Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 19:25

Elle a une classe incroyable, la Salers, avec sa haute stature, ses cornes en lyre ou en spirale, et sa robe acajou, au poil légèrement frisé.  Cette race des hauts plateaux auvergnats a, comme d’autres, connu des moments difficiles. Qui semblent aujourd’hui derrière elle…

 

La Salers est indissolublement liée aux monts d’Auvergne dont elle est originaire. D’aussi loin que l’on s’en souvienne, ce bétail a toujours habité cette région centrale de la France. Peut-être même que son aire originelle de répartition s’étendait-il au-delà.

 

 

Aux origines de la Salers

Quoiqu’il en soit, il court encore des légendes à son sujet. Comme le fait que les bovins de la grotte de Lascaux – probablement un aurochs local - seraient ses ancêtres, à cause des grandes cornes qu’ils possèdent également. Le zootechnicien Dechambre dit d’elle, au début du XXe siècle, qu’elle est la race des Celtes. Les récentes études moléculaires donnent une hypothèse toute autre : la Salers appartient au groupe des races alpines, tout comme ses voisines la Parthenaise, la Limousine, l’Aubrac ou encore la Villard-de-Lans ou la Tarentaise.

 

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Aire de répartition originelle de la race Salers et ses premières expansions à la fin du XIXe siècle.

 

Des animaux au pelage proche de la Salers sont déjà décrits au XVe siècle dans le sud-ouest du massif cantalien. De même, en 1792, Brieude distingue bien ce type d’animaux, mais c’est le zootechnicien Grognier qui, en 1822 donne la première description de la race de Salers. Cette dernière semble encore grossière, avec un corps épais et ramassé, une tête courte, un front large, un fanon pendant, mais déjà un pelage « rouge vif » et des cornes grosses, ouvertes et légèrement contournées en pointe. Puis c’est au cours du XIXe siècle que les premières améliorations concernant cette race sont entreprises, en particulier par Teyssandier d’Escous, un éleveur. Dès 1845, il entreprend un travail de sélection, élimine les sujets non conformes aux critères établis, instaure des campagnes d’hygiène et convainc les autres éleveurs de s’engager dans cette voie. En 1852, la race « auvergnate » devient officiellement race de Salers. Le herd-book (livre généalogique) est ouvert en 1908. La route du succès lui est alors assurée.

 

photo-2.jpg Bœuf primé au concours général de Poissy en 1847. Nous sommes aux débuts de la connaissance de la race Salers au-delà de ses monts d’Auvergne. Sa notoriété va rapidement prendre de l’ampleur.

 

photo-3.jpgVache Salers et son veau vers 1855. Cette photo, prise par Adrien Tournachon, dit Nadar Jeune, sans doute la première de la race, a servi à de nombreux modèles d’illustrations, notamment dans le fameux atlas de Baudement de 1860. On voit déjà, la conformation de la Salers à cette époque, qui n’a finalement pas changé beaucoup, si ce n’est des formes plus amples.

                                        

 

Bête de labour

Dès cette époque donc, la Salers ressemble déjà fortement à ce qu’elle est aujourd’hui. C’est pourtant une race mixte, à la fois laitière et réputée pour le travail. Laitière, elle l’est moyennement, même s’il existe d’excellentes souches. Son nom est attaché au fromage éponyme et elle a été également beaucoup utilisée dans la région de fabrication du saint-nectaire. Pour le travail, sa réputation n’est pas usurpée. Vaches comme bœufs sont capables de travailler dans des conditions difficiles. Si bien que dès le XIXe siècle, on exporte la Salers un peu partout en France et que l’on voit souvent cette race, sur des documents photographiques anciens, souvent en compagnie de bœufs Charolais (Ile-de-France, Nord, Est, Centre-Ouest, sud du Massif central, etc.). De même sa viande connait rapidement un succès, même si elle n’a pas la notoriété des grandes races à vocation bouchère que sont la Charolaise, la Limousine ou ce qui va devenir la Blonde d’Aquitaine. Sa capacité d’engraissement est très bonne.

 

photo-4.jpgVaches attelées vers 1875-1880 dans le Puy-de-Dôme. La conformation de ces animaux, visiblement mal entretenus, est plutôt chétive, la taille reste modeste.

