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biodiversite domestique

Salers : la plus belle vache de France !

Publié le par lesbiodiversitaires

Elle a une classe incroyable, la Salers, avec sa haute stature, ses cornes en lyre ou en spirale, et sa robe acajou, au poil légèrement frisé.  Cette race des hauts plateaux auvergnats a, comme d’autres, connu des moments difficiles. Qui semblent aujourd’hui derrière elle…
 
La Salers est indissolublement liée aux monts d’Auvergne dont elle est originaire. D’aussi loin que l’on s’en souvienne, ce bétail a toujours habité cette région centrale de la France. Peut-être même que son aire originelle de répartition s’étendait-il au-delà.
  
Aux origines de la Salers
Quoiqu’il en soit, il court encore des légendes à son sujet. Comme le fait que les bovins de la grotte de Lascaux – probablement un aurochs local - seraient ses ancêtres, à cause des grandes cornes qu’ils possèdent également. Le zootechnicien Dechambre dit d’elle, au début du XXe siècle, qu’elle est la race des Celtes. Les récentes études moléculaires donnent une hypothèse toute autre : la Salers appartient au groupe des races alpines, tout comme ses voisines la Parthenaise, la Limousine, l’Aubrac ou encore la Villard-de-Lans ou la Tarentaise.
 
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Aire de répartition originelle de la race Salers et ses premières expansions à la fin du XIXe siècle.
 
Des animaux au pelage proche de la Salers sont déjà décrits au XVe siècle dans le sud-ouest du massif cantalien. De même, en 1792, Brieude distingue bien ce type d’animaux, mais c’est le zootechnicien Grognier qui, en 1822 donne la première description de la race de Salers. Cette dernière semble encore grossière, avec un corps épais et ramassé, une tête courte, un front large, un fanon pendant, mais déjà un pelage « rouge vif » et des cornes grosses, ouvertes et légèrement contournées en pointe. Puis c’est au cours du XIXe siècle que les premières améliorations concernant cette race sont entreprises, en particulier par Teyssandier d’Escous, un éleveur. Dès 1845, il entreprend un travail de sélection, élimine les sujets non conformes aux critères établis, instaure des campagnes d’hygiène et convainc les autres éleveurs de s’engager dans cette voie. En 1852, la race « auvergnate » devient officiellement race de Salers. Le herd-book (livre généalogique) est ouvert en 1908. La route du succès lui est alors assurée.
 
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Bœuf primé au concours général de Poissy en 1847. Nous sommes aux débuts de la connaissance de la race Salers au-delà de ses monts d’Auvergne. Sa notoriété va rapidement prendre de l’ampleur.
 
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Vache Salers et son veau vers 1855. Cette photo, prise par Adrien Tournachon, dit Nadar Jeune, sans doute la première de la race, a servi à de nombreux modèles d’illustrations, notamment dans le fameux atlas de Baudement de 1860. On voit déjà, la conformation de la Salers à cette époque, qui n’a finalement pas changé beaucoup, si ce n’est des formes plus amples.
                                        
 
Bête de labour
Dès cette époque donc, la Salers ressemble déjà fortement à ce qu’elle est aujourd’hui. C’est pourtant une race mixte, à la fois laitière et réputée pour le travail. Laitière, elle l’est moyennement, même s’il existe d’excellentes souches. Son nom est attaché au fromage éponyme et elle a été également beaucoup utilisée dans la région de fabrication du saint-nectaire. Pour le travail, sa réputation n’est pas usurpée. Vaches comme bœufs sont capables de travailler dans des conditions difficiles. Si bien que dès le XIXe siècle, on exporte la Salers un peu partout en France et que l’on voit souvent cette race, sur des documents photographiques anciens, souvent en compagnie de bœufs Charolais (Ile-de-France, Nord, Est, Centre-Ouest, sud du Massif central, etc.). De même sa viande connait rapidement un succès, même si elle n’a pas la notoriété des grandes races à vocation bouchère que sont la Charolaise, la Limousine ou ce qui va devenir la Blonde d’Aquitaine. Sa capacité d’engraissement est très bonne.
 
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Vaches attelées vers 1875-1880 dans le Puy-de-Dôme. La conformation de ces animaux, visiblement mal entretenus, est plutôt chétive, la taille reste modeste.
 
 
Des essais d’amélioration avec d’autres races – notamment anglaises - sont tentés dans la seconde moitié du XIXe siècle. Highland, Devon et l’incontournable Durham, sont utilisées. En vain…
 
Les années difficiles
Jusqu’à la Seconde guerre mondiale, la Salers connait une période faste. Ces qualités de travail ont fait sa réputation. Des améliorations ont été apportées, comme nous l’avons dit, en terme de production de viande. Quant à ses capacités laitières, on essaie de les améliorer également. L’image des burons de montagne de la Haute-Auvergne où l’on trait les vaches est une réalité constante avant de devenir une image du folklore touristique locale. La vache de salers est d’ailleurs extrêmement maternelle. Elle ne donne son lait que si le veau est à côté d’elle et qu’il a commencé à téter. Ce qui n’est pas toujours très simple pour l’éleveur.
 
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Beau troupe de vaches, descendant de l’estive, vers 1908. Remarquer la taille du cornage !   
 
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Au début du XXe siècle, les foires donnent lieu à des transactions importantes, comme ici à Aurillac, et bon nombre de bœufs partent vers le nord de la France où ils seront utilisés pour les labours et la traction.
 
Les choses se compliquent pourtant après la guerre. En effet, deux facteurs concourent à rendre la vie difficile à la Salers :
▪ d’une part, la fin de la traction animale porte un coup rude à toutes ces races de travail. L’exportation hors de l’Auvergne s’arrête et la race se recentre sur sa région d’origine.
▪ d’autre part, sur ses propres terres, la concurrence avec d’autres races plus laitières que la Salers (notamment la Montbéliarde et la Frisonne) entraîne une régression de ses effectifs.
 
Un tournant à négocier
Ceux-ci ont été relativement constants au cours du XXe siècle avec environ 500 000 têtes. Dans les années 1970, le nombre de vaches est d’un peu plus de 157 000 têtes. A partir des années 1980, les effectifs remontent et l’on considère aujourd’hui le nombre de vaches à environ 205 000 têtes, les 2/3 étant dans le berceau d’origine (Cantal, Puy-de-Dôme et Corrèze). Dès lors, deux rameaux vont voir le jour : le rameau viande et le rameau lait.
Le rameau viande est sans nul doute celui qui aura permis de sauver la race. Les vaches deviennent allaitantes pour la production de veaux et de broutards, soit en race pure, soit en croisements industriels avec des races comme la Charolaise, principalement. Le format de la race se modifie et les animaux deviennent plus lourds avec un corps assez parallélépipédique. Les vaches devenues de véritables « moules à veaux ». C’est un peu dommage pour la race, c’est primordial pour sa survie (voir l’article sur l’Aubrac qui a connu un peu le même sort).
 
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Vache croisée Salers x Charolaise.
 
L’autre rameau est le rameau laitier. Celui-ci a connu des heures vraiment difficiles. Au début des années 1980, 50 % des vaches de Salers étaient traites. Aujourd’hui, seuls 5 % des vaches appartiennent à ce rameau laitier. Celui-ci contribue à l’élaboration de fromages sous appellations AOC comme le cantal, le salers et le saint-nectaire. Autant dire que ce rameau reste fragile, vu les effectifs relativement faibles.
 
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Image d'un autre temps... La traite manuelle des Salers (années 1960). Aujourd'hui les vaches traites sont très minoritaires.
 
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Paire de bœufs Salers. Aujourd’hui ces animaux ne sont plus utilisés que lors de manifestations folkloriques ou de démonstrations de labourage (photo Peïre Thouy).
                                                                                                                        
Quel avenir pour la Salers ?
La production de viande a permis à la salers de se maintenir. Le croisement industriel, même s’il répond à des impératifs économiques, n’est pas forcément bon pour l’avenir de la race. Depuis 2004 cependant, un label rouge pour la viande de Salers a vu le jour. Dans le cahier des charges, il est précisé que cette viande doit être 100 % Salers. Ce qui permet de maintenir la Salers en race pure et de proposer une viande de qualité en respectant théoriquement les règle de l’élevage traditionnel.
Côté rameau laitier, un AOC existe également – « Tradition Salers » - qui garantit des fourmes de Salers fabriquées uniquement à partir du lait de cette race. Pour l’avoir goûté, on sent la différence ! Il est nécessaire de maintenir de rameau laitier et de mettre en avant les produits « 100% Salers ». Le consommateur est, de toute façon, de plus en plus demandeur de produits de qualité pour son alimentation.
 
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Beau taureau Salers actuel (photo Matthieu Vaslin).
 
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Vache de type actuel, bien conformée, Celles, Cantal, août 2011.
 
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Autre vache, celle-ci est déjà un peu plus lourde, a finalité nettement allaitante. Remarquer le toupillon de la queue blanc, typique de la race. Condat, Cantal, août 2011.
 
 
L’avenir de la Salers passe aussi par le maintien de l’intégrité de la race et que celle-ci qui puisse conserver ses cornes majestueuses. On ne peut qu’être désolé en voyant des animaux – qui s’exportent à présent dans 30 pays – dépourvus de cornes dans les grandes exploitations d’Amérique du Nord mais aussi (de plus en plus fréquemment ?) dans les campagnes françaises.
 
