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biodiversite domestique

Des populations de vaches bretonnes oubliées ?

Publié le par lesbiodiversitaires

A côté de races bovines bretonnes bien identifiées (Bretonne pie-noir, Armoricaine, Froment du Léon, etc., il a existé des populations mal connues, peu ou pas décrites, qui ont aujourd’hui disparu mais qui avaient vraisemblablement des liens avec d’autres races soit disparues (Mancelle) soit toujours vivantes (Canadienne). Pour la première fois, voici leur histoire…
 
On compte actuellement 4 races bovines en Bretagne : la Bretonne pie-noir, originaire du sud de cette région, la Froment du Léon, des Côtes d’Armor, la Nantaise, de Loire-Atlantique et enfin l’Armoricaine, la plus récente, issue de croisements entre la Durham, la Froment du Léon (de façon probablement minoritaire) et de la Bretonne pie-rouge. Cette dernière a disparu, au plus tard au cours des années 1970 (Rouger et Perhirin 1976). La Bretonne pie-noir était surtout cantonnée, au XIXe et au début du XXe siècle, au département du Morbihan et au sud du Finistère et ne dépassait guère une ligne rejoignant la pointe de Crozon à Rennes. Au nord de cette ligne on rencontrait alors la Bretonne pie-rouge essentiellement autour de Loudéac et une population autour de Carhaix ressemblant à la race Vendéenne (Champagny, 1875).
Dans le nord de la Bretagne, et singulièrement dans le nord-est (Côtes d’Armor, Ille-et-Vilaine, secondairement l’est du Finistère), la Bretonne pie-rouge est en contact avec d’autres races comme la Durham, mais aussi la Normande, tandis que les races d’Ayrshire ou de Jersey, même si elles ont sans doute été très marginales, ont pu également et localement participer à des actions de croisements. Le bétail était, en fait, assez hétérogène dans la partie nord de la Bretagne comme en témoignent les auteurs du XIXème siècle (Champagny, 1875, Heuzé 1888, Wernet 1896, etc) et du début du XXe siècle (Diffloth 1908, de Lapparent 1914, Frouin 1925, etc).
 
Cependant, le bétail n’a pas toujours été pie-rouge ou pie-noir. Quéméré (2006), dans sa monographie sur la Bretonne pie-noire, cite des textes anciens qui montrent que jusqu’à la Révolution, la couleur de la robe des vaches bretonnes était variable.  Plus près de nous, un article peu connu de Wernet (1896), rend fort bien compte de l’hétérogénéité des robes. A côté d’animaux pie-noir ou pie-rouge, on rencontre des robes totalement noires, brunes, rouges ou fauves avec les extrémités ou le dessous plus ou moins blancs. Il y a également des robes blanches ou légèrement tachetées, appelées « garres » qui sont encore assez communes à la fin du XIXe siècle. Enfin, la robe grise (pie-bleu ?) est rare et peu prisée. (voir l’article sur les robes de la Bretonne pie-noir).
Déjà la race Durham et ses nombreux croisements avaient accaparé l’attention dans la seconde moitié du XIXème siècle.  Au tournant du XXe siècle, avec la mise en place des Herd-books et les concours de toutes sortes, les zootechniciens vont s’intéresser essentiellement aux races en cours d’organisation et les plus importantes : les trois principales races bretonnes précitées ainsi que l’Armoricaine qui est en voie de constitution (d’abord sous le terme de « Durham-Breton »). Cependant l’examen de documents photographiques anciens montre qu’en certaines régions de Bretagne, on retrouve des animaux qui possèdent une suite de traits morphologiques et phanéroptiques qui leur sont communs et ce jusque dans les années 1910-1920 (principalement au tout début du XXe siècle).
Nous allons examiner deux de ces patrons et envisager quelle pourrait être leur origine.
 
 
Bovins à robe noire, fauve ou rouge foncé 
 
Entre Lannion et Saint-Brieuc, et principalement autour de Guingamp, on remarque régulièrement sur les champs de foire ou dans les troupeaux, des animaux qui se caractérisent de la manière suivante :
Ÿ la conformation est plutôt fine, les membres sont fins, le fanon est peu marqué, l’attache de la queue n’est pas en crosse, les hanches sont écartées et saillantes. La silhouette est assez élancée (davantage que les Bretonnes pie-noir et même pie-rouge). Le pis ne semble pas spécialement développé.
Ÿ robe unie probablement marron ou fauve foncé, ou noir, en tout cas fortement charbonnée (les photos sont en noir et blanc, il est donc difficile d’être précis).
Ÿ les cornes sont le plus souvent en coupe ou en croissant relevé, assez fines ; parfois elles sont peu ou assez peu relevées.
Ÿ les muqueuses sont le plus souvent sombres (noires), parfois entourées de poils blanchâtres. Certains animaux montrent des muqueuses claires.
Ces animaux semblent avoir, tout du moins au début du XXe siècle, une répartition géographique limitée, mais bien circonscrite
 
 
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Carte 1 – Répartition supposée de la Brune de Guingamp à la fin du XIXe et début du XXe siècle.
 
 
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Type de vaches « Brune de Guingamp », Saint-Brieuc, Côtes d’Armor, vers 1907. La robe unie, de couleur rouge foncé ou noir,  les cornes relevées et la conformation plus élancée que les Bretonnes pie-noir et même pie-rouge, sont typiques de ces animaux.
 
 
La littérature zootechnique signale, ici et là, des animaux rappelant ceux précédemment décrits. Ainsi Dechambre (1922) écrit : « Dans la région de la Montagne Noire, aux environs de Carhaix, vit une petite race à robe fauve et aux cornes en croissant. Elle disparaît insensiblement devant les autres races plus améliorés. Elle pourrait bien représenter la forme primitive des populations répandues dans les landes et sur le littoral armoricain ». D’autres auteurs, cités par Avon (2009) mentionnent des animaux de la région de Carhaix qui rappellent parfois la Parthenaise (Vendéenne) et également autour de Guingamp ou de Lannion où Collot (1851) note : « Les vaches des environs de Dinan sont plus grosses, leur robe est souvent noire, parfois tâchée de blanc. L’espèce de Guingamp ou Lannion est une des meilleures espèces de la race bretonne. Elle a un peu plus de taille et réunit tous les signes de race : le pelage est rouge-clair, ou jaune orange, parfois tâché de blanc » [NB : la dernière partie de cette description évoque la Froment du Léon]. Quant à de Champagny (1875) il souligne que « de Brest à St Malo la race bretonne y a fait place à une race secondaire, appelée race bretonne du littoral [….] se modifiant même d’un canton à un autre. Les pelages rouges et pie rouge sont les plus habituels dans cette race secondaire qui, sauf les nombreux croisements répandus sur une partie de cette zone, forme la base de la population bovine de tout le littoral »
 
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Type de vache « Brune de Guingamp », Saint-Brieuc, Côtes d’Armor, début du XXe siècle. Autre exemple de vache à robe uniforme. Ici les muqueuses sont typiquement sombres.
 
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Bretonnes pie-noir, pie-rouge et de type « Brune de Guingamp », Guingamp, Côtes d’Armor, années 1910. La présence d’animaux à robe unie est régulière sur les clichés du début du XXe siècle de cette région de Bretagne. Noter que l’animal de gauche présente des muqueuses claires.
 
  Les animaux notés sur les documents photographiques du début du XXe siècle rappellent en tout cas ceux décrits par Louis Fromager, éleveur  de Froment du Léon à Plouagat dans les Côtes d’Armor, à L. Avon dans les années 1990. Il disait se souvenir avoir vu, dans sa jeunesse (au début du XX° siècle), un village, où « toutes les vaches étaient noires ». D’après lui, si cette population brune-fauve ou noire n’avait pas été décrite ni organisée, c’est parce que c’était « la race des pauvres » : les notables avaient des Froment. D’ailleurs cette Froment est traitée de vache « délicate »  par Guguen (1928) qui n’est pas loin d’en faire une race « élitiste ».  La population brune a pu être appelée localement « Brune de Guingamp ». D’autres auteurs font allusion à ce nom, mais également à celui de « Bretonne de Guingamp », « Bretonne de Saint-Brieuc » ou encore « Bretonne des Côtes-du-Nord ».
 
Quels rapports ont pu avoir ces « populations » avec des races actuelles ?
 
Pour Guguen (1928), l’actuelle Froment du Léon serait, à l’époque où il écrit, la descendante de ces diverses populations précitées. Dans les concours officiels, elle est considérée comme la seule survivante de celles-ci. Il ne développe pas cette hypothèse qui, même si elle est plausible, ne peut être confirmée.  Blanchet (1940) n’est pas très assuré quant à l’origine ancienne de la Froment du Léon et de sa place réelle parmi les autres races ou populations bretonnes. Il est cependant intéressant de constater que dans l’iconographie du début du XXe siècle, notamment les cartes postales anciennes, la Froment est particulièrement rare. Elle est même nettement moins représentée que ne le sont ces vaches brunes des environs de Guingamp régulièrement présentes dans les foires ou dans les troupeaux. Il est vrai que la Froment a été appelée la « race des châteaux ». De là à penser qu’à partir d’une souche commune, certains grands propriétaires ont sélectionné une vache raffinée, à la robe dorée comme la couleur de la crème de son lait, tandis que dans le même temps, la population « brune » n’évoluait guère et restait l’apanage des paysans pauvres…
De même, on peut s’interroger sur l’apport du bétail vendéen dans cette région de Bretagne, apport connu dans la région de Dinan dès le XVIIIème siècle, le Parlement de Bretagne ayant acquis en 1760, 52 taureaux « vendéens ». Guguen (op. cit.) reprend cette information et dans son texte, on remarque une note en marge, de l’écriture de Dechambre (qui était l’un des membres de son jury de thèse), qui dit « peut-être est-ce la source de le S/R [sous-race] froment ». Il semblerait, en fait, que ces taureaux importés à grand frais n’aient pas laissé beaucoup de traces mais ils pourraient être le révélateur de l’existence d’une population sous robe fauve ou brune dans la région car, en général, on a plutôt tendance à importer des animaux dont la robe se marie bien avec celle de la population locale.
 