 

 

Des essais d’amélioration avec d’autres races – notamment anglaises - sont tentés dans la seconde moitié du XIXe siècle. Highland, Devon et l’incontournable Durham, sont utilisées. En vain…

 

Les années difficiles

Jusqu’à la Seconde guerre mondiale, la Salers connait une période faste. Ces qualités de travail ont fait sa réputation. Des améliorations ont été apportées, comme nous l’avons dit, en terme de production de viande. Quant à ses capacités laitières, on essaie de les améliorer également. L’image des burons de montagne de la Haute-Auvergne où l’on trait les vaches est une réalité constante avant de devenir une image du folklore touristique locale. La vache de salers est d’ailleurs extrêmement maternelle. Elle ne donne son lait que si le veau est à côté d’elle et qu’il a commencé à téter. Ce qui n’est pas toujours très simple pour l’éleveur.

 

photo-5.jpg Beau troupe de vaches, descendant de l’estive, vers 1908. Remarquer la taille du cornage !   

 

photo-6.jpg Au début du XXe siècle, les foires donnent lieu à des transactions importantes, comme ici à Aurillac, et bon nombre de bœufs partent vers le nord de la France où ils seront utilisés pour les labours et la traction.

 

Les choses se compliquent pourtant après la guerre. En effet, deux facteurs concourent à rendre la vie difficile à la Salers :

▪ d’une part, la fin de la traction animale porte un coup rude à toutes ces races de travail. L’exportation hors de l’Auvergne s’arrête et la race se recentre sur sa région d’origine.

▪ d’autre part, sur ses propres terres, la concurrence avec d’autres races plus laitières que la Salers (notamment la Montbéliarde et la Frisonne) entraîne une régression de ses effectifs.

 

Un tournant à négocier

Ceux-ci ont été relativement constants au cours du XXe siècle avec environ 500 000 têtes. Dans les années 1970, le nombre de vaches est d’un peu plus de 157 000 têtes. A partir des années 1980, les effectifs remontent et l’on considère aujourd’hui le nombre de vaches à environ 205 000 têtes, les 2/3 étant dans le berceau d’origine (Cantal, Puy-de-Dôme et Corrèze). Dès lors, deux rameaux vont voir le jour : le rameau viande et le rameau lait.

Le rameau viande est sans nul doute celui qui aura permis de sauver la race. Les vaches deviennent allaitantes pour la production de veaux et de broutards, soit en race pure, soit en croisements industriels avec des races comme la Charolaise, principalement. Le format de la race se modifie et les animaux deviennent plus lourds avec un corps assez parallélépipédique. Les vaches devenues de véritables « moules à veaux ». C’est un peu dommage pour la race, c’est primordial pour sa survie (voir l’article sur l’Aubrac qui a connu un peu le même sort).

 

Photo 6b

Vache croisée Salers x Charolaise.

 

L’autre rameau est le rameau laitier. Celui-ci a connu des heures vraiment difficiles. Au début des années 1980, 50 % des vaches de Salers étaient traites. Aujourd’hui, seuls 5 % des vaches appartiennent à ce rameau laitier. Celui-ci contribue à l’élaboration de fromages sous appellations AOC comme le cantal, le salers et le saint-nectaire. Autant dire que ce rameau reste fragile, vu les effectifs relativement faibles.

 

Salers---Auvergne---coll.-PJD-2

Image d'un autre temps... La traite manuelle des Salers (années 1960). Aujourd'hui les vaches traites sont très minritaires.

photo-7.jpg Paire de bœufs Salers. Aujourd’hui ces animaux ne sont plus utilisés que lors de manifestations folkloriques ou de démonstrations de labourage (photo Peïre Thouy).

                                                                                                                        

Quel avenir pour la Salers ?

La production de viande a permis à la salers de se maintenir. Le croisement industriel, même s’il répond à des impératifs économiques, n’est pas forcément bon pour l’avenir de la race. Depuis 2004 cependant, un label rouge pour la viande de Salers a vu le jour. Dans le cahier des charges, il est précisé que cette viande doit être 100 % Salers. Ce qui permet de maintenir la Salers en race pure et de proposer une viande de qualité en respectant théoriquement les règle de l’élevage traditionnel.

Côté rameau laitier, un AOC existe également – « Tradition Salers » - qui garantit des fourmes de Salers fabriquées uniquement à partir du lait de cette race. Pour l’avoir goûté, on sent la différence ! Il est nécessaire de maintenir de rameau laitier et de mettre en avant les produits « 100% Salers ». Le consommateur est, de toute façon, de plus en plus demandeur de produits de qualité pour son alimentation.