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Troupeau de Salers sur les hauts plateaux du Cantal, vers Allanche.
 
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Présence de la Salers « en plaine » est de plus en plus fréquente comme ici, le long de la vallée de l’Epte à la frontière entre l’Oise et le Val d’Oise.
 
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Les animaux du Salon de l’agriculture de Paris sont devenus de vrais « poids lourds » comme ces vaches qui pèsent ici entre 760 et plus de 800kg.
 
Encadré : la Salers noire
Le pelage de la Salers est acajou, mais régulièrement naissent des animaux à la robe noire. La légende veut que ces animaux soit plus laitiers que ceux à robe rouge, mais ceci n’est pas vrai. Certains éleveurs la considéraient comme porte-bonheur quand il en naissait une dans le troupeau. La corne noire des sabots est particulièrement solide, si bien qu’on ne ferrait pas les bœufs de Salers noirs. Au XIXe et au début du XXe siècle, on délaissait cette variété noire, car on voulait que la couleur acajou soit LA couleur de robe de la race. Sans la ténacité de quelques éleveurs qui ont conservé coûte que coûte cette variété, celle-ci aurait pu disparaître.
Un troupeau homogène d’une cinquantaine de bêtes existe à présent. Il est chez Marcel Matière, dans le Cantal, qui a patiemment sélectionné ses animaux. La demande est importante, notamment chez les éleveurs nord-américains et anglais, habitués à avoir du bétail de couleur noire. Voici peut-être un avenir pour cette variété de Salers ?
 
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Deux vaches Salers noires appartenant au superbe troupeau Matière.
                               
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Jeune Salers noire, Paulhac, Cantal, août 2004.
 
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La Salers noire est très prisée en Amérique du nord, mais elle a perdu ses cornes, ce qui gâche tout !
 
 
 
 
Encadré : Vergeade et Bessarde
En race Salers, certains animaux peuvent encore présenter des zones blanches sur la ligne du dos, le ventre et les membres. On les appelle « vergeades » et ils ont donc une robe de type « pinzgauer » (comme la race autrichienne Pinzgau). Il y avait autrefois une population dite « Bessarde »  que l’on trouvait dans l’Artense et le Cézallier. Ces animaux possédaient un robe panachée, des membres plus courtes et le poil n’était pas frisé comme la Salers. Il s’agissait d’une variété de la Salers qui faisait, en quelque sorte, la transition entre cette race et la Ferrandaise. Il est possible que les Salers « vergeades » actuelles puissent, en partie, descendre de cette population Bessarde.
 
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Vache Salers de type « vergeade », début du XXe siècle.
 
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Vache Salers de type « vergeade », monts du Cantal, 1991.
 
 
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Le poil de la Salers est légèrement frisé, caractéristique de cette race pleine de charmes ! 
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Le cheval Konik polski : une race rare et atypique

Publié le par lesbiodiversitaires

A la lecture du blog, un camarade naturaliste nous interpelle sur la question du « tarpan ». Que pensons-nous de l’apparition de ce petit cheval dans les Réserves naturelles ? Réponse.
 
D’abord, le terme « tarpan » est un peu gênant, le dernier représentant de cette espèce (ou sous-espèce selon les classifications), étant mort en 1887 au zoo de Munich.
Mieux vaut donc appeler la race par son véritable nom : Konik polski.
 
konik - Elise Rousseau
 
Ce qu’on appelle « tarpan », ce sont en fait une sélection de Koniks parmi les plus primitifs de la race. Une sorte de reconstitution, qui a commencé en 1923 en Pologne. Une autre reconstitution du tarpan a eu lieu en Allemagne avec le cheval de Liebenthaler (croisements de Fjords, Koniks, Przewalski…).
Même s’il est proche, physiquement et génétiquement, du tarpan, le Konik n’en est pas un. Il reste un animal absolument domestique, familier avec l’homme. Ce qui n’était pas le cas de ses ancêtres sauvages.
 
Konik - Mondragon - Georges Olioso
  Konik en liberté, réserve de Mondragon (Vaucluse).
Photo : Georges Olioso
 
Un cheval hors du commun
Les Koniks polskis sont de magnifiques petits chevaux, même s’ils ne correspondent pas aux modes équestres. Et c’est une chance de pouvoir en observer désormais en France.
Les Koniks possèdent en effet (comme le Sorraïa au Portugal, comme certains Highlands, comme les Fjords, les Dülmens...) des caractères primitifs : robe gris-souris, bande cruciale (comme certains ânes), légères zébrures aux pattes… Ses oreilles sont ourlées de noir, et ses yeux comme délicatement maquillés au khôl. Son museau est sombre, mais le contour des naseaux, qui est clair, se dessine nettement.
 
Tarpan konik polski
  Jeune Konik mâle de quatre ans (provenance : Réserve naturelle de Chérine, Indre).
 
On croirait la têtkonik polski éthologiee de ce cheval, toute en nuances et en touches de couleur précises, peinte par un artiste. Ses jambes sont sombres, les crins de sa crinière et de sa queue sont noirs méchés de blanc. Ses formes sont très rondes, avec une croupe bien rebondie et une encolure puissante, tenue assez haute, ce qui lui donne une certaine prestance et le grandit. Les sabots, sains et solides, n’ont pas besoin d’être ferrés. C’est un très joli cheval, comme on les aime, un vrai cheval capable de se débrouiller seul dans la nature, ultra-résistant, intelligent, équilibré, pas un de ces grands « greniers à foin ». Mais un cheval qui ne correspond guère aux goûts et critères de la majorité des cavaliers !
Au garrot, les Koniks font en moyenne 1,35 m et pèsent 400 kg. Ils ne sont donc pas très grands, mais solides, porteurs, ils peuvent aisément être montés par des adultes : ce sont de bons chevaux familiaux. Un Konik sera parfait en randonnée, TREC ou attelage, et se pliera à de nombreuses disciplines à un niveau amateur. C’est aussi un cheval à la longévité élevée.
Aujourd’hui la race, qui reste confidentielle, est estimée à plus de 2 000 individus dans le monde.
 
Les Koniks dans les Réserves
De même que les vaches Highlands, les Koniks polskis sont désormais prisés dans les réserves naturelles (où ils entretiennent les pâtures) pour leur look sauvage, primitif, et leur gentillesse qui les rend facile à manipuler.
Pourtant, le Konik n’est qu’une race domestique de chevaux menacée parmi les autres. En aucun cas une espèce sauvage, même si son aspect pourrait presque le faire croire. Si le but était d’introduire des chevaux sauvages, c’est du cheval de Przewalski qu’il faudrait mettre dans les réserves. Car le Przewalski est le dernier des chevaux vraiment sauvages, n’ayant jamais été domestiqué et modifié par l’homme.
Quel est donc le but d’introduire du Konik ? Est-ce un but de sauvegarde de la biodiversité domestique ? Si oui, on se confronte à un paradoxe. Car c’est d’abord à la Pologne (et elle le fait), de sauvegarder cette race, qui appartient à son patrimoine, tout comme il est de la responsabilité de la France de sauvegarder les chevaux d’Auvergne, de Camargue, de Castillon ou le Poney landais…
C’est à chaque région de sauver ses races patrimoniales, car si elles ne le font pas, qui le fera ?
Si, dans les réserves françaises, l’on voulait réellement être dans une logique de sauvegarde de la biodiversité domestique locale, c’est plutôt du Camargue ou du Poney landais originel qu’il faudrait faire pâturer dans les marais.
 
Jeune Konik Réserve Chérine - Tony Williams
Poulain Konik de deux ans, Réserve naturelle de Chérine.
Photo : Tony Williams
 
Le Konik a un look primitif, mais le Poney landais, très méconnu, est, lui aussi, adapté de longue date aux zones marécageuses, et pourrait pâturer dans de nombreuses réserves. Car son type originel est aujourd’hui bien plus en danger que ne l’est le Konik polski.
Pour ce dernier, la race restant à petits effectifs, les réserves constituent des réservoirs génétiques précieux pour la sauvegarde, à long terme, de ses caractéristiques si particulières. 
Cependant, nous pensons que si les réserves choisissent le Konik, c’est aussi pour des raisons d’image. Un Konik ça fait sauvage, ça donne du cachet à une réserve (tout comme le bétail Highland, d’ailleurs). En introduisant une race restée proche de ce que pouvait être le tarpan, on crée l'illusion d'une nature sauvage, telle qu’elle pouvait être autrefois, quand les véritables tarpans paissaient encore dans les plaines d’Europe. Physiquement, le Konik porte moins que les autres chevaux la trace des sélections humaines.
 
A titre personnel, on adore voir des Koniks. Il est bien plus intelligent de mettre cette race sur les terrains difficiles de certaines réserves que des Haflingers maigrichons, comme on le voit à la réserve des dunes fossiles de Ghyvelde, Nord, alors que la race, d’origine autrichienne et de création récente (1874), est populaire chez les cavaliers, se porte extrêmement bien et n’apporte aucun intérêt de conservation à la réserve. De même, les Highlands du Platier d’Oye, Pas-de-Calais, sont très sympas, mais cette race de chevaux d’origine écossaise ne se porte pas si mal que cela (même si elle reste bien moins commune que le Haflinger). Là encore, mieux vaudrait laisser pâturer des Koniks, des Camargues ou des Landais… Axées qu’elles sont sur la préservation de la nature sauvage, les réserves oublient parfois que le domestique est lui aussi en danger.
 