Par ailleurs, en analysant les documents iconographiques anciens, on est parfois frappé par l’analogie entre certains de ces animaux bruns de la région de Guingamp avec ceux de la race Canadienne
 
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Montage montrant à gauche une vache Canadienne et à droite des vaches photographiées dans la région de Saint-Thégonnec , Finistère, au début du XXe siècle. On remarquera une certaine ressemblance entre ces deux types…
 
 Or cette race d’Outre-Atlantique est originaire de la France, où les animaux sont partis de Bretagne et de Normandie au XVIIème siècle (Avon, 2009). On ne peut donc exclure l’hypothèse qu’il soit longtemps resté des animaux assez proches de la race Canadienne, dans certaines régions pauvres de Bretagne. Nous n’avons pas la certitude de la parenté entre cette race et la race de Guingamp, mais force est de constater que les similitudes existent. De plus, il est intéressant de noter que cette dernière population a une aire de répartition bien localisée comme le montre la carte 1, aire dans laquelle le patron de robe et la morphologie restent constants.
Enfin, un document photographique ancien ci-dessous (début du XXe siècle), pris à Blonville-sur-Mer, Calvados, montre un surprenant troupeau de plus de 50 bêtes présentant toutes un pelage brun-fauve ou noir, et une morphologie très proche de la Canadienne. De cette localité est parti un agriculteur, Jean Hérou, vers 1670, et qui va s’installer au Québec et donner une descendante forte aujourd’hui de 10 000 personnes. S’agit-il là d’une pure coïncidence ou bien est-ce une indication concernant l’origine de la Canadienne actuelle qui pourrait alors avoir eu également une origine normande comme le dit aussi la tradition (Fortin, 1939).
 
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Troupeau de vaches « noires », Blonville-sur-Mer, Calvados, début du XXe siècle. Ce troupeau reste une énigme… A quelle race ou population pouvaient bien appartenir ces animaux qui ressemblent également à Canadienne ?....
 
Quoiqu’il en soit, il y semble bien qu’il ait pu y avoir une population de bovins bruns, rouges foncés ou noirs, parfois avec quelques taches blanches, de Lannion à Saint Brieuc sans qu’on puisse même exclure qu’elle se soit étendue jusqu’à la côte normande. Si l’on savait exactement de quels ports sont partis les bovins envoyés par Colbert au Canada, on aurait sans doute une des clefs de l’énigme. Cette population a pu être été assimilée à des croisements Jersiais par certains auteurs car elle rappelait par sa robe et son allure sa cousine de la Manche (Heuzé 1888, Dechambre 1923, Frouin 1925). Mais comme le disait Louis Fromager, il n’y avait pas de raisons qu’on aille chercher à grands frais des vaches à Jersey alors que les paysans n’avaient pas d’argent et qu’ils possédaient déjà de bonnes laitières pour l’époque. Vache des pauvres, cette population brune n’a jamais été mise en avant.
Ajoutons pour finir que ces vaches brunes ont été encore signalées, à l’unité sans doute, jusqu’au début des années 1960. On les appelait les « Bretonnes de Guingamp » ou les « Bretonnes de Saint-Brieuc) (Patrick André, com. pers.).
 
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Foire de Lannion, Côtes d’Armor, vers 1909. On distingue sur la gauche des vaches de type « Brune de Guingamp » tandis qu’au fond sur la droite, on remarque une vache Froment du Léon. Quels ont été les rapports et les liens en cette dernière race et la « Brune » ?
 
 
Bovins brun ou rouge à tête blanche : une Mancelle « occidentale » ?
 
L’examen de documents photographiques anciens fait également apparaître des animaux avec un patron bien caractéristique :
Ÿ animaux plutôt élancés, de taille moyenne, mais supérieure à celle des Bretonnes pie-noir et pie-rouge.
Ÿ ligne du dos droite, peu ensellée, attache de la queue peu marquée, hanches assez écartées, membres fins et secs, fanon peu marqué.
Ÿ les cornes sont assez longues, en coupe, plus ou moins relevées vers le haut (parfois assez fortement), blanches ou crèmes.
Ÿ les muqueuses sont claires.
Ÿ la robe, autant que l’on puisse en juger sur des documents noir et blanc, est très certainement pie-rouge foncé, d’une teinte rappelant celle de l’Armoricaine, la Rouge des prés ou encore la Saosnoise. Cette robe est généralement très couverte ; le blanc n’apparaissant que sur la tête, le bas du ventre et, parfois le bas des pattes.
Il est à remarquer que le patron de la tête est particulièrement constant : celle-ci est blanche, à l’exception de « lunettes » sur les yeux (le plus souvent bilatérales, mais pas systématiquement), ainsi que, parfois autour du mufle. Ce patron évoque l’Abondance actuelle, mais également la Mancelle.
 
D’après les documents iconographiques, l’aire de répartition est sensiblement le même que celle de la population brune bien qu’elle soit un peu plus étendue à l’est. Outre le littoral des Côtes d’Armor, on retrouve des animaux en Ille-et-Vilaine, jusqu’aux environs de Fougères. Quoi qu’il en soit, on ne trouve guère ce type d’animaux en dehors de la région précitée.
 
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Carte 2 – Répartition supposée de la Mancelle occidentale à la fin du XIXe et début du XXe siècle.
 
On sait que celle-ci a vu le côtoiement de bien des races et que la population bovine y était très hétérogène (Wernert 1896, George 1903, Guguen 1928). Cependant, les animaux ressemblent de façon assez troublante à la Mancelle. Le montage 7 montre la représentation d’une vache Mancelle primée en 1856. Tout autour d’elles, ont été placées des animaux photographiés dans cette région de Bretagne au début du XXème siècle…
 
Dès lors, peut-on se poser la question de savoir si ces animaux étaient ou non des représentants de la race Mancelle ou issus de croisements ?
La race Mancelle a eu probablement une répartition plus importante que ne le laissent entendre les écrits des zootechniciens de cette époque de la fin du XIXe et du début du XXème siècle. La race atteint en effet l’Indre-et-Loire, le Loiret, et même la Seine-et-Marne vers l’est (il y a même des bœufs manceaux jusque dans l’Aisne et les Ardennes !) et on la trouve jusqu’en Loire-Atlantique à l’ouest (Dubois 2011). Elle est signalée dans le nord de la Bretagne – est du Finistère, région de Dinan, région de Rennes, etc. (notamment Moll & Gayot 1860, George 1903, de Lapparent 1914). De même, au tournant du XXème siècle, cette race Mancelle est remise en avant, dans la Sarthe, par le Sénateur Legludic (1902) qui en fait la promotion et tente de l’organiser. Elle est de nouveau présente dans les concours régionaux de Nantes en 1909, de Rennes en 1911 et même au concours général de Paris de 1912. Il existe des photos montrant des animaux manceaux au concours de Rennes. Ce n’est pourtant pas une race qui, à l’époque, a le vent en poupe (et d’ailleurs la Première guerre mondiale lui sera fatale…) et qui intéresse beaucoup les zootechniciens. Elle a été principalement croisée avec la Durham et la Durham-Mancelle est d’ailleurs en pleine élaboration pour aboutie à la Maine Anjou. En même temps, on ne se préoccupe guère de ce qui se passe dans les campagnes du nord de la Bretagne où la population bovine est considérée surtout comme hétérogène. La présence d’animaux manceaux n’est en tout cas pas impossible, au vu de sa répartition plus importante que ce qui fut écrit en son temps… La taille des animaux n’est pas toujours très importante, elle semble l’être moins que celle de la « Mancelle améliorée » proposée par Legludic.
 
photo-7---Montage-Mancelle-occidentale.jpgMontage présentant une vache Mancelle (1856, en haut au centre), entourée de plusieurs photos montrant des vaches bretonnes de type « Mancelle occidentale ». On notera la grande similitude de l’ensemble des animaux entre eux et avec la Mancelle du XIXe siècle.
 
L’autre hypothèse pour expliquer la présence de ces animaux au patron plutôt homogène est un croisement entre plusieurs races. L’examen attentif des animaux, nous permet de penser que la Normande n’a sans doute pas été très impliquée dans cet éventuel croisement. La forme des cornes, la panachure de la robe et, simplement, la conformation des animaux ne plaide pas pour un tel apport. Il est en revanche possible que l’on ait eu des croisements entre la Bretonne pie-rouge et la Mancelle. Le patron ‘’manceau’’ est  vraisemblablement porté par un gène simple qui se transmet en bloc ce qui pourrait expliquer que l’on retrouve la robe mancelle chez ces animaux. En revanche, on ne retrouve guère la forme des cornes en lyre de la Bretonne pie-rouge. Celles-ci sont davantage en coupe, plus ou moins relevée.
 