 

photo-8.jpgBeau taureau Salers actuel (photo Matthieu Vaslin).

 

photo-9.jpg Vache de type actuel, bien conformée, Celles, Cantal, août 2011.

 

photo-10.jpgAutre vache, celle-ci est déjà un peu plus lourde, a finalité nettement allaitante. Remarquer le toupillon de la queue blanc, typique de la race. Condat, Cantal, août 2011.

 

 

L’avenir de la Salers passe aussi par le maintien de l’intégrité de la race et que celle-ci qui puisse conserver ses cornes majestueuses. On ne peut qu’être désolé en voyant des animaux – qui s’exportent à présent dans 30 pays – dépourvus de cornes dans les grandes exploitations d’Amérique du Nord mais aussi (de plus en plus fréquemment ?) dans les campagnes françaises.

 

photo-11.jpg Troupeau de Salers sur les hauts plateaux du Cantal, vers Allanche.

 

photo-12.jpgPrésence de la Salers « en plaine » est de plus en plus fréquente comme ici, le long de la vallée de l’Epte à la frontière entre l’Oise et le Val d’Oise.

 

photo-13.jpg Les animaux du Salon de l’agriculture de Paris sont devenus de vrais « poids lourds » comme ces vaches qui pèsent ici entre 760 et plus de 800kg.

 

Encadré : la Salers noire

Le pelage de la Salers est acajou, mais régulièrement naissent des animaux à la robe noire. La légende veut que ces animaux soit plus laitiers que ceux à robe rouge, mais ceci n’est pas vrai. Certains éleveurs la considéraient comme porte-bonheur quand il en naissait une dans le troupeau. La corne noire des sabots est particulièrement solide, si bien qu’on ne ferrait pas les bœufs de Salers noirs. Au XIXe et au début du XXe siècle, on délaissait cette variété noire, car on voulait que la couleur acajou soit LA couleur de robe de la race. Sans la ténacité de quelques éleveurs qui ont conservé coûte que coûte cette variété, celle-ci aurait pu disparaître.

Un troupeau homogène d’une cinquantaine de bêtes existe à présent. Il est chez Marcel Matière, dans le Cantal, qui a patiemment sélectionné ses animaux. La demande est importante, notamment chez les éleveurs nord-américains et anglais, habitués à avoir du bétail de couleur noire. Voici peut-être un avenir pour cette variété de Salers ?

 

photo-14.jpg  Deux vaches Salers noires appartenant au superbe troupeau Matière.

                               

photo-15.jpgJeune Salers noire, Paulhac, Cantal, août 2004.

 

photo-16.jpg La Salers noire est très prisée en Amérique du nord, mais elle a perdu ses cornes, ce qui gâche tout !

 

 

 

 

Encadré : Vergeade et Bessarde

En race Salers, certains animaux peuvent encore présenter des zones blanches sur la ligne du dos, le ventre et les membres. On les appelle « vergeades » et ils ont donc une robe de type « pinzgauer » (comme la race autrichienne Pinzgau). Il y avait autrefois une population dite « Bessarde »  que l’on trouvait dans l’Artense et le Cézallier. Ces animaux possédaient un robe panachée, des membres plus courtes et le poil n’était pas frisé comme la Salers. Il s’agissait d’une variété de la Salers qui faisait, en quelque sorte, la transition entre cette race et la Ferrandaise. Il est possible que les Salers « vergeades » actuelles puissent, en partie, descendre de cette population Bessarde.

 

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Vache Salers de type « vergeade », début du XXe siècle.

 

  photo 18Vache Salers de type « vergeade », monts du Cantal, 1991.

 

 

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Le poil de la Salers est légèrement frisé, caractéristique de cette race pleine de charmes !

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Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 12:30

Julien Slama nous a écrit pour nous informer des problèmes écologiques que causent la régression de la culture de luzerne. Nous avons eu envie de l’interroger pour en savoir plus.

    Luzerne 3 

A quoi sert la luzerne ? Quelles autres cultures moins "écolo" pourrait-elle remplacer ?

JS : La Luzerne sert principalement à l’alimentation animale grâce à sa forte teneur en protéine et en fibres, indispensables à la bonne digestion des ruminants.

C’est une légumineuse, c’est-à-dire une plante qui a la particularité de capter l’azote de l’air, bien qu’elle absorbe prioritairement l’azote disponible dans le sol : elle joue un rôle d’épuration des sols et permet de protéger la qualité de l’eau en réduisant les concentrations en nitrates.