 
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Les Koniks de la Réserve de Chérine
Notre amitié pour le Konik fait que nous donnons régulièrement un petit coup de main bénévole à la Réserve de Chérine, dans l’Indre, pour vendre ses jolis poulains Koniks quand ils arrivent à l’âge de quitter le troupeau. Une des raisons pour lesquelles les gestionnaires de la Réserve de Chérine ont choisi cette race, c’est qu’ils trouvent que les Koniks sont des chevaux doux et particulièrement faciles à manipuler, même pour des personnes qui ne sont pas des experts de ces animaux. Pour la gestion de leur réserve, cette gentillesse de la race leur simplifie la vie. Et c’est vrai que le Konik est sûrement l’une des races les plus sympathiques qui soient ! La preuve est ce Konik de 4 ans, nommé « Tarpan » en référence à ses origines, et adopté il y a deux ans par Julie, une cavalière naturaliste et passionnée d’éthologie. En quittant son troupeau, c’était un jeune cheval sauvage qui arrivait dans la vie de Julie. Il connaissait à peine l’homme et il a fallu complètement l’apprivoiser. L’équitation dite éthologique et la méthode de La Cense lui ont été d’une grande aide. Elle a tissé ainsi un lien profond avec ce jeune sauvageon. Puis elle l’a débourré en douceur, toujours avec cette méthode. Aujourd’hui, Tarpan est un charmant cheval, très posé, généreux et affectueux, et s’il n’était le dominant de son troupeau, maîtrisant tous les codes de la vie en liberté, on ne soupçonnerait pas chez lui ce passé libre et loin des hommes.
 
Tarpan et Julie Tarpan et Julie reculer
Pour un cavalier motivé et patient, adopter un jeune Konik sauvage est une formidable aventure équestre.
 Ici, Julie et Tarpan, 4 ans, né dans le troupeau de la Réserve de Chérine (Indre).
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Pour en savoir plus sur le Konik
Association ARTHEN (Association pour le retour du tarpan et des grands herbivores dans les espaces naturels) - Burgerbivore - Projet Tarpan
Maison des sociétés, Rue Colbert
01500 Ambérieu en Bugey
bugerbivore(at)voila.fr
L'association diffuse un bulletin d'information très intéressant, L'Echo des Tarpans.
 
Rendez-vous également sur le site de l'Association française du Konik polski.
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Feue la vache Bressane

Publié le par lesbiodiversitaires

Il n’y a donc pas que le poulet de Bresse dans cette région entre Lyon et le Jura, mais également une race de vache, moins connue, mais qui fut pendant longtemps LA vache des paysans bressans. Histoire d’une disparition…
 
La Bressane appartient au grand rameau des vaches blondes de l’Est de la France, que l’on rencontrait du sud des Vosges, jusqu’à la Haute-Loire, en passant par la Franche-Comté, la Bresse et une partie du Dauphiné. Elle y voisinait la Fémeline, la Villard-de-Lans ou encore la Mézenc ou l’Albanaise. De nos jours, seule la Villard-de-Lans a survécu, avec des effectifs très réduits. Toutes les autres ont disparu : l’Albanaise au tournant du XIXe siècle, la Fémeline sans doute vers les années 1920-1930, la Bressane juste au sortir de la Seconde guerre mondiale et la Mézenc (ou Mézine) a vu ses derniers animaux disparaître probablement au milieu des années 1970.
 
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Vache de 3 ans, primée au concours régional de Bourg-en-Bresse en 1859
 
Une répartition assez large
Dans la seconde moitié du XIXe siècle et au début du XXe, la Bressane occupe une aire de répartition assez importante. On la trouve en Bresse, bien sûr, d’où elle tire son nom, mais aussi dans la région des Dombes, jusque dans le nord de la Saône-et-Loire, en Côte d'Or (région de Nolay, de Beaune, de Nuits et de Seure), dans le Jura jusqu’à Arbois, mais aussi, ponctuellement, en Alsace et en Lorraine. Vers le sud, elle atteint Lyon et au-delà, puisqu’elle est présente de chaque côté du Rhône jusqu’à Vienne. Le bétail du Haut-Bugey, un peu différent, lui est rattaché.
Son aire de répartition va se contracter au début du XXe siècle et on ne la trouve alors plus qu’en Bresse proprement dite, encore isolément en Dombes. Elle perdure vers Bourg, Trévoux, autour de Louhans et, sans doute en Bresse jurassienne jusqu’à Lons-le-Saulnier, mais il se produit déjà de nombreux croisements.
 
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Bœuf bressan primé, années 1850-1860
 
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Vache bressane typique (début du XXe siècle). A noter la taille moyenne, la tête forte,
les cornes rejetées un peu en arrière, le fanon marqué et les membres forts.
 
Une rustique
La Bressane n’est pas une grande race. Les vaches mesurent de 1,15 à 1,30 m au garrot, et les taureaux à peine plus. Elle est cependant de conformation régulière tout en manquant un peu d’ampleur. Elle a notamment une tête assez forte sur un cou plutôt fin, la poitrine est étroite, le chignon saillant, les flancs souvent creux et le ventre un peu volumineux. Le dos est assez souvent ensellé, les fesses sont saillantes et plutôt minces. Les membres sont courts et forts, le fanon développé. La queue, enfin, est attachée haut. Les animaux de Dombes sont réputés être plus petits, tandis que ceux du Haut-Bugey sont visiblement plus grands.
Elle est moins fine et moins grande que la Fémeline, sa proche cousine. On a un peu l’impression que les éleveurs n’ont pas cherché à l’améliorer au fil des décennies ; c’est ce qui, entre autres, causera sa disparition au XXe siècle. Pourtant en 1857, l’agronome Borie remarque que « si la reproduction de cette race était suivie avec soin, on en obtiendrait de magnifiques produits ».
 
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Paire de vaches attelées, Bourg-en-Bresse, début du XXe siècle.
 
La robe de la Bressane est froment claire ou blond pâle, lavée de blanchâtre sous le ventre et sur les membres (face interne surtout). La couleur « café au lait » se montre davantage vers la Saône et résulte peut-être de l’influence de la Fémeline. Certains animaux ont visiblement une robe plus foncée, froment vif, approchant en couleur celle de la Limousine. On remarque bien cette variation de robe sur les documents photographiques anciens.
La race présente des muqueuses roses, et toute autre teinte dénote un croisement probable. Les cornes sont blanches ou crèmes, fortes à la base, de longueur moyenne. Elles se détachent horizontalement de la tête, s'incurvent en avant et en dehors pour se relever verticalement tout en s’affinant. Assez souvent légèrement inclinées en arrière, notamment la pointe.
 
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Vaches sur un champ de foire – Dombes, vers 1907. On remarquera la variation du pelage
des animaux allant du froment très pâle à froment vif.
 
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Vaches sur le champ de foire de Bourg-en-Bresse – la vache de gauche, typique montre
une grosse tête allongée et membres assez courts.
 
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Rarissime photo d’un taureau Bressan, qui plus est attelé ! Début du XXe siècle.
 
 
La bonne Bressane
La Bressane est une bonne vache. Elle est considérée comme une race laitière mais également beurrière. A la fin du XIXe siècle, elle fournit le lait à la ville de Lyon. Les bœufs, mais aussi les vaches, sont attelés et sont bons au travail. De plus, ils s’engraissent facilement et, même si la viande est moins tendre que celle de la Fémeline, elle reste tout à fait acceptable. C’est donc bien une race mixte, bonne à tout faire, rustique. En Dombes, elle fréquente des milieux ingrats, des zones humides ou marécageuses. En Bresse, les bonnes laitières sont gardées à l'étable et sont nourries avec les restes de légumes, pommes de terre et maïs non consommés par les porcs. On l’appelle la « vache de cuisine » et elle est particulièrement choyée !
Il est à noter qu’en Bresse jurassienne, la race est croisée avec la Fémeline et qu’il est alors bien difficile de dire à quelle race appartient tel ou tel animal.
 
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Vaches Bressanes traitent dans la cour, vers 1910.
 
L’histoire d’une disparition
Les effectifs de la race bovine Bressane n’ont jamais été connus avec précisions. Des informations inédites que j’ai pu récupérer à l’occasion de mon travail pour le livre  A nos vaches, donnent un effectif de 237 000 têtes en 1913 et 205 000 en 1920. Bien que la source soit sérieuse (Archives du Professeur Dechambre), il faut prendre ces chiffres avec prudence. En effet, les auteurs du début du XXe siècle signalent à peu près tous le déclin important de cette race. Aussi, les chiffres précités englobent-ils peut-être les nombreux animaux croisés avec d’autres races.
Car, en effet, à cette époque, l’absorption de la Bressane est en marche… A l’ouest comme à l’est, des races sont en train de prendre leur essor. A l’ouest, donc c’est avec la Charolaise, bien meilleure au travail et pour la viande, que la Bressane est en contact. Au nord de Pont-de-Vaux et Saint-Trivier-de-Courtes, au sud-est de Mâcon, à l’est de Trévoux, près de Villefranche, les croisements avec cette race se multiplient. Mais c’est surtout avec le bétail « pie-rouge » que l’absorption va être la plus marquée. La Pie-rouge de l’Est, qui va donner la future Simmental joue un rôle portant, de même que la Montbéliarde, qui connait un engouement remarquable. En pays de Gex, c’est la fusion de plusieurs races, dont la Bressane, mais surtout le croisement entre Simmental et le bétail hétéroclite de la région de Gex, qui va donner la race Gessienne, d’existence éphémère.
 
