. Dans cet univers bovin désormais totalement blanc ou presque, à cause de l’omniprésence de la Charolaise, la Morvandelle tranche singulièrement. Au XIXe siècle, on rencontre la Morvandelle, dans une région à cheval sur l'Yonne, la Nièvre, la Côte d'Or et la Saône-et-Loire (Avallon, Clamecy, Semur et Autun). Au tout début du XXe siècle, alors que la race est sur le point de s’éteindre, on ne la rencontre plus que dans le Haut-Morvan, autour de Quarré-les-Tombes, Semur-en-Auxois, Flavigny-sur-Ozerain et Montbard.
 
Ce n’est pas une race de grande taille (1,30 à 1,35 m au garrot). Les animaux ont la tête large, le front droit, le chignon proéminent, l’encolure forte, le corps court, le dos droit, la croupe plutôt large. Les membres sont réduits, courts, parfois déviés ; les fesses pointues, les cuisses minces et rapprochées, l’ensemble des formes anguleuses peu gracieuses avec l’épine dorso-lombaire mal soutenue. Le fanon est ample et pendant. Le genou de bœuf très prononcé, l’ossature peu volumineuse. Bref, ce ne sont pas des bovins très bien conformés.
Ce qui les distingue avant tout des Charolais c’est leur robe : celle-ci est pie-rouge ; le rouge se dégradant vers le jaune, mais aussi souvent assez foncé. Le blanc se trouve localisé sur le dos, la croupe ainsi que sous le ventre et à la face interne des membres et rappelle fortement la race autrichienne Pinzgauer de la région de Salzbourg. Cela tranche évidemment avec le blanc du Charolais !
De même, les cornes sont fines et longues, verdâtres, bien plantées sur le crâne.
 
photo 1
Boeuf Morvandiau in Moll & Gayot, 1860
 
 
Une disparition précoce
Pour parfaire le tout, la Morvandelle est mauvaise laitière et d’engraissement difficile, mais… Mais les bœufs sont réputés pour leur endurance et leur adresse. Courageux, ils semblent l’être à nul autre pareil. On dit même qu’ils sont recherchés et se vendent cher. Certains auteurs du début du XIXe siècle vont jusqu’à dire que ce sont les meilleurs du monde !
Ce qui va causer la perte de notre Morvandelle, ce sont choses très différentes. D’une part, l’émergence de routes dans un pays qui, vers 1830, est encore très mal « pavé ». Le bœuf morvandiau, particulièrement fort à la tâche, peut tirer des charroies sur de mauvais chemins, là où le Salers, le Charolais ou le Limousin sont à la peine. Les chemins et les routes, de plus en plus carrossables, permettent alors d’utiliser des animaux qui sont moins vaillants, mais qui ont un avantage certain. Et c’est cet avantage qui fait la différence avec la race Morvandelle. Alors que celle-ci, nous l’avons dit, s’engraissent très mal, les autres, comme le Charolais, s’engraissent fort bien. Dès lors, après avoir servi comme bête de trait, ces bœufs peuvent être engraissés et vendus à bon prix. Ce qui n’est pas le cas des bœufs morvandiaux. Si bien que la concurrence est rude et tourne à leur désavantage. Dès 1830, les auteurs signalent la diminution des effectifs. Les galvachers, ces habitants du Morvan qui se louent avec leurs bœufs pour les travaux de débardage du bois et du halage, délaissent peu à peu les bœufs locaux pour des races à meilleur rendement en boucherie comme les Charolais ou les Salers.
Dans les années 1870-1880, la race Morvandelle est déjà très rare, au début du XXe siècle elle a quasiment disparu. Elle est alors largement croisée avec la Charolaise et l’on voit ainsi des animaux au pelage pie-café au lait ou pie-rouge clair avec taches blanches aux endroits du pelage primitif de la Morvandelle (parfois encore le fanon épais). C’est donc probablement dans les années 1910 que disparait la Morvandelle, même si certains auteurs font état d’animaux encore présents dans le Haut-Morvan dans les années 1940…
 