La luzerne est aussi une plante pérenne (plantée pour 3 ans en moyenne), classiquement semé à mi-juillet. En fin d’exploitation, elle laisse une biomasse racinaire de plus de trois tonnes par hectare, qui permettra une économie d’engrais azoté pour les cultures suivantes. Elle est ainsi indispensable à toute exploitation « bio ».

Enfin, elle est l’une des plantes qui produit le plus de protéines à l’hectare, jusqu’à 2.3 t contre 0.9 t pour le soja importé massivement du Brésil qui représente la moitié des besoins en protéines de nos élevages, et qui entraine la destruction de la forêt amazonienne.

 

Pour quelles raisons la culture de luzerne favorise-t-elle la biodiversité ?

Tout d’abord, la luzerne est une plante rustique, et ne nécessite pas l’emploi de produits phytosanitaires (pesticides, fongicides…).

Une étude expérimentale, menée avec le concours de scientifiques notamment du Muséum d’Histoire Naturelle, a permis l’élaboration d’un protocole de mesure et d’indicateurs de la biodiversité afin d’évaluer les effets d’une gestion différenciée de la luzerne, c’est-à-dire le maintien de bandes non-fauchées.

Sur 15 sites suivis, comprenant des modalités luzernes et des modalités de grandes cultures, on a ainsi démontré que la luzerne, même quand elle est fauchée, favorise fortement la biodiversité, principalement en diversité et en richesse d’oiseaux et de papillons mais aussi en termes de maintien des abeilles. En effet, la luzerne est une des rares plantes qui fleurit après la mi-juillet, période à laquelle trouver de quoi se nourrir devient plus difficile pour les abeilles. Or l’abeille joue un rôle particulièrement important dans l’écosystème de la planète, notamment à travers son rôle de pollinisateur.

 

La culture de luzerne est-elle elle-même menacée ?

Elle est l’une des cultures les plus anciennes et les plus cultivées en terme de surface dans le monde. Néanmoins, en Europe, et particulièrement en France, ces surfaces ont connues une érosion dramatique : -70% depuis 1960 et -30% depuis 2006 en Champagne! Ceci témoigne d’un système agricole intensif où l’agronomie n’est plus au centre de l’exploitation.

En comparaison directe avec le blé, la culture de la luzerne est moins rémunératrice, mais elle représente la seule pause écologique en grandes cultures. Il est impératif de résonner au niveau de la rotation pour réaliser tous ses bienfaits : économie d’engrais, restructuration des sols, faible charge d’exploitation…De plus, elle souffre de la compétition avec les importations de soja, avec les effets désastreux sur l’Amazonie que nous connaissons.

Les producteurs sont donc tentés de l’abandonner ou d’en cultiver moins, même s’ils reconnaissent toutes ses qualités d’un point de vue agronomique et environnemental. La profession se bat pour qu’une partie des soutiens à l’agriculture soit réservés d’une manière ou d’une autre à la luzerne.

C’est pour cela que nous avons lancé une pétition Sauvons la Luzerne! qui a récolté près de 15 000 signatures. Et nous animons en outre une page Facebook et un Twitter afin d’essayer de déclencher une prise de conscience.

 

luzerne champ03

 

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Vendredi 20 avril 2012 5 20 /04 /Avr /2012 18:01

les dents du poulailler ER

 

En direct de la Ferme de la Roque de Fa, que nous vous avions présentée l’été dernier, une « mésaventure poulesque » nous est racontée par Matthieu.

  

Il faut savoir que leur poulailler est un véritable bunker anti-prédateurs. En son milieu, il contient une petite mare où les poules viennent s’abreuver et où quelques canards pataugent.

 

Matthieu raconte : « Voilà une dizaine de jours, disparition de nos deux petites poules wyandottes l'une après l'autre, à deux jours d'intervalle. Tour du poulailler : quelques plumes mais aucun passage, rien. Pour rappel, le poulailler/mare est entouré d'un grillage de 40 mm jusqu'à 2,5 mètres doublé en bas d'un grillage plus fin enterré sur 50 cm + double clôture électrique le long du grillage.

La semaine dernière, nouvelle disparition de deux poules rousses, sans trace, mises à part quelques plumes.

Hier hécatombe : il manque quatre poules et on retrouve notre beau coq Brahma mort et à moitié enterré. Là c'est la signature : madame goupil a ses petits et a trouvé le garde-manger. Mais par où rentre-t-elle ? Aucun trou dans le grillage, escalade impossible !