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Sur cette photo, prise à Givry-sur-Saône, Saône-et-Loire, dans les années 1910,
on distingue des vaches Bressanes, mais également du bétail pie-rouge
et sans doute des animaux croisés.
 
 
Dans les années 1910, on note une tentative - par la société d'élevage de Bourg et un syndicat d'élevage en Dombes (Basseins) - d'essayer de maintenir la race avec prime aux taureaux bressans (déjà rares à trouver) présentant les caractères du type ancien.
Dans les années 1920, les auteurs rapportent que la race Bressane est à peu près « complètement détruite », ou qu’il en reste « des débris » en Dombes. Pourtant, elle est encore mentionnée en 1940, et il est en réalité probable qu’il y en ait eu un peu plus que ne le disaient les zootechniciens. D’une part, elle figure encore sur des documents photographiques des années 1930 mais surtout, elle est signalée par des éleveurs, encore vivants, et qui en ont vues dans leur jeunesse, juste au sortir de la Seconde guerre mondiale. Il est donc probable que la Bressane s’est éteinte vers 1949 (derniers témoignages), voire au tout début des années 1950.
 
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Vaches près de Versailleux (Dombes) dans les années 1910. On note trois vaches Bressanes
(les trois à droite) et peut-être un animal croisé avec du bétail pie-rouge (à gauche).
 
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Vaches attelées, à Fleurie, Rhône, vers 1909. Les animaux sont maigres et mal conformés.
A noter les membres courts, le fanon développé, le ventre volumineux.
 
 
Alors pouvait-on sauver la Bressane ? Etait-ce nécessaire ? Chacun se fera son idée. Mais c’était à n’en pas douter une race sobre et rustique qui, si elle avait été améliorée, aurait pu se maintenir un peu plus longtemps. Suffisamment peut-être pour pouvoir bénéficier comme d’autres, plus chanceuses, d’un programme de sauvegarde et de la conservation de semences et d’embryons. Sa voisine la Villard-de-Lans, qui a failli disparaître, est le dernier vestige de ce rameau blond qui peuplait autrefois une grande partie de l’est de la France. L’histoire en a décidé autrement et la Bressane a rejoint le cimetière des races bovines disparues.
 
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Sur cette photo prise dans les années 1900 à Noblens, Ain, on voit trois Bressannes
(un taureau probable dans le fond au centre et deux vaches à droite), parmi un troupeau de vaches de type Montbéliard déjà majoritaire.
 
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Bœuf Bressan dans une foire à Romenay, Saône-et-Loire, en 1937.
Sans doute l’une des dernières photos de cette race…
L’animal a les membres courts, le dos ensellé et la base de la queue en cimier.
 
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Vache croisée entre Bressane et un type « Pie-Rouge », vers 1937.
On remarque la conformation « bressane » de l’animal, mais la tête est en grande partie blanche
de même que le bas des membres et le bas du ventre.
 
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La vache du premier plan est croisée Bressane avec du bétail Pie-Rouge
comme en témoigne ses marques blanches ; l’animal de l’arrière-plan est peut-être pur Bressan…
(Saône-et-Loire, vers 1937). 
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Le cheval d'Auvergne, un beau méconnu

Publié le par lesbiodiversitaires

Le cheval d'Auvergne, un beau méconnu

Allez, on abandonne un peu notre chouchou, le cheval Camargue, pour parler des autres chevaux à petits effectifs en France. Aujourd’hui, nous nous intéressons au cheval d’Auvergne.

Si vous aimez les chevaux au pied sûr, capables de vous emmener des heures durant dans les montagnes, se contentant de presque rien, rustiques, résistant aux rigueurs du climat, avec une bonne tête de nounours et un cœur en or… alors oui, le cheval d’Auvergne est peut-être fait pour vous.
Pour la randonnée, le TREC, l’attelage, les loisirs en tous genres, l’instruction en centre équestre, c’est un cheval idéal.
Il n’en existe que très peu en France, et pour cause. Il a failli disparaître. La motorisation dans les campagnes a failli lui être fatale au XXe siècle. Comme toujours, il ne doit sa survie qu’à quelques passionnés.
 
Une race extrêmement rare
En 2011, il ne reste que 350 animaux dans tout le pays. Très peu, mais plus cependant qu’il y a quelques décennies.
Forgé par son environnement montagnard, le cheval d’Auvergne est compact, avec une croupe large, sans être trop lourd. Il est de couleur bai à noir pangaré, les poils fins et les crins fournis, légèrement ondulés. Il mesure de 1 m 43 à 1 m 57 au garrot, ce qui peut lui permettre de porter des enfants comme des adultes. On trouve ce cheval dans tout le Massif central, mais 50 % de ses effectifs sont dans le Puy-de-Dôme.
 
cheval d'Auvergne - ER 1
 
Les cavaliers auvergnats et tous ceux qui vivent en montagne devraient toujours penser à cette race locale, qui a tant besoin d’être encouragée, avant d’acheter un cheval d’une autre race qui supportera peut-être moins bien les conditions climatiques hivernales de leur pays… Le cheval d’Auvergne est totalement adapté à la moyenne montagne. Avec lui, pas de chichis. Pas besoin de lui tricoter un bonnet pour l’hiver. Il n’ira pas se fouler le sabot dans la première pente venue, il n’attrapera pas la mort au premier flocon de neige qui tombe, il ne s’évanouira pas à la vue de quelque vaches…
 
  Poulinière cheval d'Auvergne - Orbeil-63 - ER
  Petit groupe de poulinières de race Auvergne
   
Quant aux cavaliers des plaines, la douceur et le bon cœur de ce cheval, alliés à toutes ses autres qualités, devraient pouvoir les convaincre de faire le voyage dans les montagnes, à la recherche du si rare Cheval d’Auvergne, pour le descendre jusque dans leurs écuries.
 

 

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Appel aux amateurs de la race 
 
Poney d'Auvergne 
 
La photographie ici reproduite a été découverte après deux journées de recherche dans les anciennes archives de l'Ecole vétérinaire de Maison-Alfort (Fonds ENVA), qui nous a donné l'autorisation de mettre le nez dans des siècles de poussière et d'animaux empaillés. La série de photographies dans laquelle elle se trouvait était datée de 1864 à 1878, ce qui donne une idée assez précise de son époque. Quelqu'un a écrit à la plume, sur le côté : "Poney d'Auvergne".
   
archive Poney d'Auvergne
"Poney d'Auvergne", vers 1864-1878
 
Son aspect compact, sa croupe puissante évoquent bien sûr l'actuel cheval d'Auvergne, même s'il semble alezan. S'agit-il d'un ancêtre ? Vos avis nous intéressent sur ce mystérieux et très ancien "poney d'Auvergne"...

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Association nationale du cheval de race Auvergne
Pour en savoir plus, acheter un cheval d'Auvergne ou simplement soutenir sa conservation, l'adresse de l'association est la suivante : http://www.chevalauvergne.fr/
Et le blog d'un élevage à visiter, celui de Muriel Ronez.
   
Un cheval qui inspire...   
Pour vous convaincre que le cheval d'Auvergne n'est pas qu'un gros pépère de pays, mais un cheval doté d'une vraie beauté, voici le lien vers le site de Véronique de Saint-Vaulry, artiste (mais aussi journaliste, auteur, cavalière...) qui prend régulièrement le cheval d'Auvergne comme modèle pour ses bronzes.
   Auvergne par Véronique de Saint-Vaulry
Jument et poulain Auvergnes
par V. de Saint-Vaulry
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La dernière des Bazougers

Publié le par lesbiodiversitaires

La race bovine de Bazougers est la prochaine vache à d’éteindre en France… Dans l’indifférence générale, cette excellente race tire sa révérence. Histoire d’une disparition.
 
La race de Bazougers, appelée aussi Bleue de Bazougers, est originaire du département de la Mayenne. Bazougers est une bourgade située à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Laval. Même si on rencontrait cette vache un peu au-delà, dans le sud du département et dans la Maine-et-Loire voisin, son aire de répartition n’a jamais été bien large.
 
Du sang suisse
Cette race est proche de la Rouge des Prés (ex-Maine-Anjou, ex-Durham-Mancelle) et de la Saosnoise dont elle partage en effet quelques ancêtres. Dont la fameuse Durham, qui fit les beaux jours de l’agriculture françaises dans le seconde moitié du XIXe siècle et qui a contribué à l’émergence de ces trois races.
La Bazougers est issue d’un croisement entre l’ancienne Mancelle (aujourd’hui disparue) et la race Fribourgeoise (également disparue…), de couleur pie-noir, qui fut importée vers la fin du XVIIIe siècle par Monsieur de la Lorie et quelques autres propriétaires. Des croisements ponctuels sont effectués avec d’autres races (Brune, peut-être Normande), mais sans conséquence. C’est avec la Durham, donc, que les animaux sont croisés au cours du XIXe siècle. Ce qui explique, comme le souligne Laurent Avon (2008), que la Bazougers est issue, des mêmes « composantes » que la Maine-Anjou, la Mancelle et la Saosnoise, mais en proportions différentes.
C’est donc ce type d’animaux, que l’on considérait parfois comme une variété noire de la Mancelle, que l’on va appeler plus tard « Bazougers ».
 