Naissance d’un mythe
Il n’aura pas échappé au lecteur attentif que la disparition de la Morvandelle correspond à l’émergence de la… photographie. Donc de portrait officiel de la race, point. Il existe pourtant un vrai portrait, une peinture exécutée par la peintre naturaliste Rosa bonheur. Il s’agit de Labourage en Nivernais, peint en 1848. On y voit 6 paires de bœufs en deux attelages. Sur les 10 animaux visibles, 7 ou 8 d’entre eux sont des Charolais, au moins 3 ou 4 sont de couleur café au lait et pourrait être des animaux croisés, enfin le bœuf de droite de la troisième paire du premier attelage apparait comme un parfait bœuf de race Morvandelle.
 
photo 2
Labourage en Nivernais, Rosa Bonheur, 1848. Le bœuf de race Morvandelle est le troisième enpartant de la droite, au premier plan.
 
On sait que Rosa Bonheur peignait fidèlement ce qu’elle voyait. La robe est ici trop proche de celle de la Morvandelle pour n’y voir là qu’une coïncidence, d’autant que l’on est dans le Nivernais, non loin du Morvan. On pourrait également arguer du fait que l’animal semble d’une taille identique à celle des Charolais voisins, mais d’une part il y avait sûrement de la variabilité chez ces animaux comme dans toutes les races et, deuxièmement, il est possible que la peintre ait voulu donner à tous les animaux une conformation semblable. Pour l’ensemble des zootechniciens, c’est bien un bœuf de race Morvandelle qui est peint dans ce tableau. L’autre document d’époque, c’est le dessin au train qui figure dans l’ouvrage de Moll et Gayot, publié en 1860 et qui montre un « bœuf du Morvan » (voir ci-dessus). Là encore, la robe de l’animal est identique à celui de Rosa Bonheur et à ce qui est décrit dans la littérature du XIXe siècle. Hormis ces deux documents, rien n’est connu d’un point de vue iconographique.
 
En 2000, Philippe Berte-Langereau a publié une monographie très complète sur la Movandelle qui est la référence sur cette race. Plus récemment, un article, sous la plume de Jean-Claude Rouard, a été publié dans Bourgogne Nature. Tous deux présentent des photographies du début du XXe siècle censées montrer des animaux morvandiaux plus ou moins purs…
Ainsi la photo la plus connue de l’attelage des bœufs « morvandiaux » avec des galavachers à Voulaines-les-Templiers, Côte d’Or, en 1910, montre très vraisemblablement des animaux de type Tacheté de l’Est ou Montbéliard, mais nullement des Morvandelles.
 
photo 3 
Les bœufs de Voulaines-les-Templiers. Très certainement des bœufs de type Tachetés de l’Est.
 
Un animal à demi-caché à Moux-en-Morvan, Nièvre, vers 1908, peut-être un animal plus ou moins de type Morvandelle, mais on ne voit pas la tête.
 
photo 4
Animal de Moux.
 
Aucune des photos illustrant l’article de J.-C. Rouard ne montre d’animaux de type « Morvandelle ». Une photo d’un taureau, prise par Adrien Nadar dit Nadar Jeune lors de l’exposition universelle de Paris en 1855, avait été expertisée comme un taureau de race Morvandelle. Cependant, après réexamen, il est probable qu’il s’agisse d’un animal de race allemande Voigtlander ou plutôt même de la race Dux autrichienne.
 
A la recherche du Graal
Lors des recherches pour le livre A nos vaches…, un grand nombre de revues et de fonds photographiques ont été consultées. Malheureusement, pas la moindre photo de Morvandelle. Dès lors la question était : existe-t-il une photo de la race bovine Morvandelle ? Nous nous sommes alors tournés vers les cartes postales anciennes, notamment les photos prises dans des foires. Et c’est là que nous avons trouvé ce que nous cherchions…
 
Une vache photographiée lors d’une foire aux bestiaux vers 1905 à Avallon, Yonne, présente toutes les caractéristiques du pelage de la Morvandelle. Ligne du dos et ventre blancs, pattes colorées et sont parfaitement typiques d’une Morvandelle. Sur la carte postale que nous avons trouvée, on ne voit pas la tête.
 
  photo 5
La vache d’Avallon en 1905…
 
photo 6
Le même animal grossi.
 