En faisant le tour en détail, on est intrigué en bout de mare par une forte odeur de renard et des plumes, du sang. On inspecte et on découvre le pot aux roses : madame goupil a creusé un tunnel de plus de 2,5 mètres de long sous le grillage et débouchant dans l'exutoire de la mare, donc… dans l'eau ! Gonflée la mémère ! Faut y aller pour faire un tunnel et se mouiller la couenne à chaque passage.

Même si ça nous fait chier d'avoir perdu ces quelques poules, on reste vraiment admiratif du boulot de goupil qui nous étonnera encore et encore !

Depuis, les poulettes survivantes dorment dans le saule, sur l'île, au milieu de la mare.

Le trou est bouché, ça va être plus dur pour le goupil maintenant ! »

 

Chapeau bas à ce renard acharné, car ce poulailler a vraiment été une forteresse imprenable pendant des années. Creuser un tel tunnel pour déboucher sur une mare, ça dénote d’une ténacité peu commune.

  

Et bon courage aux cocottes audoises face à cette déclaration de guerre !

 

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Trucs anti-renards

Cette mésaventure est l'occasion de rappeler, pour ceux qui seraient confrontés à ce type de problème, quelques astuces :

  

- Pour que le poulailler soit vraiment imprenable, il faut qu’une partie du grillage soit enterrée profondément à l’horizontale vers l’extérieur sur plus de 1 mètre. Le renard a beau être rusé, il n’arrive normalement pas à prendre alors assez de recul pour entamer le début de son tunnel. Autre solution : poser de larges et lourdes dalles tout au long du grillage, à l’extérieur toujours.

 -       Il existe dans le commerce des appareils « anti-fouines/renards » à ultrasons et à flash, à placer aux alentours du poulailler, qui fonctionnent sur piles. Inoffensifs, ils ont le mérite de déplaire fortement aux oreilles très sensibles de ces chers prédateurs. Un moyen de lutte pacifique mais efficace. Les poules, elles, se contrefichent de l’engin.

 -       Un chien dormant à proximité du poulailler, avec pour mission de le protéger, sera lui aussi un excellent anti-prédateur (dans ce cas, ne pas coupler avec l’appareil à ultra-sons, car lui aussi détesterait !)

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Dimanche 15 avril 2012 7 15 /04 /Avr /2012 22:07

L'âge de l'empathie De WaalTous ceux qui s’intéressent au comportement animal – mais aussi au comportement humain – devraient avoir lu un ouvrage de Frans de Waal. Ce psychologue et primatologue, directeur du Living Links Center au Yerkes National Primate Research Center à Atlanta, a non seulement des idées et des anecdotes passionnantes, mais aussi une écriture accessible qui rend la lecture de ses ouvrages très agréable.

Dans son fameux livre Le singe en nous, il montrait des parallèles réjouissant entre les comportements des singes et les nôtres. Après cette lecture, pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines, impossible de croiser ses proches ou ses collègues sans que leur côté « simiesque » ne saute aux yeux !

Dans son dernier ouvrage, L’âge de l’empathie, leçons de nature pour une société solidaire (Les liens qui libèrent, 2009), ce chercheur explique comment l’empathie n’est pas une caractéristique seulement humaine, puisqu’on peut l’observer aussi chez les animaux. Chez les singes, les dauphins, les éléphants ou les chiens, cela saute aux yeux. Le chercheur pense que l’empathie existe aussi chez les baleines, mais vu la taille de la bestiole, pas évident à expérimenter… Selon lui, l’homme comme les animaux sont capables de la pire agressivité, mais également de moments de bonté gratuite, qui dépassent parfois le cadre de leur propre espèce.

Tous ceux qui ont un chien savent que s’ils ont du chagrin, l’animal ne sera pas insensible à leurs pleurs, venant poser son museau sur leurs genoux, donnant des coups de nez et de langue. De Waal n’en parle pas, mais les cavaliers savent aussi à quel point les chevaux décryptent facilement leur humeur. Tous ceux qui vivent près des animaux ont des anecdotes de ce genre à raconter, mais en matière d’empathie, on a souvent peur de faire de l’anthropomorphisme, de trop interpréter, de confondre nos émotions et celles de l’animal. Pourtant, désormais, des expériences scientifiques démontrent de façon claire que certains animaux en sont capables.

 

Et les poules alors ?