 
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Bœuf vraisemblablement de type « Bazougers », 1851.
 
 
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Taureau Bazougers, vers 1938 (coll. L. Reveleau).
 
 
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Taureau Bazougers, vers 1947 (coll. L. Reveleau).
 
 
Un bel animal… mais rare 
La Bazougers est une vache de bonne taille, bien conformée, rappelant ses deux cousines. Elle est longiligne et basse sur pattes, avec un profil dorsal rectiligne. C’est avant tout une race mixte, à la fois laitière, mais aussi à vocation bouchère, plutôt précoce. Elle possède des muqueuses noires, et des cornes courtes, dirigées vers l’avant et légèrement remontées vers le haut à leur extrémité.
La robe est de couleur variable. On peut même dire qu’elle n’est pas fixée jusque vers le milieu du XIXe siècle. C’est au cours du siècle suivant que se met en place plusieurs types de robe : noire, pie-noir, blanche ou encore « bleue » qui lui vaut dont son nom de « Bleue de Bazougers ». Cette dernière robe est sans doute le fruit du croisement avec la Durham. Les animaux ont parfois des « lunettes » claires autour des yeux comme en avait la race Mancelle.
 
 
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Vache pie-noir, 1987 (L. Avon)
 
 
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Vache Aurore, de couleur « bleue ».
 
Il n’y a jamais eu beaucoup d’animaux de Bazougers. Cela tient notamment au fait que la race ne soit pas vraiment sortie de son berceau d’origine. De plus, elle n’a pas eu de reconnaissance officielle (ni Herd-book, ni code race).Combien y a-t-il eu d’animaux ? On l’ignore…
 
 
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Taureau Melchior de couleur « bleue » à 4 ans et demi, 2000 (fonds URCO).
 
 
Une disparition inéxorable
Non reconnue, mais survivant sur ses terres d’origine, la Bazougers va être victime, dans les années 1950 – et alors même qu’elle connait là probablement son apogée - de la politique « Quittet » du nom d’un ingénieur général de l’agriculture qui a décidé de faire la guerre à toutes ces petites races locales et rustiques, au prétexte qu’il ne doit plus y avoir que quelques races laitières et allaitantes sur les terres de France. Elle est alors interdite de monte publique et, par là même d’insémination artificielle. De plus, elle est concurrencée par la Maine-Anjou (future Rouge des Prés) qui lui est préférée. Dès les années 1960, elle décline rapidement.
C’est en 1976 que Laurent Avon est alerté de la présence d’un troupeau de vaches Bazougers dans la commune du même nom. Cependant, on est alors dans cette période cruciale où l’on doit être sur tous les fronts, tant le nombre de races rustiques sont menacées. Et comme la Bazougers n’est pas reconnue en tant que race, elle ne figure peut-être pas non plus dans les urgences. Ce n’est qu’en 1999 que l’ingénieur de l’Institut de l’élevage peut de nouveau se consacrer à cette population bovine. Un taureau – Melchior – est retrouvé et sa semence collectée. Une vache « bleue »– Aurore - est également repérée pour ses qualités, mais on ne peut la faire reproduire. La veille de sa mort, en décembre 2000 alors qu’elle a 17 ans, des scientifiques de l’INRA lui prélèvent des cellules de l’oreille et procèdent ensuite, en 2001, à des essais de clonage. Un des embryons clonés et transplantés donne naissance à une génisse en janvier 2002. C’est Aurore B.
 
 
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Vache Aurore B en 2009. La dernière vache Bazougers en vie.
 
 
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Aurore B et son fils Augure de couleur blanche (Ch. Richard).
 
 
Inséminée avec la semence de Melchior, Aurore B donnera naissance à deux taureaux – Augure et Bazougers–également collectés. Elle a aussi donné naissance à une femelle – Aurifère (décédée en 2008). Un autre taureau – Valeureux – est né de Melchior et d’une vache pie-noir, un peu imprégnée de Rouge des prés, mais issue de race Bazougers. Ce taureau a été également collecté.
 
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Bazougers, l’autre fils (bleu) d’Aurore B (Ch. Richard).
 
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  Valeureux, taureau pie-noir (L. Avon).
 
 
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Vache pie-noir (Ferme de l’Arche).
 
 
Et maintenant, un espoir ?
 
Que reste-t-il de la race Bazougers ? Une vache issue de clone (Aurore B, qui vivait toujours en 2011 à la station de l’INRA de Bressonvilliers, Essonne), des semences de deux taureaux (Melchior et Valeureux – les deux autres n’étant pas utilisables car fils d’une vache issue de clonage). Enfin 18 embryons congelés issus d’Aurore B, donc également de clone… Il y aussi des vaches issues de croisement entre Bazougers (un des taureaux issus de clone) et des Holstein, à la station de Bressonvilliers (mais essentiellement à des fins de recherche scientifique). C’est-à-dire rien ou presque. Il y a donc une seule vache encore en vie qui soit de race Bazougers (mais elle est issue de clone, donc on ne peut l’utiliser).
 
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Génisse croisée entre Bazougers et Holstein.
 
Cependant, en septembre 2011 est née une génisse – Guiness – issue de Melchior (le taureau Bazougers prélevé) et d’une vache Rouge des prés. La robe est pie-noir comme l’était celle d’un certain nombre de vaches de race Bazougers.
Est-ce un espoir ? Il y aurait sans doute la possibilité de développer une population de type « Bazougers – Rouge des prés » avec des taureaux pie-noir, génétiquement assez proches de Melchior. Il faudrait utiliser des vaches Rouge des prés de type mixte, mais celui-ci a disparu et il ne reste que quelques rares doses de semences de taureaux de ce type.
C’est peut-être une course contre la montre qui se joue à présent. Peut-être que cela ne mènera à rien… Mais faut-il pour autant ne rien faire et se lamenter sur une race domestique qui disparaît ? Nous ne le croyons pas et nous ne pouvons qu’encourager, par toutes les formes concrètes possibles, les quelques personnes qui sont prêtes aujourd’hui à tenter un sauvetage de la dernière chance.
 
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Guiness, née en septembre 2011. Le symbole du dernier espoir ? (J-Ch. Huet).
 
Remerciements
Merci à Jérôme Aubert, Laurent Avon, Jean-Christophe Huet et Christophe Richard pour les informations qu’ils ont eu la gentillesse de fournir.
 
Bibliographie
- Avon L.(2008a). La race bovine de Bazougers. Fiche technique, Institut de l'Elevage, Paris.
- Dubois Ph. J. (2011). A nos vaches. Inventaire des races bovines disparues et menacées de France. Delachaux & Niestlé, Paris. 
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Chiens de Syrie

Publié le par lesbiodiversitaires

 Dans le village de Mheimideh, près de Deir ez zor, sur l’Euphrate, perdu hors des sentiers battus de la Syrie, les vaches paissent dans les marais, les pattes dans l’eau jusqu’au ventre. Ici volent les guifettes leucoptères, les sarcelles marbrés et les aigrettes garzettes. Près des habitations, plusieurs chiens circulent.

 

Dans une petite cour, une boule de poil âgé de seulement quelques semaines joue à tirer sans relâche la queue de sa mère. La chienne, un peu lasse, s’en va nonchalamment. Le chiot reste à jouer, avec le même entrain, en attaquant le tapis de laine rouge qui sèche sur un fil à linge. Amira, petite gardienne de vaches d’une dizaine d’années, appelle son grand frère Kama, ainsi que deux sœurs rieuses, Mariam et Maria, à la rescousse : une dame étrangère photographie leurs chiens ! Cette incongruité d’une drôlerie sans pareille pour Amira la fera rechercher tous les cabots du hameau pour leur heure de gloire : une grande chienne grise et blanche, un petit chiot crème qui jappe avec mauvaise humeur, un chien brun et ébouriffé, mais aussi l’âne placide, la cane et le canard – assez mécontents d’avoir été capturés pour prendre la pose, et même les vaches et les moutons… Seul le premier chiot, celui du tapis rouge, aura échappé à la razzia – sans doute bien caché derrière un tas de linge !