Quelque temps plus tard, nous avons trouvé une nouvelle carte de cette même foire avec ; cette fois-ci la tête visible en grande partie : il y a du blanc sur le chanfrein, le front et le haut du museau. Théoriquement la morvandelle a la tête colorée (rouge), mais on ne sait évidemment ce qu’il en était de la variation individuelle.
 
photo 7
Le même animal sous un autre angle. On devine une tête une partie blanche...
 
Une autre carte postale d’Ouroux-en-Morvan, Nièvre (dans l’aire de répartition de la race), montre un bœuf photographié dans les années 1900, qui présente une bande dorsale blanche, de même qu’une partie du ventre et le fanon. La couleur générale est probablement rouge, y compris la tête. Il s’agit donc probablement d’une Morvandelle, même si, évidemment, on ne peut garantir la pureté.
 
photo 8
Les flèches jaunes montrent l’animal. On voit bien la ligne dorsale blanche et la tête entièrement unie.
 
La carte postale suivante prise également au début du XXe siècle, à Moulins-Engilbert, également en pleine zone « morvandelle », présente une paire de bœufs dont l’animal de droite est entièrement rouge, avec ce qui semble être une étoile blanche au front et du blanc au fanon, et au moins sur le ventre. L’influence « morvandelle » est également probable même si l’animal n’est sans doute pas de race pure (absence de ligne blanche sur le dos).
 
photo 9
Bœuf photographié à Moulins-Engilbert (le deuxième à gauche).
 
photo 9 bis
Grossissement…
 
Sur la carte postale suivante, de nouveau à Moux (cf. ci-dessus), l’animal de gauche n’est pas assez gros pour être certain de la répartition des teintes sur l’animal.
 
photo 10
Bœuf photographié à Moux en 1924 ; sans doute très (trop ?) tardif pour un animal Morvandiau.
 
En grossissant, on devine pourtant un animal sombre avec peut-être une ligne blanche sur le dos.
 
photo 11
 
Des animaux assez proches de la Morvandelle ont également été trouvés sur de vieilles photographies.
Ainsi l’animal ci-dessous, qui vient du Morvan, gardé par une vieille Morvandelle, mais la vache semble avoir un peu de blanc à la tête et beaucoup aux membres.
 
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De même cette paire de vaches, photographiée en Bourgogne, est intéressante, mais ni l’une ni l’autre n’ont l’ensemble des critères morvandiaux.
 
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Enfin la carte montrant une foire à Quarré-les-Tombes, Yonne, vers 1907, au cœur même du dernier bastion de la race Morvandelle est peut-être le « Graal » de cette quête.
 
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Les deux animaux de Quarré-les-Tombes
 
 
En effet, au centre de la photo, mais un peu au fond, on distingue nettement une vache accompagnée de son veau (visiblement une velle), apparemment de couleur rouge. En grossissant, on peut noter les caractères suivants, repris ici :
 
photo-15.jpg
 
 
1 – les deux animaux ont une ligne blanche sur le dos.
2 – le ventre de la génisse est en partie blanc (non visible sur la vache).
3 – le bas du fanon est blanc chez les deux animaux
4 – la tête de la velle – et sans doute celle de sa mère – est entièrement sombre.
5 – les cornes de la vache sont longues
 
Certes il pourrait y avoir un peu plus de blanc sur le haut des membres, mais n’oublions pas la variété de robes quasiment permanente chez les races bovines. Il faut également noter sur cette dernière photo d’un animal « sombre » à gauche de la charrette de droite. Cependant, on ne distingue aucune ligne dorsale blanche.
 
Ainsi, après de longues recherches nous avons une idée de ce pouvait être la Morvandelle et sans doute quelques-unes des clichés présentés ici nous renseignent-ils assez précisément sur cette race disparue et mythique.
Est-ce que tous les animaux étaient du type décrit ? Nous avons trouvé une photo très ancienne d’une vache entièrement sombre (noire ?) devant une chaumière morvandelle, visiblement appartenant à des paysans pauvres.
 
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Moll et Gayot (1860) citent une vache de couleur noire, parfois ardoise ou pie, qui vivait jusqu’au début du XIXe siècle dans le sud de la Côte d’Or. Un rapport possible avec la Morvandelle ?
 