Alors ces animaux sont-ils de petites Mancelle ou bien des animaux croisés entre cette race et la Bretonne pie-rouge ? Ou bien ont-ils encore une autre origine ? Il est par ailleurs troublant de constater que pour certains auteurs du XIXe siècle, la Mancelle serait issue de croisements entre races Bretonne, Vendéenne et « Jurassique ». Si c’est le cas s’est-il trouvé une population localisée dans cette partie de la Bretagne, qui aurait longtemps perduré, ayant des caractéristiques rappelant celles de la Mancelle et étant issue du même type de croisements ? Gustave Heuzé (1888) signale que « près de Rennes les races Mancelle et Normande se seraient alliées à la race Bretonne ». Enfin un auteur anonyme note que dans le sud de l’Ille et Vilaine « on rencontre des animaux s’apparentant aux bovins manceaux »
Pour l’heure, on ne peut qu’en rester au stade des hypothèses.
 
On voit donc que jusqu’aux premières années du XXe siècle, deux types de bovins ont vécu en Bretagne, qui n’avaient apparemment pas de rapport direct avec les races locales connues. L’un, de coloration brune charbonnée, ou noire, qui ressemble assez fortement à l’actuelle Canadienne. L’autre, au patron de robe quasiment identique à celui de la Mancelle, qui a pu être cette race ou un croisement proche ou encore avoir une origine assez similaire. Dans tous les cas, ces « populations » n’ont guère été mentionnées en tant que tel, du moins pas par les zootechniciens de l’époque, alors qu’elles figurent régulièrement dans les documents photographiques de cette même période… Concernant la « Brune de la région de Guingamp », il semble bien qu’elle ait perduré pendant plus longtemps que pour la « Mancelle occidentale » (pour leur donner des noms).
 
Race, population, croisement, ces animaux ont sans doute emporté leurs mystères avec leur disparition. Les témoignages iconographiques que l’on a conservés, posent plus de questions qu’ils ne donnent de réponses. D’autant que la littérature ne nous aide guère. Mais à regarder les affinités que ces animaux ont pu avoir avec des races, disparues ou encore existantes, ils nous apportent quelques éléments d’un puzzle qu’il reste largement à compléter.
 
Bibliographie :
ŸAvon L. (2009). Fiche :La race bovine Canadienne : in Races françaises à faibles effectifs -24 fiches- statistiques.  Institut de l'Elevage, Départemet Génétique, CR n° 010972 032, 19-20.
Avon L. (2009). Fiche : La race bovine Froment du Léon : in Races françaises à faibles effectifs -24 fiches- statistiques.  Institut de l'Elevage, Départemet Génétique, CR n° 010972 032, 29-30.
Avon L. (2009). Fiche : La race bovine Saosnoise : in Races françaises à faibles effectifs -24 fiches- statistiques.  Institut de l'Elevage, Départemet Génétique, CR n° 010972 032, 45-46.
Blanchet Ch. (1940). La race Froment Bretonne dans les Côtes-du-Nord. Thèse, Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort, 48 p.
Dechambre P. (1922). Traité de zootechnie - tome III : les bovins. Ch. Amat, Paris, 634pp.
Dechambre P. (1923). La production bovine de la Bretagne, Revue de Zootechnie 2 : 93-102.
de Champagny P. (1875). Enquête sur le bétail dans les départements du Morbihan, du Finistère et des Côtes-du-Nord, Société des Agriculteurs de France, Paris au siège de la Société, 1 rue le Peletier, 32 p.
Collot  E. (1851). Traité spécial de la vache laitière et de l’élève du bétail, 2ème édition. Librairie de Paul Dupont, Paris.
ŸDiffloth P. (1908). Races bovines - France et Etranger. Librairie J-B Baillière et fils, Paris.
Dubois Ph. J. (2011). A nos vaches… Inventaire des races bovines menacées ou disparues de France. Delachaux & Niestlé.
Fortin de Gonzague L. (1939). Histoire de la Race Bovine Canadienne. La Bonne Terre, St Anne de la Pocatière, 278 p + biblio + photos + table des matières.
Frouin M. (1925). Rapport au Conseil Général des Côtes-du-Nord.
George H. (1903). La race bovine bretonne. Journal d'Agriculture pratique 1903 : 187-190.
Guguen Th-F.M. (1928). De l’élevage et de l’exploitation de la race bovine cotentine dans le département des Côtes-du-Nord. Thèse vétérinaire, ENVA.
Heuzé G. (1888). La race bovine bretonne. Journal d’Agriculture pratique 1 : 270-271.
Lapparent H (de). (1914). Etude sur les races bovines. Variétés et croisements de l'espèce bovine en France. Extrait du Bull. mens. De l'Office des Renseignements agricoles,136pp.
Legludic L. (1902). La Race Mancelle. Sa reconstitution. Imprimerie Sarthoise, Le Mans, 64p.
Moll L.& Gayot E. (1860). La connaissance générale du bœuf. Etudes de zootechnie pratique. Frimin Didot, Paris, 600p.
Quéméré P. (2006). La Bretonne Pie Noir - Grandeur - Décadence – Renouveau. Editions France Agricole, 192p.
Rouger Y. et Perhirin J. (1976). Les bovins bretons. Penn Ar Bed 84 : 277-289.
Wernert A. (1896). Les vaches de race bretonne - les bœufs bretons : étude pratique. Imprimerie A. Michel, Paris.
    
Cet article a été précédemment publié dans la revue Ethnozootechnie n°90 (2011) par Philippe J. Dubois et Laurent Avon, et reproduit ici avec l’aimable autorisation de Bernard Denis, directeur de la publication.
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La Fondation du Patrimoine récompense la biodiversité domestique

Publié le par lesbiodiversitaires

Le 50e salon international de l’agriculture, porte de Versailles à Paris, a été l’occasion de remettre le Prix de la Fondation du Patrimoine pour l’agro-biodiversité animale à trois lauréats.
 
Ce prix* récompense les meilleures actions en faveur de la conservation de races domestiques à petits effectifs, tout en leur apportant une valorisation économique. Ce prix est soutenu par le laboratoire Ceva Santé Animale, et accompagné, pour cette première édition, par le ministère de l’Écologie, du développement durable et de l’énergie.
 
Les trois gagnants sont :
 
1er prix (6 000 €). Le Club français de la Poule noire du Berry (Centre), représenté par son président Francis Lasne, récompensé pour sa capacité à réintroduire une race de poule de chair quasi-disparue, avec un projet économique solide ancré à son territoire (gastronomie, tourisme, terroir du Berry…). 6 000 poulets ont été produits en 2012.
 
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2e prix (3 000 €). Théophane Rochette, éleveur des vaches Maraichines de la ferme de la Grole Bagnade (Poitou-Charentes), récompensé pour le maintien de la race sur son terroir, et la valorisation économique de son projet axé sur la conservation du rameau laitier de la Maraichine.
 
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3e prix (1 000 €). L’Association de sauvegarde du chien berger de Crau (PACA), représentée par sa présidente Françoise Simian, que le jury a voulu saluer pour son action très professionnelle, assurant la préservation d’une vieille race nationale de chiens de bergers, dont le travail est présenté comme complémentaire à celui du Border Collie d’origine britannique. 
 
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Les prix ont été remis par le président de la Fondation du patrimoine, Charles de Croisset, en présence des membres du jury, autour de son président le Professeur Bernard Denis, de Marc Prikazsky, Président de Ceva Santé Animale et de nombreuses personnalités du monde agricole et de la conservation des races patrimoniales à petits effectifs.
 
Un grand bravo aux trois gagnants ! Tous les dossiers (plus de 70 !) étaient passionnants et il aurait fallu pouvoir les récompenser tous. Ce sera peut-être pour les années suivantes, car on espère que ce prix va s’installer durablement dans le paysage agricole français.
 
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*Ce prix a une importance particulière pour nous, car initié par Philippe grâce à l’aide de personnes enthousiastes : Patrick Masure (Fondation) et Vincent Ponelle. Sans oublier les membres du jury, bien entendu.
 
Pour en savoir plus sur le prix,
cliquez ici et 
 
(Toutes les photos sont de la Fondation du Patrimoine)
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Label(le) mixte : la vache Ferrandaise

Publié le par lesbiodiversitaires

Elle a failli disparaître complètement de la carte française des races de vaches. Cette superbe race, une des rares à être encore « mixte », a été sauvée grâce à l’opiniâtreté de quelques-uns et retrouve aujourd’hui une place qu’elle n’aurait jamais dû perdre. C’est une bonne nouvelle…
 
L’origine de la race se perd dans la nuit des temps, mais elle est également discutée. On l’a dit issue de croisements divers, au XIXe siècle, entre Salers, Aubrac, Charolais et aussi Bressanne. Pour d’autres, elle serait issue de la race de Salers, dans une variante plus petite, qui aurait subi des croisements avec d’autres races également (dont la Bretonne pie-noir, la Normande et la Simmental). A-t-elle alors des origines uniquement « auvergnates » ou a-t-elle subi une influence des races dite « jurassiques » (on devrait dire « jurassiennes d’ailleurs) ? C’est sans doute un peu de tout cela qui a fait la race Ferrandaise dont on entend parler à partir de 1860.
 