 

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« Si tu es perdu au milieu du désert,

le chien ne te quittera jamais ! »



Chien du désert, chien de poussière

En Syrie, le chien, que l’on appelle « kalb » en langue arabe classique, ou encore « al thari » en langue bédouine, est présent au détour de chaque village. Il ne porte ni collier, ni laisse. Il dort à la belle étoile, la truffe dans la poussière, bien loin des niches et des joujoux en plastique des Occidentaux. Son poil est souvent sale, emmêlé. Il ne sait pas faire le beau, ni même donner la patte. Mais la dignité qu'il dégage est frappante. Là-bas, on ne touche pas les chiens – la religion ne l’autorise pas. Ils n’ont pas de caresses, ils n’ont pas de gamelle remplis de la dernière boîte de viande vitaminée à la mode. Mais ils ont le vent, ils ont la liberté d’aller où bon leur semble, ils ont le sable chaud sous les pattes, bien loin du bitume des villes. D’ailleurs, dans les villes syriennes, à Damas ou à Alep, on ne croise pas de chiens. Pourquoi ? Parce que les Syriens n’ont pas d’animaux de compagnie. L’âne, le dromadaire, le cheval ou le chien sont des animaux de travail, utiles et nécessaires. Mais infiniment plus respectés que beaucoup de nos animaux occidentaux, trop souvent considérés comme de simples objets de consommation, abandonnés aux premières vacances de leur maître. Nidal Issa, biologiste français d’origine libano-syrienne, en témoigne : « En Syrie, la proportion de personnes qui ont des chiens chez eux est sans commune mesure avec ce qu'on peut trouver en Europe. Dans les villes, il y a très peu de chien de compagnie. En règle générale, les chiens se trouvent dans les campagnes, les semi désert... donc plus répandus chez les populations villageoises, bédouines, que chez les citadins. Il n'existe pas, par exemple, de chiens dans les maisons, qu'on sort le matin et le soir pour qu'il fasse ses besoins dans la rue. Il est admis qu'avoir un chien signifie le laisser traîner dehors ou avoir un grand jardin. En ville, les quelques détenteurs de chiens appartiennent en général à la bourgeoisie, et il s’agit alors de chiens de races, souvent de garde : bergers allemands, dobermans, parfois labradors. »

 

 

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Quelque chose du chien originel

Ces chiens de Syrie ont quelque chose du chien « originel », le chien qui ne ressemble à aucune race, dont on retrouve la silhouette indéterminée en Afrique, en Asie… Un chien qui n’a l’air de rien, tout en étant tout de suite identifiable : c’est un chien. Ces chiens du désert sont plutôt grands et athlétiques. De couleur généralement pie, la queue tombante, une tête d’ours, de « hyène » selon certains, il toise bien les 60 cm au garrot. Peu agressif, plutôt indifférent à l’homme, voire craintif, sa corpulence dissuade cependant d’aller lui chercher querelle. Ce chien de bédouin ressemble à l’Aïdi, ou chien de l’Atlas, qui garde les campements berbères au Maroc et que l’on trouve un peu partout en Afrique du Nord. On voit pourtant qu’il n’est nullement question, pour les bédouins syriens, de race et encore moins de standard. Nidal Issa nous explique que « ces chiens sont pour la plupart des animaux n'appartenant à aucune race mais issus de croisements aléatoires à l'infini. Il n'y en a pas deux pareils ». Les chiens domestiqués se trouvent essentiellement chez des populations qui les utilisent comme gardiens, que ce soit chez les bédouins, les bergers, ou encore les villageois ayant des bêtes (poulailler...). Beaucoup de chiens vivent également à l'état semi sauvage. Il n'est pas rare de rencontrer des chiens errants, se débrouillant par eux-mêmes, vivant en périphérie de l'homme ou en meutes. 

 

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Des chiens qu’on ne touche pas

Dans tout le désert, nulle part nous n’avons vu un homme toucher un chien, ou même un chien venir de façon significative vers l’homme. Les chiens ne s’approchent pas : ils restent à distance. Au mieux, l’on peut obtenir d’eux un regard amical et quelques battements de queue. Mais ils restent sur leur réserve : on ne les approche pas. Si l’on s’avance, ils s’éloignent. La seule exception fut un petit garçon et son chiot, croisé sur le bord d’une route, près d’un troupeau de moutons. Les Syriens sont très surpris que l’on puisse s’intéresser à leurs chiens. Ce peuple à la gentillesse et au sens de l’hospitalité légendaires fait tout pour montrer à l’étranger de passage les chiens du village, lorsque l’animal familier intéresse l’Occidental… Mais difficile de faire venir un chien sans pouvoir le toucher, l’attraper ! On l’appelle donc. Il vient un peu mais ne reste guère. Une petite fille court jusqu’à sa maison couleur sable et en ramène une galette de pain. En lançant des morceaux de nourriture au chien, on finit par le faire approcher suffisamment près pour prendre une photographie… Mais l’animal ne s’attarde pas et s’esquive à la première occasion.

Dans les montagnes, plus près de la Turquie, à Kassab, chez les Arméniens, les choses sont bien différentes. En effet, les Arméniens ne sont pas musulmans. Rien ne les empêche donc de toucher les chiens. Dans cette région de la Syrie, les chiens ressemblent à ceux que l’on croise en Europe : ici un berger allemand, là un braque. Ceux-là viennent vers l’homme, ils se laissent caresser, reniflent les poches, lèchent la main. Il faut dire qu’à Kassab beaucoup d’Arméniens ont vécu en Occident, et possèdent la double nationalité. L’un vient des Etats-Unis, l’autre de France, et le style vestimentaire est très loin des cheichs et des djellabas des bédouins. Un soulagement cependant : ces chiens n’ont, malgré tout, pas de collier !

Allongé dans les roseaux qui bordent l’Euphrate, le chien dort. Si profondément qu’on le croirait mort. La tempête de sable qui sévit depuis plusieurs heures ne le dérange pas. Ni le ciel, devenu d’un rouge profond, ni la poussière sur ses poils et dans les yeux. C’est un chien du désert, de la tribu des bédouins.

 

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« Nos chiens, ce sont comme les sonneries

dans vos maisons »



Interview d’Ahmed Abdullah Bani Khaled

Ahmed Abdullah exerce une profession encore atypique en Syrie, celle de guide nature. Mais il reste d’abord un bédouin, très fier de sa tribu, les Bani Khaled. Il parle avec passion de cet animal indissociable de la vie pastorale des bédouins, le chien.

 

Quel est le rôle du chien dans la société syrienne ?

Ahmed : actuellement, les Syriens ont besoin d’avoir un chien, notamment les bédouins. Il s’agit d’une nécessité, et non pas d’un plaisir. Les chiens servent à garder les chevaux ou les moutons, mais aussi à se protéger. Ils surveillent les tentes. Par contre, ils ne gardent pas les dromadaires, qui savent très bien se défendre tous seuls ! Les bédouins considèrent le chien comme un honnête gardien : il est très fidèle et il ne leur demandera jamais d’argent ! Les bédouins élèvent aussi des chiens très fins et très rapides – les lévriers – pour la chasse.

 

Existe-il des histoires syriennes à propos des chiens ?

Ahmed : Oui, beaucoup ! Par exemple, si tu es perdu au milieu du désert, le chien ne te quittera jamais ! La vie est très dure dans le désert pour les bédouins, et, de ce fait, elle est dure également pour les chiens. Ils n’ont pas beaucoup à manger.

 

Pourtant, les chiens que l’on croise en Syrie ne sont pas maigres ?

Ahmed : C’est vrai, car ils sont respectés. On leur donne les restes. Ils mangent du pain, du lait, du yaourt. Moi, j’aime mon chien. Je vais vous raconter une histoire qui m’est arrivée. Un jour, j’étais parti dans le désert pour chercher mes moutons. Je mangeais un très bon morceau de viande, et, dans un moment d’inattention, je l’ai oublié sur une pierre. Et qu’est-ce que j’ai vu venir vers moi ? Mon chien, avec le morceau de viande dans la gueule, qui venait me l’apporter. Il ne l’avait pas mangé !

 

Que dit la religion musulmane à propos des chiens ?

Ahmed : La croyance dit qu’il n’est pas bien de toucher les chiens.

 

Les chiens que l’on rencontre se ressemblent tous. Est-ce une race spéciale ?

Ahmed : non, il n’y a pas une véritable race, excepté les lévriers. Ce sont des chiens de troupeau.

 

Est-ce qu’il y a beaucoup de chiens errants en Syrie ?

Ahmed : Oui. Ils vivent souvent près des villages. Le gouvernement intervient s’il y a un problème, comme un animal qui devient agressif par exemple.

 

Comment vivent les chiens du désert ? Où dorment-ils ?

Ahmed : Ils dorment dehors. Mais ils dorment en réalité beaucoup le jour, quand il fait chaud, et peu la nuit. Car la nuit, ils surveillent les renards et les loups ! Mais les loups n’attaquent pas les chiens : ils les évitent. Les loups s’intéressent aux moutons. Les chiens sont vraiment nécessaires. Quand un groupe de bédouins voyage de nuit au milieu du désert, ils ne risquent pas de rencontrer un hôtel ou un restaurant (rires). C’est pourquoi, dans le désert, tout le monde a besoin de tout le monde pour vivre. Dans la nuit, on écoute alors bien s’il n’y a pas de chiens, au loin, qui aboient. Car on sait que là où il y a des chiens, il y a des êtres humains. Et un aboiement, cela veut dire qu’il se passe quelque chose. En fait, nos chiens, ce sont comme les sonneries dans vos maisons !  

 

 

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La selle Camargue : un artisanat lié à une race à petits effectifs

Publié le par lesbiodiversitaires

La biodiversité domestique, complètement liée à l’homme, s’associe à des produits du terroir et à un artisanat local. Encourager cet artisanat contribue à la protection de cette biodiversité.
 