Par la suite, certaines photos montrent des animaux qui pouvaient avoir du sang « morvandiau » comme les deux clichés ci-dessous :
 
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photo-18.jpg
 
 
… mais rien n’est certain.
 
 
Il y a peut-être encore des photos de véritables Morvandelles à découvrir. Les années futures nous le diront peut-être. Si vous en connaissez merci de nous le faire savoir. Vous contribuerez alors à résoudre avec nous l’énigme de la vache Morvandelle !
 
 
Bibliographie
 
ŸBerte-Langereau Ph. (2000). La vache morvandelle. Camosine - Les Annales des pays nivernais 101, 36p.
Ÿ Dechambre  P. (1922). Traité de zootechnie - tome III : les bovins. Ch. Amat, Paris, 634pp.
Ÿde Lapparent H. (1914). Etude sur es races bovines. Variétés et croisements de l'espèce bovine en France. Extrait du Bull. mens. De l'Office des Renseignements agricoles,136pp.
ŸDiffloth P. (1905). Sur les croisements de la race bovine bretonne Journal d'Agriculture pratique 1905 : 681-682.
ŸDubois Ph. J. (2011). A nos vaches. Inventaire des races bovines disparues et menaces de France. Delachaux & Niestlé. 448p.
ŸMoll L.& Gayot E. (1860). La connaissance générale du bœuf. Etudes de zootechnie pratique. Frimin Didot, Paris, 600p.
ŸRouard J-C. (2011). La vache morvandelle : à la recherche d’une race perdue. Rev. Sci. Bourgogne Nature HS 8 : 52-55.
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Races domestiques de Corse : une île encore préservée

Publié le par lesbiodiversitaires

La Corse recèle une belle diversité de races domestiques, largement préservée de l’influence de races continentales. Du moins c’est ce qui est aujourd’hui souhaité par les acteurs locaux. C’est une bonne initiative que de maintenir ces races – pour la plupart à faibles effectifs – ou d’essayer de revenir aux sources. Petite visite guidée.
 
Cheval corse
C’est une race très ancienne, qui a subi, au fil des siècles, des influences notamment avec des chevaux barbes, mais aussi espagnols et arabes.
Ce cheval racé, au caractère froid, est très beau. A sa silhouette svelte et assez élancée, il allie une endurance à toute épreuve et un pied sûr. Il fut longtemps compagnon des bergers, animal de bât, servant aussi à l’agriculture, mais également à la guerre et devient, de nos jours, cheval de loisirs (endurance, randonnée, monte western). De 1,30 m à 1,50 m au garrot, il possède une robe baie, parfois noire et sans marques blanches (une étoile au front est tolérée).
A la fin du XIXe siècle, on estime à plus de 10 000 le nombre de chevaux corses. Une consultation de documents anciens (cartes postales ou autres) montre que l’âne et la mule étaient probablement plus communément présents que le cheval. Mais le cheval corse a beaucoup diminué et, après avoir été au bord de l’extinction, on compte aujourd’hui 150 à 160 juments et 10 étalons. En 2012, la race Corse a été reconnue officiellement. De nos jours, celle-ci est totalement liée à la Corse et n’est pas élevée sur le Continent.
 
 
Cheval corse - Borgo-2B - 2013.05.05 ER B1
Jument pleine, élevage Santoni, Borg, Haute-Corse
 
 
Races-corses-1722.JPG
Jument, élevage Chiaroni, Patrimonio, Haute-Corse
 
 
Cheval corse (étalon)- vers Saint-Florent-2B - 2013.05.06
Etalon, élevage Provent, Farinole, Haute-Corse
 
 
 