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Type de taureau barré moucheté, début du XXe siècle.
 
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Type de vache barrée, début du XXe siècle.
 
La Ferrandaise est connue principalement dans le Puy-de-Dôme, autour de la chaine des puys, justement, mais aussi dans les Monts du Forez, dans la Loire toute proche. Elle possède, au départ, une variété de noms : race du Puy-de-Dôme, Ferrando-forézienne, Ferrande, Ferrandine, race de la Limagne, du Marais, de Latour, de Rochefort, de Saint-Anthême, de Marat, du Brugeron, de Pierre-sur-Haute…Sa répartition, au début du XXe siècle, déborde les deux départements précités et on la rencontre également dans quelques communes de Corrèze et de la Haute-Loire, de même que dans la haute-vallée de l’Allier et, parfois, en Creuse. Des photos du début du XXe siècle montrent des bœufs ferrandais jusque vers Agen, ce qui prouve qu’ils étaient appréciés. En revanche, elle est curieusement absente du nord du Cantal, mais il faut dire que c’est sa cousine la Salers qui occupe la place.
De nos jours, la Ferrandaise ne se rencontre que dans le Puy-de-Dôme, c’est-à-dire la chaine des Puys au sud-ouest de Clermont-Ferrand et dans le Livradois, autour d’Ambert.
 
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roupeau aux environs de La Bourboule, début du XXe siècle.
Au premier plan d’une vache barrée telle qu’on les recherchait à l’époque.
 
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Troupeau dans la Loire, sans doute dans les années 1920.
On distingue au moins deux animaux « poudrés ».
 
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Marché aux bestiaux à Bourg-Lastic, années 1920-1930. Malgré tout, la diversité de robes persiste…
 
Des robes à foison
Une des caractéristiques de la Ferrandaise est la diversité de ses robes. En effet, si la majorité des animaux sont pie-rouge brique, un certain nombre peut être pie-noir. Il existe même de rares animaux pie-gris. Cette diversité existait jusqu’au début du XXe siècle, où elle fut ensuite plus moins combattue, seule la robe pie-rouge primant.
De plus, la répartition du rouge ou du noir est très variable. Le blanc se trouve sur la face, la ligne du dos, la queue et les membres. La région dorso-lombaire est souvent couverte d'une grande tache blanche en forme de triangle allongé, aux contours irrégulièrement dentelés.
On distingue deux types de panachures (rouges ou, parfois, noires) :
Ÿ robe barrée : elle est parsemée de grandes taches irrégulières. C’est celle qui fut, à partir de 1899 et pendant longtemps, reconnue comme seule robe « officielle ».
 
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Vache à robe barrée.
 
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Vache à robe barrée mouchetée.
 
Ÿ robe à flancs colorés : comme son nom l’indique, les flancs sont marqués d’une tache latérale. Celle-ci peut être continue – on parle alors de robe bregniée, soit fractionnée, ce qui constitue la robe poudrée. Dans ce dernier cas, les marques colorées peuvent être quasi absentes, l’animal pouvant apparaître blanc.
 
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Vache à robe à flancs colorés breignée.
 
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Vache à robe à flancs colorés poudrée.
 
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Vache à robe à flancs colorés poudrée. Cette robe rappelle nettement celle de la Vosgienne.
 
 Pour le reste, c’est une race de bonne taille (moyenne 1 m 39 pour les vaches), mais plus petite que sa cousine la Salers. Elle possède des muqueuses brun-rosée ou jaunâtres. Les cornes blanches, avec extrémité foncée, sont horizontales, un peu en avant d'abord, puis elles se relèvent et sont contournées légèrement en arrière. Elles rappellent un peu celles de la Salers.
 
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Vache à robe pie-noir (type bregnié). Là encore ce type d’animal évoque la race vosgienne.
 
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Vache à flancs colorés avec son veau quasiment blanc.
 
Une très bonne vache a failli disparaître…
La Ferrandaise est typiquement une race mixte. C’est-à-dire qu’elle a des aptitudes pour le lait mais aussi pour la viande. De même était-elle utilisée autrefois pour la traction animale. Ses heures de gloire, elle les connait au début du XXe siècle puisque l’on ne dénombre pas moins de 200 000 têtes dont 100 000 vaches. La race diminue néanmoins peu à peu, et il en reste  147 000 têtes en 1932 et 129 000 pendant la Seconde guerre mondiale. C’est au sortir de celle-ci que la race commence à péricliter. L’abandon progressif de la traction animale et les campagnes de prophylaxie vont lui être fatals. De plus, dans la période dite des « Trente glorieuses », on la croise soit avec la Pie-Rouge de l’Est de l’époque, soit avec des Montbéliardes et des Frisonnes (les futures Holstein) pour accroître la production de lait. D’autres la croisent avec la Charolaise à des fins de boucherie. Tout ceci ne lui réussit pas. La chute dans les années 1960 s’accélère, avec 42 800 animaux en 1962. Tout va alors très vite.
 
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Type de bonne laitière.
 
Ce n’est qu’à la fin des années 1970, avec Laurent Avon (alors à l’Institut technique de l’élevage bovin), accompagné par le Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne, qu’un travail de recensement et de conservation de semence est engagé. Mais les effectifs vont se réduire à 150 vaches au début des années 1980, surtout des animaux âgés et se reproduisant mal. Epaulés par des éleveurs qui veulent eux aussi conserver coûte que coûte, cette race, les effectifs remontent alors progressivement. On compte à présent plus de 1 600 femelles (chiffres 2012).
 
Sur la voie du renouveau
D’une quasi disparition, la Ferrandaise remonte donc la pente, même si les effectifs restent modestes. D’abord, la race a gardé un bon potentiel laitier. Il faut dire qu’elle est à la base d’un certain nombre de fromages comme la fourme d’Ambert, la fourme de Montbrison, le bleu de Laqueuille et la fourme de Rochefort. De même participe-t-elle à la fabrication du fameux Saint-Nectaire. Pour valoriser davantage le lait encore, certains éleveurs envisagent de créer un fromage à partir du lait de la Ferrandaise. A suivre…
La race est aussi allaitante. Elle fournit notamment des veaux de lait blancs et aussi des veaux rosés de grande qualité. La viande de la Ferrandaise est excellente. A Paris, un restaurant près du Panthéon, bien nommé « la Ferrandaise » propose de la viande de cette race à sa carte.
 
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Troupeau de vaches à robe barré homogène (élevage Prugne).
 
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Mais la Ferrandaise, c’est aussi cette diversité de robes (photo L. Avon).
                                                                                     
Rustique, polyvalente, bien adaptée à sa région, parfaite pour être valorisée en circuit court, superbement habillée, la Ferrandaise, si elle revient de loin, a su prendre le virage du XXIe siècle avec brio. Elle est sans doute sauvée, mais elle ne s’arrêtera pas là, et il faut espérer à présent qu’elle attire de plus en plus de gens
 
 La Ferrandaise a eu récemment droit au JT national voir ici
 
Merci à Jean-François Ondet pour son accueil chaleureux sur son élevage (d'où provient bon nombre de photos).
Pour en savoir plus sur la Ferrandaise voir : http://www.associationlaferrandaise.com/
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Usine à vaches ?

Publié le par lesbiodiversitaires

Alors que l’on plaide de plus en plus pour une agriculture raisonnée, soucieuse de qualité et proche du consommateur, il y en a encore qui prônent l’industrialisation à outrance de la production laitière. Exemple.

En Picardie, se prépare un projet de ferme-usine géante qui devrait abriter près de 500 vaches laitières (et autant de génisses), peut-être le double à terme... Ce projet, unique en France par sa dimension, risque d'être le premier d'une série plus ambitieuse qui mettra en péril toute la filière laitière traditionnelle.

Tout a commencé en juillet 2011. Malgré le choix de la période estivale, l'enquête publique a rapidement mobilisé la population qui a exprimé son refus sur les cahiers de doléance en mairie. Dès le début, les riverains ont signalé leur inquiétude face aux nuisances diverses mais rapidement l'opposition a pris une autre dimension. Il est en effet apparu que ce projet est condamnable pour de nombreuses raisons qui débordent largement le cadre local. Sans compter les risques inhérents à la pollution des sols.

Pour organiser la bataille, une association a été fondée. Ainsi est née NOVISSEN, acronyme pour "Nos villages se soucient de leur environnement" mais aussi "Nos Vies Saines".
Forte de ses 1 850 adhérents, l'association a largement alerté autour d’elle pour s'opposer au projet, à la grande surprise de son promoteur et des élus plus ou moins complices. NOVISSEN a manifesté plusieurs fois à Abbeville, Amiens, Bruxelles et s'apprête à le faire à Paris pendant le salon de l'agriculture (le 3 mars très exactement).
Le dossier est désormais sur le bureau des ministres de l'environnement et de l'agriculture.

Pour en savoir plus sur le projet et ses opposants voir link

Voir également la vidéo :

 
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La poule comme compost : prenez des races à petits effectifs !