Le superbe coq de pêche du Limousin offre quelques-unes de ses plumes (épilées chaque année) pour la préparation d’appâts pour la pêche à la truite (mouches de pêche).
Les vaches, les brebis et les chèvres produisent les nombreux fromages de terroir (bleu de Sassenages, Bethmale, Roquefort…).
Et en France, nos jolis petits chevaux Camargue sont associés à un harnachement très particulier, et très ancien (XIIIe siècle), dont quelques excellents selliers perpétuent la tradition.
Le lasso des gardians, c’est le seden, une corde tressée à partir du crin de jument. Il sert aussi de licol.
 
tapis de selle camargue
 Tapis de selle aux motifs traditionnels (jument camargue).
 
Le mors Camargue n’est, selon les Camarguais eux-mêmes, pas à mettre entre toutes les mains (car mal utilisé, il est très dur pour la bouche du cheval). La selle traditionnelle gardianne au contraire convient à tous : le débutant comme le gardian le plus aguerri. Elle se caractérise par son troussequin et son pommeau hauts, qui maintiennent bien le cavalier.
C’est avant tout une selle de travail, conçue pour passer des heures dans le bétail et les marais, et franchir toutes les difficultés possibles.
Complètement adaptée au cheval Camargue, elle reste utilisée par les gardians dans toutes leurs activités.
Faite à la main par des artisans, elle a un coût (compter plus de 2000 euros) mais elle s’utilise une vie entière et peut se transmettre à ses enfants (s’ils sont cavaliers !). Elle peut bien sûr s’adapter à d’autres races que le Camargue.
 
Photo selle camargue sellerie Pujolas 
Selle gardianne traditionnelle, sellerie Pujolas (30132 Caissargues)
 
Pour les cavaliers n’habitant pas en Camargue, il faudra faire preuve d’un peu de pédagogie envers ceux, qui, en plus de nous questionner sur le « poney blanc », un peu hirsute il est vrai, qui nous sert de monture, ne manqueront pas de s’étonner devant cette selle pas commune.
Elle n’est pourtant qu’une facette de la diversité équestre mais aussi de l’histoire de notre pays. En 2012, la Confrérie des gardians fêtera ses... 500 ans.
 
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La vache Picarde : race ou population bovine ?

Publié le par lesbiodiversitaires

Coincée entre deux grandes races laitières, la Picarde est une vache qui a su résister à ses grandes voisines jusqu’aux abords de la Seconde guerre mondiale. Ensuite, et comme beaucoup d’autres, elle a disparu, emportant avec elle ses mystères…
 
Jusqu’au milieu du XXe siècle, le nord de la France est peuplé principalement par la race Flamande, considérée alors comme la meilleure laitière. Cette race, dont le berceau se situe autour de Bergues, Cassel et Hazebrouck, Nord. C’est la vache de la région des moëres et de wateringues de la Flandre maritime et de la Flandre intérieure. On la rencontre aussi dans le Pas-de-Calais et dans une bonne partie de la Picardie.
 
Une race, plusieurs populations
Autrefois cette grande race laitière était subdivisée en plusieurs populations, très semblables et qui n’avaient de différent que le nom qu’on leur donnait dans telle ou telle région. Ainsi, distingue-t-on au XIXe siècle les variétés Berguenarde, Casseloise et Bailleuloise qui ne sont en fait que des synonymes de la Flamande dite « originelle ». Elles forment le « noyau dur » de la race.
 
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Type de vache Flamande « originelle », années 1920.
 
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Type de vache Flamande actuelle. L’immense majorité des animaux ont entre 20 et 30% de sang Rouge danois. On appelle d’ailleurs aujourd’hui la race Rouge flamande.
 
 
Plus on s’éloigne de cet épicentre, plus les animaux ne sont plus tout à fait dans le standard de la Flamande. Ainsi parle-t-on de la Saint-Polaise (ou Saint-Poloise) de la Boulonnaise, de la Namponnaise, de la Bournaisienne, la Guisarde ou encore de l’Artésienne. Nous ne rentrerons pas dans le détail de ces variétés (ou sous-races ou encore populations) dont nous avons parlé dans le livre A nos vaches. Elles sont toutes assez proches de la Flamande « originelle », bien que souvent, moins bien conformées, plus petites, et d’un pelage un peu différent.
Deux populations se distinguent pourtant de la grande sœur flamande. D’une part la Maroillaise, belle vache originaire de la région de Maroilles, et la Picarde qui nous intéresse aujourd’hui.
 
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Type de vache Maroillaise (années 1920).
 
 
La Maroillaise était plus fine, un peu moins laitière mais plus beurrière que la Flamande. Elle a été anéantie par la Première guerre mondiale et remplacée ensuite par la Flamande, la Bleue du Nord et la Hollandaise (l’ancêtre de la Prim’Holstein actuelle).
La plupart de ces variétés ont disparu à l’aube du XXe siècle, fondues dans la race Flamande.
 
 
Picarde : carte d’identité
La Picarde se rencontrait dans la région comprise entre les vallées de l'Oise et de la Somme, de Compiègne à Amiens, de Beauvais à Abbeville. Elle est de taille moins élevée que la Flamande, le dos un peu vouté, les hanches peu saillantes, la cuisse peu musclée, la queue attachée bas. La concavité du profil est plus prononcée. La tête plus grossière. Les cornes sont de taille moyenne, plutôt courtes, dirigées régulièrement en avant et disposées en couronne, jamais en crochets, plus relevées et « ouvertes » que celles de la Flamande.
 
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Type de vache Picarde, dite (déjà) « améliorée ». Somme 1903. La conformation rappelle celle de la flamande. On note la présence de blanc au front et à la base de la joue.
 
C’est la robe qui est intéressante. Elle n’est totalement acajou comme chez la Flamande (à ce propos, cette dernière a longtemps possédé du blanc à la tête, aux ars et au ventre. Ces vaches étaient dites "barrées" et on a cherché à éliminer cette robe dès le début du XXe siècle). La robe est donc en général d’un rouge plus clair, plus ou moins envahie de blanc, pouvant aller jusqu’à un pie-rouge ou un rouge-pie.
Généralement le blanc sur la tête forme une marque frontale assez étendue et deux marques allongées sur les joues. Chez certains animaux, les taches sont formées d'un mélange de poils blancs et rouges inégalement répartis rappelant la robe "fleur de pêcher" de la race Durham. On a donc des animaux qui se distinguent nettement de la Flamande.
 
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Vache Picarde assez caractéristique. Le blanc est visible au front et aux joues (sous formes de marques allongées).La conformation est celle d’une Flamande et non d’une Normande.
 
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ache Picarde au pelage pie(-rouge).La robe est dite « pigaillée » (comme chez la Bordelaise) ou encore en « fleur de pêcher » comme chez la Durham (Shorthorn).
 
 
Comme les autres populations autour de la Flamande, la Picarde est moins bonne laitière que cette dernière.
 
Prise en étau
Si l’aire de répartition de la Picarde est bordée au nord par celle de la Flamande, elle est en contact au sud avec une autre grande race laitière, la Normande. La concurrence est donc rude pour cette population bovine. D’autant que, dès la seconde moitié du XIXe siècle la Normande progresse vers la Picardie et l’Ile-de-France. L’importation de taureaux flamands « purs » est importante au début du XXe  siècle, notamment pour l’amélioration du cheptel picard. Dès les premières décennies de ce nouveau siècle, apparaît également la Hollandaise, si bien que la Picarde se trouve confrontée à non plus 2, mais 3 races concurrentes. Les croisements d’absorption s’accélèrent ; la Picarde diminue rapidement et l’on peut considérer que les animaux de ce type sont devenus très rares à l’aube de la Seconde guerre mondiale. Celle-ci achèvera de la faire disparaître et les derniers animaux picards ont probablement disparu au plus tard dans les années 1950.
Il n’y a jamais eu de recensement particulier de cette population bovine picarde.
 
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Groupe de génisses Picardes. On note l’hétérogénéité du troupeau. L’animal au premier plan à gauche a peut-être du sang « Hollandais », tandis que l’avant-dernier à droite, a une tête dont le motif rappelle celui de la Normande.
 
 
Mais qu’était donc la Picarde ?
Avec sa disparition, la Picarde a emporté avec elle ses secrets. En effet, la littérature zootechnique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe est assez ambiguë et souvent paradoxale à son sujet.
Pour certains auteurs, la Picarde s’inscrit dans une sorte de cline au sein d’une seule et même population flamande. La transition est insensible entre cette population et l’Artésienne puis la Berguenarde. Il doit en être d’ailleurs de même avec la Saint-Polaise ou la Boulonnaise.
Pour d’autres, la Picarde serait un type transitionnel entre la Flamande pure et la Normande. Il est vrai que l’on voit, sur d’anciens documents, des animaux qui présentent à la fois des caractéristiques de la Flamande, mais aussi de la Normande, notamment avec une tête courte, épaisse et une conformation générale qui rappelle cette race. De même, il y a une tendance au croisement entre Picarde et Normande vers le nord de Soissons et autour de Laon, dans l’Aisne. Même chose autour de la baie de Somme, mais aussi dans l'Oise. Et sans doute jusqu’aux portes de Paris. D’anciens documents montrent, une fois encore, des animaux de type « Picard » au nord de la capitale et notamment en Seine-et-Marne.
 
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Sur cette carte postale ancienne prise en Seine-et-Marne, on distingue un vache Picarde (à gauche) et un animal sans doute croisé Hollandais, à la robe mouchetée comme certaines Picardes (et la Bordelaise actuelle).
 