Âne corse
Comme le cheval, et les autres races, l’âne corse est présent sur l’île depuis la nuit des temps. Il est le compagnon fidèle des petits cultivateurs, capable d’endurer beaucoup et de rendre tous les services possibles pour le bât.
La race n’est pas (encore) reconnue. Il en existe deux formes. Le type de petite taille, à la robe grise et portant la croix de Saint-André, d’un garrot d’environ 1,17 m. Il ressemble donc un peu à l’Âne gris de Provence, mais il est probable qu’autrefois sa taille ne devait pas dépasser un mètre. L’autre type, plus grand, qui a subi l’influence de l’Âne catalan (et aussi le Baudet du Poitou), est de couleur brune, plus sombre et mesure 1,24 m en moyenne au garrot.
U sumeru (c’est son nom corse) était très commun jusqu’au début du XXe siècle, puisqu’on en comptait 20 000 dans les années 1930. Ses effectifs ont chuté à 3 100 en 1970 et l’on ne compte aujourd’hui guère plus de 300 individus de souche pure. Cela dit, il semble qu’il n’y ait pas eu beaucoup d’apport de sang continental au cours des dernières décennies.
 
La bonne adresse : Insul’âne, lieu-dit Igliastre, 20270 Tallone.
 
 
797_001.jpg
Anes corses petit format (au centre) et grand format, vers les années 1930
 
 
Ane-corse--petit-format---Patrimonio-2B---2013.05.06-ER-B2.JPG
Anes corses (petit format), Patrimonio, Haute-Corse
 
 
Mule corse
Pas étonnant qu’avec un cheval et un âne locaux, on ait des mules en Corse. Comme l’âne, elle était très commune autrefois, mais ici comme ailleurs, elle a subi la concurrence de la traction motorisée. Dans le même temps, l’armée cesse d’en produire. Elle est donc devenue très rare également. On en comptait encore 7 500 en 1925, seulement 500 en 1981. Nous ignorons les effectifs actuels. Cependant, il semble à présent qu’elle retrouve quelques couleurs, étant utilisées notamment pour des randonnées en montagne corse.
Autrefois, elle était de petite taille, mais avec l’apport de baudets venus de France et d’Italie, elle a gagné en taille pour atteindre aujourd’hui 1,35 à 1,40 m. Sa robe est baie.
La Mule corse n’est pas reconnue.
 
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Chevrier et sa mule, années 1950
 
 
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Mule vers Morosaglia, Haute-Corse
 
 
Vache corse
La vache corse fait partie du patrimoine insulaire. C’est une race très ancienne, qui a probablement des origines grecques et balkaniques, mais peut-être aussi d’Afrique du Nord, tant les influences mauresque, sarrasine et byzantine sont importantes.
C’est une vache de petit gabarit, initialement de 1 m à 1,10 m au garrot (mais qui a grandi à la suite de croisements et de modification du système d’élevage). La race Corse est sobre, vigoureuse. Elle a le pied sûr et se rencontre dans des milieux hostiles (haute montagne, maquis).
Elle a subi de nombreux croisements à partir des années 1970, notamment avec l’importation d’animaux de races Charolaise, Limousine puis Aubrac. Les troupeaux de la plaine orientale sont très métissés, et c’est en montagne (Castagniccia, Niolu, etc.) que l’on rencontre encore des animaux purs. Les taureaux de race purs sont d’ailleurs nombreux à l’état sauvage, plus agiles que ceux d’autres races pour se déplacer dans les pentes escarpées.
La couleur de la robe est très variable. Celle qui semble la plus typique, en tout cas, c’est un pelage fauve, fauve foncé à extrémités noires, voire presque noire. Egalement robe roussâtre, froment, mais aussi pie noire, pie-rouge, gris sans teinte définie, parfois « tigrée ». Les cornes sont assez longues, disposées généralement en croissant, les pointes ordinairement dirigées vers l'intérieur ou vers le haut.
Les effectifs sont difficiles à connaître. On estime ainsi à 10 000, le nombre de vaches mères au début des années 2000, mais cela englobe des animaux croisés. Le nombre de « vraies » vaches de race Corse se situe plutôt autour de 3 000 à 4 000.
Depuis 2003, s’est mis en place un travail pour donner un vrai standard à la race, garder un cheptel de race pure et valoriser la viande comme cela a été fait avec la charcuterie. C’est un travail de longue haleine mais qui est vital si l’on veut que la race Corse survive.
La divagation des animaux semble poser problème à certains fonctionnaires en poste sur l’île, pour des raisons de sécurité routière. Il est aussi possible de rouler moins vite sur les routes corses pour le bonheur des vaches et du nôtre !
 