Publié le par lesbiodiversitaires

La poule comme compost, pour diminuer les déchets alimentaires, est à la mode. On recense plusieurs cas de communes qui proposent aux habitants d’adopter une poule. Oui mais quelle poule ?
 
oeufsL’idée ? Diminuer les déchets de façon écolo, faire des économies d’argent et de temps aux communes qui auront beaucoup moins de déchets à traiter, et permettre aux gens de retrouver le bonheur des œufs frais.
 
En soi, l’idée est formidable. Dernière initiative en date : la communauté de commune du canton de Podensac.   
 
Deux choses tout de même : aussi coriace que soit une poule, elle nécessite un minimum de règles et d’entretien pour vivre en bonne santé. Ce n’est pas un gadget vivant. C’est un animal sensible. Attention donc à bien informer les futurs propriétaires de poules des soins nécessaires à leur apporter. Attention aussi à ne pas donner une poule à n’importe qui, à des personnes peu responsables. Les gens ont toujours un peu tendance à tout se permettre avec les poules, au motif que ce serait un animal débile (ce qui est faux, voir l’article Vidéos de poules : pas si bêtes !). Avoir un animal, c’est un engagement et une responsabilité, et ce même si cet animal est une poule. Compost sur pattes, certes, mais compost vivant…
 
Ensuite, dans ce genre d’opération, les poules proposées à l’adoption sont de type industriel (des usines à pondre). Là encore, attention… les poules industrielles, outre qu’elles ne sont pas très belles, n’ont pas la rusticité des races anciennes. Elles sont conçues pour produire des œufs dans des systèmes barbares, mais elles sont moins résistantes aux maladies. Elles pondent plus d'oeufs au début, c'est vrai, parce qu'elles sont poussées à l'extrême, mais elles ne savent même plus couver. Pourquoi ne pas profiter de ce type d’opération pour proposer aux gens les races à petits effectifs locales ?
 
coq landais - ER
Coq de race landaise.
 
Vers Podensac, il y a la poule landaise qui est en grand danger de disparition. Prenez des poules locales, plus rustiques, mieux adaptées ! De la Coucou de Rennes en Bretagne, de la Noire de Challans en Vendée, de la Marans en Charente-Maritime, de la Cotentine en Normandie, du Coq de pêche du Limousin, de la Géline de Touraine, ou même tout simplement de la Gauloise dorée, « la » race française, elle aussi à petits effectifs. Il y a plus d’une quarantaine de races différentes en France ! Toutes plus jolies et rigolotes les unes que les autres ! L’embarras du choix !
 
Alors un petit effort, allez au bout de la démarche environnementale et profitez-en pour préserver la biodiversité domestique. C’est vraiment bien que les poules reviennent dans les campagnes. Mais prenez des races à petits effectifs !
 
Houdan - coq 1909
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Quelques nouvelles de Grosse Cott

Publié le par lesbiodiversitaires

Parmi les messages que l’on reçoit parfois via le blog, des lecteurs de Tout pour ma poule demandent comment va Grosse Cott. Quelques nouvelles, donc, de cette maîtresse poule.

 

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Grosse Cott, Noire de Challans troquée en Vendée contre des livres, a achevé sans encombre sa mue automnale il y a quelques semaines.

C’est une vieille mémé poule de 6 ans. Elle a pondu ce printemps, avec la plus grande parcimonie, en tout et pour tout, une toute petite dizaine d’œufs. Ça n’a pas dû trop la fatiguer !

Bien entendu, elle continue de faire la loi dans le poulailler, et a affiné ses attaques perfides envers ses congénères. Devant une graine convoitée, elle pique sournoisement ses copines aux pattes pour les faire déguerpir. Et si l'on en croit l’abominable booooot ! de douleur de celles qui se font pincer, ça doit faire très mal.

 

Bref, Grosse Cott est égale à elle-même : toujours aussi coriace.

Les années qui passent ne remettent pas en cause la hiérarchie du poulailler.

Poulette, sa fille, reste le second lieutenant. Les deux orpingtons, tout en plumes, continuent de faire front à deux. Et Plumette, la marans aux œufs d’or, est tout en bas de l’échelle. Paradoxalement, c’est elle qui mange le plus. Telle une kamikaze, elle se fiche pas mal des remontrances de ses congénères : elle se jette dans la mêlée et mange 90 % des gourmandises qu’on leur apporte. Les autres peuvent bien se mettre à 4 contre 1, rien n’y fait, c'est la plus rapide. Plumette a une technique de combat imparable : elle leur donne des coups d’aile sur les côtés comme on donnerait des coups de coudes. Et elle avale tout frénétiquement sans se poser de questions. Puis elle s’enfuit et laisse les 4 autres furieuses et pantoises.

 

Grosse Cott dans ses grands jours rassemble toutes ses forces de grand-mère poule et, tel Maître Yoda, lui fait une prise de karaté. Un tourbillon de plumes et de cris, impossible à prendre en photo. C’est un vrai pit-bull, elle ne lâche sa prise qu’avec une plume de sa victime dans le bec. Après cette méchante peignée, Plumette s’en va se cacher quelques instants derrière les arbres pour se faire oublier. Mais de toute façon, à part soulager les nerfs de Grosse Cott, cette déferlante de brutalité n’est d’aucune utilité : Plumette a déjà mangé tout le meilleur. C’est trop tard. Et comme c’est une tête de bois, elle recommencera dès la prochaine fois.

Mais la plupart du temps, tout se passe harmonieusement dans le petit monde du poulailler. C’est seulement quand des croûtes de fromage ou de la couenne de jambon sont en jeu qu’on assiste à ce genre de dérives. Les poules ne sont pas des adeptes de la non-violence, autant le savoir.

 

A cette saison, n’oubliez pas de leur donner du chou, ça leur fera un peu de verdure et le décortiquer les occupe bien. Par contre, ne faites pas la fatale erreur de le leur lancer tel un ballon de rugby. Elles n’apprécient pas du tout l’atterrissage brutal d’un chou dans leur jardin et s’enfuient en hurlant, puis mettent des heures à approcher, l’air très soupçonneux, cette chose tombée du ciel.

  

Et ne vous inquiétez pas si elles s'arrêtent de pondre avec les mauvais jours. Comme disait la voisine d'un copain ornitho : "Oh bé mes poules... elles pondent plus, elles ont le cul gelé !"

 

Poulette - Elise Rousseau

Pour vos soirées d'hiver, voir l'épisode de Kaameloot : Feue la poule de Guethenoc, très dans l'esprit Grosse-cottien.

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Chevaux et cavaliers de Mongolie

Publié le par lesbiodiversitaires

Pour qui est cavalier et aime les chevaux de caractère, se rendre en Mongolie est comme l’aboutissement d’une longue quête. Là-bas vit l’une des races les plus emblématiques d’Asie, et des plus importantes du monde équestre, le cheval mongol. Et une nation entière de cavaliers.
 
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Demandez à un Mongol s’il est cavalier. Vous verrez un sourcil surpris se lever légèrement. Quelle question ! Bien sûr qu’il est cavalier ! Il ajoutera même, une fois sur deux : très bon cavalier. Sans fausse humilité ni fanfaronnades. S’il le dit, c’est certainement vrai. Les Mongols sont bouddhistes. C’est un peuple aux valeurs simples, droites, qui va à l’essentiel. Des sages du quotidien, souvent souriants, avec de ces regards qu’on ne croise plus si souvent dans l’Occident stressé, porteurs d’une sérénité et d’une vraie attention à l’autre.
 
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Un peuple d’éleveurs
Bouddhistes peut-être, mais pas complètement détachés des passions terrestres… Car les Mongols ont une passion dévorante. Les chevaux. Une nation entière de cavaliers, d’éleveurs, d’entraîneurs, de buveurs de lait de jument, et plus de 2 millions de chevaux. Et quels chevaux !
Ils ont marqué l’histoire du monde, sous la selle de Gengis Khan. C’est grâce à leur endurance à toute épreuve que le conquérant mongol a pu, au XIIe siècle, grâce à ses infatigables cavaliers, établir le plus vaste empire que la Terre ait jamais porté.
 
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 Mongol se rendant à sa yourte, dans la montagne. Les cavaliers montent souvent à cru, en simple licol.  
 
Pour sûr, ce n’est pas avec nos selles français – aussi haut qu’ils puissent sauter - que Gengis Khan aurait pu conquérir la moitié du monde, qu’il vente ou qu’il neige.
Car le froid, le cheval mongol n’en a cure. Il essuie des hivers à moins 40 degrés. Et la sélection naturelle est implacable : les poulinières qui ne sont pas assez résistantes avortent. Les Mongols ne complémentent pas leurs chevaux durant l’hiver glacial. Ils se débrouillent seuls, comme depuis la nuit des temps.
Un éleveur de chevaux de course mongol serait sans doute abasourdi de se promener en hiver en France, et de voir une bonne partie de nos grands dadais de chevaux emmitouflés jusqu’aux oreilles de couvertures à pois roses par des cavalières anxieuses, par des températures qui, en Mongolie, correspondraient à un temps hivernal clément. Étonné aussi de voir ces mêmes chevaux se goinfrer de carottes, de pommes et de céréales que les Mongols considèreraient bien plus appropriés à un repas humain. Ne parlons même pas des bonbons pour chevaux… Notre Mongol nous jetterait sans doute un petit regard en biais. Il ne dirait rien parce qu’il est poli. Mais n’en penserait pas moins.
 