 
A un type intermédiaire fixé depuis longtemps entre Normande et Flamande sont peut-être venus s’ajouter, au passage au XXe  siècle, des croisements intentionnels directement entre ces deux races, conduisant à des animaux de première génération, ressemblant peu ou prou à des Picardes. Dans le même temps se sont produits des croisements d’absorption de ces deux races avec la Picarde. Ainsi le type fixé « Picard » s’est-il dilué dans les deux races dominantes.
 
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Au marché aux bestiaux d’Amiens, en 1917, on distingue bien des animaux flamands, des Normands, sans doute une Hollandaise, tandis qu’il est probable que d’autres soient de type « Picard ».
 
   
Enfin, il ne faut pas perdre de vue que la Hollandaise fait une entrée en force dans le nord de la France dès les premières décennies du XXe siècle. C’est elle qui va peu à peu se substituer à la Flamande (et plus tard, en partie, à la Normande). Là encore des croisements se produisent et quelques animaux, sur d’anciennes photographies, laissent à penser qu’il y a eu un métissage complexe entre les 3 races (et aussi avec la Picarde locale).
 
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Les croisements se produisent à grande échelle au début du XXe siècle. Sur cette photo, on voit des Flamandes (ou animaux proches), mais aussi ce qui est sans doute un croisement entre Flamande (Picarde) et Hollandaise (au centre) ainsi qu’un animal visiblement croisé Flamande (Picarde) x Normande (à droite) avec une tête massive, typique de cette dernière race.
 
 
Aujourd’hui la Picarde est reconnue historiquement comme une population locale de la race Flamande. De toutes les variétés connues de cette race, elle était sans nul doute la plus différenciée. C’est aussi celle qui a disparu la dernière. Se serait-elle maintenue qu’elle aurait peut-être pu prétendre au statut de « race ». Mais le destin en a voulu autrement.
 
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Vaches Picardes, Somme, vers 1895.Le type « Picard » se distingue bien de la Flamande « originelle ».
 
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Vache de type « Picard » (fin du XIXe siècle). On retrouve chez tous ces animaux une similitude de conformation et de pelage qui plaide sinon pour le statut de race, du moins pour celui de population bovine bien fixée.
   
 
À quoi ressemblerait la Picarde en 2011 ?
Les photos anciennes nous donnent une idée de ce qu’était la Picarde. Mais ce ne sont que des documents en noir-et-blanc. Voici, ci-dessous quelques photos d’animaux croisés Prim’Holstein et Normand, pas tous de première génération. Elles ressemblent, pour quelques animaux, à ce que devaient être certaines Picardes. On ne reconstitue pas de races disparues, évidemment, puisque leurs gènes disparaissent avec elles, mais on peut parfois, et avec un peu d’imagination, avoir une idée de ce à quoi ressemblaient des animaux disparus.
 
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Comparaison entre une vache Picarde (à droite) et un animal croisé Normand x Holstein actuel (sans doute pas de première génération). Il y a tout de même une certaine similitude !
 
 
Bibliographie
    
- Avon L. (2008). La race bovine Flamande. Fiche technique, Institut de l'Elevage, Paris.
- de Lapparent H. (1914). Etude sur es races bovines. Variétés et croisements de l'espèce bovine en France. Extrait du Bull. mens. De l'Office des Renseignements agricoles,136pp.
- Dechambre  P. (1922). Traité de zootechnie - tome III : les bovins. Ch. Amat, Paris, 634pp.
- Diffloth P. (1908). Races bovines - France et Etranger. Librairie J-B Baillière et fils, Paris.
- Fanica O. (2007). Mutations de l'élevage bovin en Gâtinais et en Brie. Ethnozootechnie 79 : 167-185.
- Felius M. (1995). Cattle Breeds : an encyclopedia. Misset, Doetinchem, 800p.
- Joigneaux P. (1863). Le Livre de la Ferme et des maisons de campagne, tome 1, Agriculture proprement dite - Zootechnie. Librairie Agricole de la Maison Rustique, 1012p.
- Jumel M. (1903). La sous-race picarde de la race bovine flamande. Rapport de zootechnie, Ecole d'agronomie de Grignon, np.
- Lefour M. (1857). Race Flamande in Description des espèces bovine, ovine et porcine de la France - tome I - espèce bovine. Imprimerie impériale,  216p.
 
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Le coq Denizli, super chanteur

Publié le par lesbiodiversitaires

Ce n'est pas un trucage !

 

 

Il existe une race de coq qui pousse des cocoricos pouvant atteindre facilement les 30 secondes.

C'est un coq turc, le Denizli. La race est spécialement élevée pour cela et les Turcs en sont très fiers.

Sur le site du Ministère de la Culture et du Tourisme de Turquie, on peut lire : « Chaque coq chante dans son propre poulailler, mais le coq de Denizli chante partout. »

Vaste programme !

 

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Au pays des chèvres du Rove heureuses

Publié le par lesbiodiversitaires

Annaïg Servain et Matthieu Vaslin vivent au bout du monde… en France. Dans les Hautes-Corbières, ils élèvent des chèvres du Rove en agriculture biologique.
 
Pour accéder à la ferme de Borde Grande, sur la commune de Laroque de Fa, dans l’Aude, il faut savoir prendre son temps. La route en lacets semble ne jamais devoir vous amener à bon port. Il faut dire qu’on est ici dans le canton d’Europe le moins peuplé. Autant d’habitants au km2 que dans le Sahel !
C’est là qu’ils ont posé leurs valises et leurs yourtes ramenées d’un fabuleux périple en Mongolie (voir http://temujin.over-blog.com/). Depuis un an, ils se sont lancés en agriculture biologique avec des chevrettes de la race du Rove. Les chèvres ont grandi, ont fait leur premiers jeunes et les voici traites tous les matins pour fabriquer des fromages.
 
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La chèvre du Rove est une race originaire de Provence. Après avoir failli disparaître, elle est redécouverte dans les années 70, et cette race à petits effectifs compte aujourd’hui plus de 5 000 chèvres. Rustique, pouvant se contenter de peu, elle est parfaitement adaptée au climat et à la végétation du Sud de la France.
 
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Une fois la traite passée, il faut préparer le lait et faire les fromages, puis, en tout début d’après-midi, les animaux partent en libre parcours, sous la houlette de Matthieu ou d’Annaïg et avec la complicité vigilante de Feta, la patou des Pyrénées, Mosca, une chienne de race berger de Crau (race de chien extrêmement rare, reconnue depuis 2009 par la Société centrale canine) et Gobi, le pacha canin, rapporté, comme les yourtes, de Mongolie.
 
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Le berger de Crau, menacé de disparition, est un chien très endurant.
 
Le milieu n’est pas facile. Les boisements ont gagné une grande partie des cultures et des champs qui ont été peu à peu abandonnés. Borde Grande, situé à 475 m d’altitude, est entourée de petites montagnes qui culminent à 900 m. Partout les bois sont présents, et les parcelles en herbe se font rares. Mais la chèvre du Rove est une rustique. C’est devenue même, en certains lieux, la « débroussailleuse » de la forêt méditerranéenne. Aussi, se contente-t-elle de peu, cherchant sa nourriture de façon parcimonieuse.
 
La traite est le moment privilégié pour se retrouver, chèvres et hommes. Les amis traient à la main, même si le matériel pour la traite mécanisée est là. Mais c’est vrai que le contact avec la chèvre, la pression sur le trayon gorgé de lait, et la libération de ce dernier, sont des moments fantastiques. Evidemment, il n’y a qu’une soixantaine de chèvres à traire actuellement, mais quand le troupeau s’étoffera, il faudra bien passer à la cadence supérieure. Pour l’heure, c’est le dialogue entre la chèvre et le berger qui ponctue ce moment de traite.
 
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Vers 13 h, le troupeau s’élance, guidé par sa bergère, vers l’immense parcours où les chèvres vont brouter et folâtrer pendant plusieurs heures. Au son des clochettes, des jappements des chiens et des appels chantant de la bergère, comme depuis la nuit des temps. Moment de simplicité volé à la société de consommation.
 
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Autant de liberté dans de si beaux paysages, et de si jolies petites chèvres, cela fait rêver. Mais il ne faudrait pas oublier la difficulté de ce métier : 14 heures de travail par jour, 7 jours sur 7. Les chèvres ne connaissent ni week-ends, ni vacances, ni RTT… Et quand, le soir venu, la chèvrerie est enfin fermée, ce sont des montagnes de papiers administratifs qui attendent nos bergers. Métier physique, endurant, courageux, engagé, il n’est réservé qu’à de vaillants passionnés. Les autres se contenteront d’une chèvre naine dans leur jardin (ou bien adopteront une chèvre du Rove à la retraite !).
 
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Annaïg
 
Matth
  Matthieu
 
 
Pour en savoir plus :
Association de défense des caprins du Rove http://caprinsrove.free.fr/
Une interview d’Annaïg sur le lien suivant http://bordegrande.com/spip.php?article76
 
Vente de fromage de chèvre et de viande bio
Ferme de Borde Grande
11330 Laroque-de-Fa
06 87 11 74 19
 
On trouve aussi leurs délicieux fromages à l’adresse suivante :
Esprits de garrigue
11330 Villerouge-Termenès
04 30 64 70 32
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