La bonne adresse : Corsica Vaccaghji, 7 rue Colonel Ferracci 20250 Corte.
 
Corse---taureau---Bastia-Corse---FD---NN18.jpg
Taureau, Bastia, débtu du XXe siècle. Noter le petit format de l'animal
 
 
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Jeune taureau à robe fauve charbonnée, Calacuccia, Haute-Corse
 
 
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Vache froment charbonnée à robe et cornes assez typiques, Barcaggio, Haute-Corse
 
 
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Vache, col de Rogliano, Haute-Corse
 
 
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Vache pie-rouge (petit format), Albertacce, Haute-Corse
 
 
Chèvre corse
Cette chèvre d’origine très ancienne appartient probablement au rameau méditerranéen. Elle a subi probablement des métissages avec des animaux en provenance d’Italie et d’Afrique du Nord. Comme les autres races domestiques, la race Corse est particulièrement bien adaptée aux zones difficiles (maquis, brousse, montagne).
La chèvre pèse entre 35 et 45 kg, et elle a gagné un peu en poids au fil des décennies. Elle est de robe polychrome, c’est-à-dire assez multicolore, panachée : noire, blanche, grise, beige ou ou marron, parfois pie ou tricolore. Le poil est long ou mi-long. Les cornes sont parallèles et recourbées vers l’arrière (il y a des individus « mottes », c’est-à-dire sans cornes).
La population insulaire a régressé passant d’environ 150 000 animaux dans les années 1990 à 45 000 dans les années 2000 et environ 30 000 aujourd’hui. En 20 ans, la filière a perdu 40 % de son cheptel. La race est cependant reconnue officiellement.
L’élevage des chèvres est à double voie. D’abord, historiquement, pour la viande, avec notamment la production de cabris particulièrement prisés au moment des fêtes de Noël. Mais la production fromagère a contribué au renom de la chèvre corse. Elle produit non seulement le fameux brocciu (à base de lactosérum et qui possède à présent son AOP), mais aussi un grand nombre de fromages locaux, particulièrement bons pour ceux qui aiment les fromages qui ont du goût. Si le fromage corse s’exporte vers le contient, la race Corse, en revanche, se trouve quasi exclusivement sur l’île.
 
La bonne adresse : Capra Corsa, Chinio 20160 Vico.
 
 
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Chèvres, début du XXe siècle. Noter la petite taille des animaux
 
 
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Chèvre, Calacuccia, Haute-Corse
 
 
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Chèvre, Morosaglia, Haute-Corse
 
 
Mouton corse
Cette race très ancienne appartient, avec la Sarde, à la famille des races jareuses méditerranéennes (laine à poils longs et raides). C’est un mouton de petite taille, qui ne pèse guère plus de 35-40 kg pour la brebis. Elle se caractérise par une tête fine, de petites oreilles, et, ce qui est remarquable, c’est la finesse des pattes alors même que l’animal est capable d’aller sur des terrains très accidentés ! Le mâle porte des cornes enroulées en spirales alors que la brebis peut en posséder mais pas nécessairement. La toison est constituée de longues mèches qui protègent bien les animaux en hiver et contribue à leur grande rusticité. Elle est indifféremment noire, blanche, rousse ou grise, même si, autrefois, elle était majoritairement noire.
Le mouton corse valorise parfaitement les terrains difficiles. L’hiver, il fréquentait autrefois les zones littorales et marécageuses, l’été les montagnes du centre de l’île. Cette double transhumance n’existe plus, et celle d’été a quasiment disparu, les troupeaux s’étant sédentarisés.
La population ovine corse s’élève à un peu plus de 100 000 animaux, de race Corse dans leur très grande majorité. Il existe à présent quelques troupeaux de cette race sur le Continent.
Elle est surtout réputée pour son lait, plutôt abondant et de bonne qualité. Le fromage de brebis corse est lui aussi très ancien, mais sa production s’est industrialisé à partir de la fin du XIXe siècle quand les industriels laitiers, venus de Roquefort, ont débarqué sur l’île.
Aujourd’hui les variétés de fromage de brebis corses sont nombreuses, très souvent excellentes. Comme la chèvre, le mouton corse participe aussi à l’élaboration du fameux brocciu, mais aussi à des tomes et à des fromages fermiers de grande qualité.
 