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      Entraîneur et éleveur mongol, attendant l'arrivée d'une course. 
 
ll existe cependant un endroit de France où notre Mongol ne serait pas trop dépaysé. En Camargue. D’abord, parce que les Mongols trouvent que le cheval camargue ressemble à s’y méprendre à leurs chevaux. Ce n’est sans doute pas un hasard si d’anciennes théories ont avancé que les camargues trouveraient une partie de leurs origines chez les chevaux mongols. Ils ont en commun une grosse tête et une sacrée rusticité. Ensuite, parce que si les Mongols adorent les courses de chevaux, ils connaissent également parfaitement l’équitation de travail. Il faut les voir, au soleil couchant, rassembler les chèvres et les moutons à cheval.
 
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     Les Mongols sont un peu loin pour participer aux épreuves d'équitation de travail... Dommage !    
 
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Des chevaux libres
Les chevaux mongols ne se laissent pas caresser. On n’a pas élevé les cochons ensemble. Pas du genre à se laisser acheter par quelque humain que ce soit. Quand on demande pourquoi aux Mongols, ils ont un peu de mal à comprendre notre interrogation. Passer son temps à cajoler les chevaux, ça encore, ce n’est pas vraiment dans les mœurs. « Mais… parce que ce sont des animaux farouches », répondent-ils. « Ils vivent en liberté ». « Et nous en avons tellement ». Il n’est pas rare qu’un cavalier possède une dizaine de montures, si ce n’est plus. Pourquoi possédez-vous autant de chevaux ? Pour la viande ? Pas vraiment. Les Mongols mangent du cheval, à l’occasion, mais leur viande de base reste le mouton, le bœuf. Pour les courses ? Pas toujours. Pour le lait de jument alors, qui permet de faire l’araïk, la boisson nationale ? Oui, mais pas que. Alors pourquoi ? Une seule réponse revient, inlassablement, comme une évidence : « Pour le plaisir ».
 
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Il arrive que les Mongols gardent des chevaux jusqu’à une trentaine d’années, quand ce cheval a eu une place particulière dans la famille, une histoire à part, quand il a initié tous les enfants à l’équitation. Mais en règle générale, les chevaux sont tués quand ils vieillissent, et les plus faibles meurent lors d’hivers trop rigoureux. Les nomades mongols ne sont pas riches. Et si leur rapport aux chevaux est passionné, il n’est pas affectif.
 
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Mais qui respecte le plus le cheval ? Celui qui le monte à la rude, qui le fait galoper à bout de souffle dans la steppe, mais qui le laisse vivre toute sa vie dans des plaines immenses, dans de vastes troupeaux, parmi les siens ? Qui le laisse rester pour toujours un animal « farouche et libre » ? Ou celui qui le chouchoute comme un enfant mais l’enferme dans un box à longueur de journée et lui prend la tête dans des manèges sans horizon ? Nous n’avons vu aucun cheval tiquer en Mongolie. Aucun cheval au regard fou. Ils n’ont pas de foin l’hiver, pas de bonnet sur la tête, pas de caresses, pas de bonbons, mais ils sont libres. Et à les voir trotter à l’horizon, se baigner dans les lacs, se rouler dans la poussière... il semble que cette liberté-là n’a pas de prix.
 
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La vache Bretonne pie-noir en a vu de toutes les couleurs

Publié le par lesbiodiversitaires

La race bovine Bretonne pie-noir est une figure emblématique de la biodiversité domestique de cette région : petit format, belles cornes en lyre et robe blanche et noire – gwenn ha du – aux panachures régulières. Mais il n’en a pas toujours été ainsi…
 
Jusqu’au début du XXe siècle, lorsque l’on regarde des photos de cette époque, on note, dans les troupeaux de vaches Bretonnes pie-noir, des animaux qui, visiblement, n’ont pas la robe actuelle, noire et blanche. Celle-ci est définie en même temps que la création du herd-book de la race en 1884, comme étant noire et blanc, le noir et le blanc également répartis, avec une « écharpe » blanche descendant au niveau des épaules et une « ceinture » au niveau des hanches. Le ventre et les membres sont également blancs, tandis que la tête est noire avec une « étoile » blanche au front. Voilà pour la définition.
 
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Vache Bretonne pie-noir parfaitement dans le standard avec son « écharpe » et sa « ceinture »
blanches sur les épaules et les hanches, encadrant une large tache noire (années 1930).
 
Sur le terrain, au tournant du XXe siècle, la réalité est un peu différente. Si la Bretonne pie-noir est bel et bien reconnue, il existe une autre race, la Bretonne pie-rouge, appelée également Pie-rouge de Carhaix ou Carhaisienne, de taille un peu supérieure à la Pie-noir, mais avec la robe rouge (plus ou moins foncée) et blanche, et une (plutôt) égale répartition des coloris. Cette race, très proche de la Pie-noir, a disparu après la Seconde guerre mondiale, après s’être fondue, en grande partie, dans l’actuelle race Armoricaine, par croisement avec la Durham (aujourd’hui Shorthorn) et, secondairement avec des animaux qui donneront plus tard la Froment du Léon. La Bretonne pie-noir se rencontre alors plutôt au sud d’une ligne reliant Crozon à Rennes, tandis que la Bretonne pie-rouge se rencontre au nord de cette ligne.
 
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Vache de race Bretonne pie-rouge (Finistère vers 1917).
 
Une grande diversité
Si la robe pie à panachure large et régulière est la norme, on trouve toutefois une grande variété de motifs. Ainsi la panachure irrégulière n’est pas rare au début du XXe siècle. Les animaux peuvent avoir une robe « fleurie » - où se côtoient de grandes taches avec une multitude de petites taches dispersées sur la robe. De même, certaines robes sont totalement constituées de petites taches et réalisent alors une panachure complètement irrégulière. D’autres sont presque rouan (mélange de poils roux et blanc), signant sans doute là une influence de la race durham.
De rares sujets possèdent des flancs colorés de type « bregnié » (c’est-à-dire une large tache latérale continue). Wernert (1896) signale une grande diversité de robes, avec aussi des animaux totalement noirs, rouges ou fauves mais aussi complètement blancs. Des animaux sont également pie-gris (ou pie-étourneau), notamment dans la région de Quimper, et autour de Rennes, mais dans ce dernier cas, il s’agit de bovins croisés avec la Durham (et peut-être la Normande). On est donc bien loin de l’uniformité de la robe pie-noir !
 
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Bœuf Breton pie-noir, à la robe largement noire (Loire-Atlantique, 1857).
   
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Vache Bretonne pie-noir allaitante à robe majoritairement noire
(élevage André, Pédernec, Côtes d’Armor, 2010).
 
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Taureau Breton pie-noir montrant une robe majoritairement blanche
avec des panachures noires irrégulières (Finistère, 1855).
 
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Vache Bretonne pie-noir laitière à robe majoritairement blanche et panachures noires régulières
(élevage des Sept Chemins, Loire-Atlantique, 2012).
 
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Vache Bretonne pie-noir à robe à panachures irrégulières et sans « écharpe » ni « ceinture » (1858).
 
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Autre exemple de Vache Bretonne pie-noir à panachures irrégulières.
Beaucoup d’animaux sont de ce type au début du XXe siècle dans le Morbihan.
 
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Vache Bretonne pie-noir à robe largement noire et sans « étoile » blanche au front (Ille-et-Vilaine, 1855).
 
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Vaches Bretonnes pie-noir du début du XXe siècle.
Remarquer les grandes cornes en lyre et en croissant pour celle de droite.
 
Robes variées : une ou plusieurs races ?
On a fait des Bretonnes pie-noir et pie-rouge deux races distinctes. Mais il faut reconnaître qu’hormis la couleur de la robe et une conformation un peu supérieure chez la Pie-rouge, les animaux se ressemblaient beaucoup. Certains auteurs, comme de Lapparent (1917) s’interrogeaient déjà sur le fait de savoir s’il ne s’agissait peut-être pas d’une simple variété. Mais la Pie-rouge a été exclue de la race Pie-noir au moment de la création du livre généalogique de cette dernière. C’est pourquoi son propre herd-book a été fondé en 1910. Tandis que la Pie-noir résiste bien aux croisements, notamment avec la Durham, la Pie-rouge, du fait d’une proximité de robe, sera préférentiellement choisie pour ce type de croisement.
Les animaux au pelage uni noir ou fauve ont fait l’objet d’une étude récente (Dubois et Avon 2011). On les rencontrait surtout dans le nord des Côtes d’Armor. Il est probable qu’il s’agisse de ce que l’on appelait localement la « Brune de Guingamp » et qui était une variété (une race ?) proche de la Canadienne actuelle, mais également de la Froment du Léon.
 
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Vaches de type « Brune de Guingamp » à robe uniformément noire (fauve foncé)
(Saint-Brieuc, côtes d’Armor, 1907).
                                                     
De même, des vaches à robe rouge et tête blanche avec des  « lunettes » aux yeux, vivants dans le nord de la Bretagne, sont-elles aussi des animaux représentant peut-être les vestiges occidentaux de l’ancienne race Mancelle, aujourd’hui disparue (Dubois et Avon, op. cit.).
Il faut noter enfin que l’on remarque également des animaux à la robe quasiment ou totalement blanche. Que sont ces animaux et que représentent-ils ?
 
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Vaches à robe uniformément blanche. Sont-elles croisées et si oui avec quelle autre race ?
(Plestin-les-Grèves, Côtes d’Armor, années 1920).
 
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Cet agriculteur possède une vache noire et une vache blanche – gwenn ha du. De quelle race sont-elles ?
(Primel, Finistère, début du XXe siècle).
 
Croisement ou race pure ?
La grande diversité de patrons de robes évoquée précédemment pose la question suivante : s’agit-il d’une variation ancienne au sein de la race Bretonne pie-noir ou bien cette diversité est-elle le résultat de croisements effectués dans la seconde moitié du XIXe siècle et au tout début du XXe siècle ?
Si l’on s’en tient à Wernert (1896), on rencontrait donc en Bretagne des animaux sous une variété importante de robes et pas seulement pie-noir avec des panachures régulières. En revanche des auteurs comme Diffloth (1905) évoquent des croisements entre Bretonne pie-noir (et pie-rouge) et d’autres races. Il cite notamment des croisements Breton x Jersiais et Breton x Normand dans le nord de la Bretagne et ce de façon régulière. De même, remarque-t-il le manque d’homogénéité des animaux dans les foires de Quimper ou de Quimperlé ; hétérogénéité que l’on décèle d’ailleurs bien sur les photos anciennes. Le croisement Breton x Durham semble, selon lui, être aussi régulièrement pratiqué aussi bien dans le nord que dans le sud de la Bretagne, de même que les croisements Breton x Durham x Jersiais. Cependant la vache Jersiaise était une « vache de riche » et il est assez curieux que les petits éleveurs aient eu les moyens de s’offrir un animal qui coûtait cher. Enfin des essais de croisements Breton x Ayrshire (race écossaise) et Breton x Ayrshire x Durham ont été effectués à la fin du XIXe siècle, mais ils semblent être restés limités autour de la ferme de Grand-Jouan, Loire-Atlantique, sous l’impulsion de M. Rieffel (de Dampierre 1851).
 
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Bœufs au marché de Pontivy, Morbihan (début du XXe siècle).
L’animal au premier plan, sans doute Pie-rouge, présente une robe à panachures irrégulières,
rappelant un peu la Durham.
    
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Troupeau de vaches près d’Auray, Morbihan, début du XXe siècle.
On note la grande hétérogénéité des robes avec des animaux pie-rouge et d’autre pie-noir.
Alors une seule et même race ou influence d’autres races sous l’effet du croisement ?
 
Il est clair que dans le nord, mais aussi le centre de la Bretagne, le bétail a montré une hétérogénéité de robes jusqu’au début du XXe siècle. Cela tient au fait qu’il y avait plusieurs races ou variétés qui coexistaient mais aussi parce qu’il y a eu des croisements, notamment avec la Durham, croisement qui ont été  précocement condamnés (Douglas 1867).
 
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Vache peut-être croisée Bretonne x Durham. Elle a une conformation et la forme des cornes
qui rappelle cette dernière race. La tête est entière sombre, sans « étoile » au front
(Larmor-Baden, Morbihan, début du XXe siècle).
 
En revanche, le sud de la Bretagne (sud du Finistère, Morbihan), aurait été davantage tenu à l’écart de ces croisements (Quéméré 2006). Pourtant, l’examen de photos du début du XXe siècle montre que dans cette partie de Bretagne également, les robes peuvent être parfois très hétérogènes. Alors influence de croisements ou variation ancienne de robes chez la Bretonne pie-noir ? Le mystère reste, pour le moment entier.
Ce que l’on sait aujourd’hui c’est qu’en race Bretonne pie-noir, il y a encore une variation naturelle de robes. Ainsi environ 1% de veaux naissent « pie-rouge ». Il existe également une forme pie-grise (glazig) chez cette race, couleur de robe autrefois très recherchée ! De même certains animaux montrent des teintes rousses dans le noir de leur robe.
 
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Vache Bretonne de couleur pie-gris, peinte J-R. Brascassat (vers 1850).
 
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Taureau Breton pie-noir de couleur grise ou bleue dite glazig
(élevage André, Pédernec, Côtes d’Armor, 2010).
 
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  Vache Bretonne pie-noir présentant une teinte gris-roussâtre
    (Salon de l’agriculture, 2011, animal originaire du Morbihan).
 
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Vache Bretonne pie-noir (souche Dahiez) avec une teinte brun-gris.
A noter le pourtour du mufle blanc, comme l’avait parfois les vaches de cette race au début du XXe siècle
(élevage Le Ho, Saint-Michel-et-Chanveaux, Maine-et-Loire, 2012).
 
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Vache Bretonne pie-noir  type « pie-rouge » (1% du cheptel), Bretonne pie-rouge ou croisé.
Difficile de se prononcer car l’animal a été photographié au début des années 1960,
lorsqu’il devait encore rester quelques Bretonnes pie-rouge (Tronoën, Finistère, photo J. Dubois).
 
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Vache Bretonne pie-noir de type « pie-rouge » (souche Dahiez).
A noter que l’animal à quelques bringeures
(élevage Le Ho, Saint-Michel-et-Chanveaux, Maine-et-Loire, 2012).
 
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  Veau Breton pie-noir de type « pie-rouge » (souche Dahiez)
(élevage Le Ho, Saint-Michel-et-Chanveaux, Maine-et-Loire, 2012).
 
Références
Ÿ de Lapparent E. (1851). Races bovines de Bretagne, de salers, d’Aubrac et du Limousin. Journal d'Agriculture pratique 1851 : 5-9 (3eS, Tome III).
Ÿ de Lapparent H. (1917). La race bovine bretonne pie-rouge. Journal d'Agriculture pratique 1917 : 122-123.
Ÿ Douglas J.-C. (1867). Sur le croisement de la race bovine de la Basse Bretagne. Journal de l'Agriculture 1867/4 : 800-803.
Ÿ Dubois Ph. J. et Avon L. (2011). Sur l’existence possible de populations bovines bretonnes oubliées. Ethnozootechnie 90 : 81-88.
Ÿ Quéméré P. (2006). La Bretonne Pie Noir - Grandeur - Décadence – Renouveau. Editions France Agricole, 192 p.
Ÿ Wernert A. (1896). Les vaches de race bretonne - les bœufs bretons : étude pratique. Imprimerie A. Michel, Paris.
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Vaches et yaks de Mongolie : les bovins de l’extrême

Publié le par lesbiodiversitaires

Un voyage naturaliste en Mongolie courant juin nous a permis de nous informer sur le bétail mongol – particulièrement chevaux et bovins. Aujourd’hui, zoom sur ces bovins qui sont capables d’endurer des conditions environnementales très sévères et d’endurer des écarts de température considérables.
 
En Mongolie, si les vaches fréquentent la steppe, les yaks sont également présents dans les zones de montagnes. Ainsi deux types de bovins se côtoient dans ce pays trois fois grand comme la France.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la capacité d’adaptation du bétail à des conditions climatiques extrêmement rudes. En effet, à quelques exceptions près, les animaux vivent 365 jours dehors, sans le moindre apport alimentaire par l’homme. L’hiver, la température descend allègrement à -30°C, tandis que l’été, dans le désert de Gobi, elle monte facilement à 40°C. Soit un écart de 70°C que le bétail supporte. Il y a sans doute peu d’animaux domestiques qui, de par le monde, peuvent vivre avec des écarts de température aussi importants !
 
Vaches mongoles
Le bétail mongol est issu du type dit Tourano-mongol qui regroupe des races que l’on rencontre des bords de la Caspienne au nord-ouest de la Chine et au sud de la Sibérie. Les animaux se caractérisent par un squelette anguleux et des cornes qui poussent à la verticale et sont parfois en croissant. Les races Yakoute (nord Sibérie), Kalmouk (sud Russie et autour de la Caspienne), Kirghize et Kazakhe sont proche de la race Mongole. En Chine, d’autres races appartiennent au même groupe de bétail comme la variété Ujumqin et l’HalhïnGol. De même la race Hazake, du Xinjiang (nord-ouest de la Chine, représente le type transitionnel entre bétail kazakhe et bétail mongol. La race Mongole proprement dite se rencontre en Mongolie, mais aussi dans la province de Mongolie intérieure, en Chine.
 
Le gabarit de la race Mongole est variable et dépend de son environnement : animaux graciles et légers en zone méridionale et désertique (Gobi, etc.), ou mieux conformés et plus grands dans la partie nord et est du pays (steppe moins désertique, alpages, forêts). Les vaches pèsent entre 280 et 400 kg, tandis que les taureaux atteignent 550 à 600 kg. En région désertique, les vaches ne dépassent parfois pas 1,10 m. La race mongole, très rustique est une race plutôt tardive (première gestation à partir de 2 ans). Il faut parfois 7 à 8 ans pour qu’un animal atteigne sa taille adulte. Ce n’est pas une grande laitière et, en race pure, elle donne entre 500 et 600 kg de lait par lactation. Comme le yak, la vache mongole est capable de se nourrir de très peu en hiver, de perdre un poids considérable, puis d’en reprendre très rapidement dès le retour du printemps.
 
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Groupe de vaches de race Mongole (taureau à droite).
Remarquer la variété des robes et la forme des cornes, verticales.
 