La bonne adresse : OS Brebis Corse, Domaine de Casabianda, 20 270 Aleria.
 
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Béliers, début du XXe siècle
 
 
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Brebis, Macinaggio, Haute-Corse. Les animaux ont gagné en taille
 
 
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Troupeau, Macinaggio, Haute-Corse
 
 
Nustrale
Le Nustrale est le porc corse, celui que l’on voit en forêt ou sur les bords de la route. Son histoire est intéressante : il est sans doute inféodé au rameau des porcs ibériques. Mais l’influence du sanglier n’est pas étrangère. On dit même que le sanglier corse serait issu du marronnage de porcs retournés à l’état sauvage ce qui reste toutefois hypothétique ! Il n’est pas rare de voir des animaux qui ressemblent visiblement des hybrides de porc et sanglier, mais aussi voir des sangliers se nourrissant loin d’une troupe de cochons.
Le Nustrale est de taille moyenne, il possède un groin en général allongé et pointu. La robe est le plus souvent noire, ou grise, mais on rencontre aussi des animaux de couleur rosée ou pie-rosé. Les oreilles sont le plus souvent tombantes et l’animal adulte pèse entre 200 et 220 kg.
Beaucoup de porcs vivent à l’état libre et beaucoup aussi ont été croisés avec l’omniprésent Large White. Si bien qu’il n’est pas toujours facile de reconnaître un animal de race pure. Il y en avait environ 4 000 en 1983, mais seulement quelques centaines aujourd’hui.
Les éleveurs essaient de promouvoir la race, reconnue officiellement depuis 2006, et de valoriser ses produits, notamment par la recherche d’un AOP, pour contribuer utilement à la charcuterie corse dont la renommée a dépassé les limites de l’île.
 
La bonne adresse : Association Régionale pour la Gestion de la Race Porcine Corse, Lieu-dit Canale 20133 Ucciani.
 
 
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Groupe de porcs Nustrale présentant le standard parfait (photo M. Poggi)
 
 
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orcs Nustrale, sans doute plus ou moins hybridés, vers le col de Vergio, Haute-Corse
 
 
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Porcelet Nustrale, vers le col de Vergio, Haite-Corse
 
 
Cursinu
Cursinu veut dire chien en Corse. Cette race de chien ancienne, connue depuis le XVIe siècle, est très polyvalente. On l’utilisait autrefois tout aussi bien pour garder le foyer que les troupeaux, et même pour la chasse aux sangliers. Aujourd’hui, c’est un excellent chien de compagnie. Comme toutes les races domestiques corses, c’est un animal frugal, rustique et endurant. Il est plutôt calme, docile, mais reste très proche de son maître et garde ses distances avec les étrangers.
Il appartient au groupe 5 dans le classement des chiens, c’est-à-dire aux « chiens de type Spitz et type primitif ». Il mesure 45 à 58 cm au garrot et pèse une vingtaine de kilos. Son poil est court à mi-long et il est souvent de couleur fauve bringé ou charbonné. Sa queue est enroulée et ses oreilles semi-tombantes. Il ressemble un peu à ces chiens que l’on trouvait autrefois dans les campagnes et que l’on retrouve dans le Berger des Alpes (et d’Auvergne).
Celui que l’on appelle aussi le Berger de Corse ou le Cane turcatu, a fortement diminué au tournant du XXe siècle. Mais il n’a jamais disparu car les Corses sont très attachés à leur chien. Ainsi la race est repartie à la fin de ce siècle et on estime actuellement leur nombre à environ 1 500 individus. On le trouve principalement en Corse, mais aussi sur le Continent et même ailleurs en Europe. La Société centrale Canine a reconnu la race en 2003.
 
La bonne adresse : Club du Cursinu, Res. Belorizonte Bat. H, 20090 Ajaccio.
 
 
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Image (d'Epinal) du chasseur corse avec son Cursinu, années 1960
 
 
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Cursinu, Evisa, Corse-du-Sud (photo G. Olioso)
 
 
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Chien Cursinu, vers Bigorno, Haute-Corse
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