La couleur de la robe de la race Mongole est très variable. Généralement, les animaux ont souvent une robe brun rouge, mais d’autres coloris sont rencontrés comme le noir, le froment-jaune, le pie (noir, rouge), de même que l’on rencontre régulièrement des robes bringées, voire même tigrées. La robe ceinturée (belted) est également régulière. Les cornes sont fines et longues, verticales et parfois en croissant.
 
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Vache Mongole à robe tigrée (très bringée).
 
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Vache à robe ceinturée.
 
Les effectifs des bovins sont assez fluctuants à l’image de celle du cheptel mongol. En effet, les hivers très froids peuvent décimés les effectifs. Ce fut le cas de l’hiver 2009/2010 (le fameux dzud, avec des températures atteignant -50°C !) où l’on est passé de 44,02 millions d’animaux, toutes espèces confondues à 32,73 millions, soit une perte de 26% du cheptel !
Les bovins constituent environ 6,6 % de ce dernier, soit, en 2011, 2,4 millions de têtes dont 700 000 yaks. Pour comparaison, il y a en Mongolie (pour la même année) 280 000 chameaux, 2,11 millions de chevaux, 15,67 millions de moutons et 15,93 millions de chèvres.
Les bovins fournissent à eux seuls 40 % du total de viande et 80 % des produits laitiers.
 
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Vaches Mongoles de région semi-désertique.
 
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Vache Mongole de la région d’Oulan-Bator à constitution plus forte et taille supérieure.
 
Même si la race Mongole domine encore dans le pays, elle subit, ici comme ailleurs, les croisements améliorateurs avec d’autres races, principalement européennes. Ces croisements ont commencé en 1949 avec l’importation de Shorthorn. Depuis, d’autres races ont suivi et actuellement l’Angus, la Limousine, la Charolaise et la Simmental sont utilisées comme l’a été également la Holstein ou l’Hereford.
Les croisements fixés au fil du temps entre Mongole et races allochtones ont donné naissance à des races nouvelles avec notamment :
 
● la Mongole à tête blanche, appelée localement TsagaanTolgoit, issue de croisement avec l’Hereford. Elle ressemble à la Kazakhe à tête blanche.
 
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Vache Mongole à tête blanche (TsagaanTolgoit).
 
● la Mongole pie-noir, appelée Char (ou Shar) Tarlan, issue de croisement avec la Frisonne pie-noir et dont on retrouve une race tout à fait semblable en Chine.
 
● la Mongole brun-jaune (ou brune), appelée localement Bor Kalium, qui est le fruit de croisements avec la Brune (des Alpes) et que l’on retrouve en Chine sous l’appellation Brune du Xinjiang.
 
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Taureau mongol brun-jaune (Bor Khalium).
 
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Vaches croisés Mongole x Simmental.
 
Yaks mongols
A côté des vaches, on rencontre également les yaks, si étroitement liés aux hauts plateaux tibétains, mais aussi chinois, mongols, et sur l’ensemble de la chaine de l’Himalaya et jusqu’en Afghanistan et Kazakhstan. Ils sont issus du yak sauvage Bos grunniens, en général de conformation plus importante que les variétés domestiques, et qui ne vit qu’au Tibet où il est actuellement menacé (environ 15 000 animaux). En Mongolie, on les rencontre plutôt dans le nord du pays ou dans le sud, mais en zone montagneuse (Altaï Gobi). Les yaks paissent entre 1 500 et… 4 000m d’altitude (jusqu’à plus de 3 000m en Mongolie). Aucun autre animal domestique n’est capable de se nourrir à des altitudes aussi élevées. En hiver, il gratte la neige (présente jusqu’à 150 jours par an) pour trouver une maigre subsistance. Les femelles pèsent autour de 270-280 kg et les mâles 400 à 500 kg.
 
 
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Yak sauvage (source : Xinhua Photo).
 
L’utilisation du yak est multiple : viande, lait, laine, mais également comme animal de bât. Le nombre de yaks en Mongolie (le plus important pays après la Chine) est en diminution depuis les années 1940.
Comme pour la race bovine Mongole, la couleur de la robe des yaks est variable. Le noir (68,5% du total) et le brun (16,9%) dominent (le noir étant génétiquement dominant). Cependant on rencontre des animaux au pelage pie (souvent avec juste la tête blanche), mais aussi avec des robes grises. En Mongolie, la grande majorité des animaux sont acères (c’est-à-dire sans cornes).
 
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Troupeau de yaks dans la vallée de la rivière Tüyn (monts Khangaï).
 
Comme pour les vaches, il existe plusieurs « races » (ou variétés ?) de yaks en Mongolie. D’une part le Yak Khangaï (ou Hangaï) et d’autre part le Yak Altaï.
Le Khangaï – du nom de la chaine montagneuse du centre du pays – se rencontre surtout dans le centre et le nord du pays. C’est un animal robuste, de bonne taille et utilisé principalement pour la viande, le lait et le transport. La couleur de la robe est variable, mais ce yak se distingue par le fait que 90 % des animaux sont acères.
 
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Yaks Khangaï. Noter la conformation plus forte que chez le yak Altaï et l’absence de cornes.
 
L’Altaï vient, comme son nom l’indique de la chaine montagneuse qui court au sud du pays. Il est plus adapté que son cousin le Khangaï aux conditions climatiques extrêmes et il est typiquement inféodé à l’étage alpin. Chez cette « race », les robes noire ou pie-noir dominent. La majorité des animaux possèdent des cornes bien développées. Leur pelage est dense, avec de longs poils. Il est utilisé pour le lait et la viande, avec une prépondérance pour cette dernière, grâce à l’amélioration des animaux.
 
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Yaks Altaï à silhouette moins massive que la « race » précédente. Noter la présence de cornes,
qui n’est cependant pas systématique (photo : J.-M. Thibault).
 
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Yak Altaï et son veau (photo : Yvan Tariel).
 
Une femelle de yak donne en moyenne 560 à 740 kg de lait par lactation. Les produits laitiers du yak sont recherchés. Notamment le lait fermenté, qui donne soit un yaourt (le tarag), soit sous forme d’ « alcool de lait », appelé arkhi, qui n’est cependant pas aussi prisé que celui élaboré à partir du lait de jument (aïrag). La viande de yak possède moins de gras que celle du bœuf. Elle est d’un rouge profond, du fait de l’importante de l’hémoglobine et de la myoglobine dans les tissus. Les Mongols ne considèrent pas qu’il y ait une réelle différence de goût entre la viande bœuf et celle de yak. A l’heure actuelle, la viande de yak est plutôt consommée sur place car les circuits de distribution dans les régions reculées où il vit ne sont guère développés.
 
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Yak Khangaï utilisé pour la traction.
  
Comme pour la race bovine Mongole, les yaks sont croisés avec des vaches justement, pour améliorer les performances de l’animal. Ces hybrides sont appelés hainag en Mongolie (ce sont les fameux dzo au Tibet). L’effet hétérosis permet d’augmenter la taille, la production de lait (816 kg de lait en moyenne par lactation) et de viande, la capacité au travail, de même que la longévité. Cependant les croisements de seconde génération sont moins performants du fait de la perte de l’effet hétérosis. Parmi les races bovines choisies pour ces croisements, citons la Simmental, l’Alatau, l’Hereford et aussi, localement, la Mongole.
 
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Hainag (croisement yak x vache).
 
 
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Traite de vaches mongoles (photo : Matthieu Vaslin).
 
Bibliographie sommaire
  •  Cheng P. (1986). Livestock Breeds of China. Animal Production and Health. Vol. 46. FAO, Rome. 217p.  
  • Felius M. (1995).  Cattle Breeds : an encyclopedia. Misset, Doetinchem, 800p.  
  • Wiener G., Jianlin H. et Ruijun L. P. (2003). The yak. FAO, Bangkok.
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Vidéos de poules : pas si bêtes !

Publié le par lesbiodiversitaires

jeune orpington ER
 
D'abord, un grand merci à tous les lecteurs de Tout pour ma poule. Le livre, en rupture de stock, a dû être réimprimé en urgence après seulement deux mois de parution.
 
Ensuite, comme vous le savez si vous suivez ce blog, nous en avons assez d’entendre que les poules sont « bêtes » alors que ce sont des oiseaux très sensibles et plutôt vifs si on prend le temps de les observer un peu.
Aussi, mieux que des grands discours qui ne suscitent souvent que des sourires polis – sous-entendu « ils sont vraiment givrés avec leurs poules… », nous avons envie de vous faire partager quelques vidéos vraiment intéressantes sur le comportement des poules. Des expériences amusantes ont eu lieu, entre autres à partir de l’apprentissage au clicker training. Ça vaut le coup d’être vu !
 
Pour ceux qui ne voudraient pas regarder les autres vidéos, regardez au moins celle-ci (très courte et amusante) :
La poule a appris que la récompense est dans le pot vert : 
 
A voir aussi :
Quelques résultats d’expériences avec explications :
 
Une petite récompense, ça motive (vidéos courtes) !
 
Un peu plus long mais intéressant :
 
En anglais
Sur cette vidéo, un scientifique parle du système de communication complexe des poules. On peut y voir de belles images de coq bankiva (ancêtre de la poule domestique).
 
Bonus !
Les briquets de couleur
 
Encore des parcours (« chicken agility »)
 
Education de poule… qu’attendez-vous pour vous y mettre ?
 
Même les poussins y arrivent ! 
 
Avec une cloche…
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