De Waal ne les évoque pas. Il parle un peu des oiseaux, surtout des corvidés et des perroquets - oiseaux super-intelligents - mais la majorité de ses exemples tournent autour des mammifères très intelligents et très sociaux, les plus à même d’éprouver de l’empathie, ceux aussi chez qui elle est le plus facile à expérimenter.

Son livre date de 2009 et c’est seulement en mars 2011 qu’une étude émanant de l’Université de Bristol assure que les cocottes elles-mêmes seraient capables d’empathie : leur cœur s’accélère à la vue d’un congénère souffrant ou de leurs poussins en situation délicate…

Bien sûr, l’empathie des poules ne serait pas si évoluée que celle des dauphins ou des grands singes… Mais elle existerait, à son niveau.

 

têtes poules landaisesQuelques anecdotes de poulailler

Un comportement toujours surprenant, c’est de voir, quand l’une des poules couve, une seconde poule qui vient se placer à côté d’elle et peut rester là pendant des heures, sagement, sans couver. On dirait une « assistante en couvaison ».

 

Notre plus vieille poule, Grosse Cott, ne pond plus, elle a du coup moins faim que les autres. Quand elle est rassasiée, elle appelle alors les autres poules quand elle trouve quelque chose de bon à manger et émiette le butin avec son bec comme une mère nourrissant ses poussins ou comme un coq appelant ses poules.

 

Plus étonnant, alors qu’elle jouait ce printemps « l’assistante couvaison » avec une poule en train de couver, et que nous arrivions près du nid, occasionnant un dérangement pour sa consœur, Grosse Cott fit mine plusieurs fois de nous émietter de la nourriture et de nous en offrir, poussant ses petits gloussements caractéristiques du don de la nourriture chez la poule.

 

Autre anecdote, quand on sort du poulailler une poule qui couve, pour qu’elle aille boire et s’alimenter, et que cette dernière, à moitié ankylosée par la couvaison, ne bouge pas sur le sol, un peu hagarde, il n’est pas rare qu’une autre poule vienne lui donner quelques coups de becs "doux" (comme la mère poule fait parfois à ses poussins), comme pour la stimuler un peu. Une fois que la couveuse se lève et s’ébroue, l’autre poule se désintéresse d’elle et reprend ses activités.

 

Enfin, la capacité d’adoption réciproque de Grosse Cott et de deux jeunes orpingtons déjà emplumées et ayant été élevées en couveuse artificielle, au printemps dernier, n’est pas non plus sans faire réfléchir. Que Grosse Cott, ayant perdu son poussin, soit prête à adopter le premier poulet qui passe, c’est un peu étonnant, mais on peut mettre cela sur le compte des hormones… Mais que les deux petites poulettes déjà bien indépendantes et n’ayant jamais eu de mère (et n’en ayant plus besoin) soient également prêtes à tisser ce lien, allant dormir dans les ailes de leur mère adoptive, c’est déjà plus surprenant.

 

Nous n’avons pas d’explications à tous ces comportements. On comprend fort bien qu’il est plus excitant pour les chercheurs d’étudier les grands singes ou les dauphins, pour lesquels tant de choses restent encore à découvrir. Mais nous sommes persuadés que plus on étudiera le comportement des oiseaux (et donc des poules), plus on découvrira, comme l’Université de Bristol l’année dernière, qu’ils sont bien plus riches et complexes qu’on ne le pense.

 

Encore une bonne raison pour ne pas manger de poulet industriel !

 

 

bisou de vache ER

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Jeudi 29 mars 2012 4 29 /03 /Mars /2012 22:21

A la lecture du blog, un camarade naturaliste nous interpelle sur la question du « tarpan ». Que pensons-nous de l’apparition de ce petit cheval dans les Réserves naturelles ? Réponse.

 

D’abord, le terme « tarpan » est un peu gênant, le dernier représentant de cette espèce (ou sous-espèce selon les classifications), étant mort en 1887 au zoo de Munich.

Mieux vaut donc appeler la race par son véritable nom : Konik polski.

konik - Elise Rousseau

 

Ce qu’on appelle « tarpan », ce sont en fait une sélection de Koniks parmi les plus primitifs de la race. Une sorte de reconstitution, qui a commencé en 1923 en Pologne. Une autre reconstitution du tarpan a eu lieu en Allemagne avec le cheval de Liebenthaler (croisements de Fjords, Koniks, Przewalski…).

Même s’il est proche, physiquement et génétiquement, du tarpan, le Konik n’en est pas un. Il reste un animal absolument domestique, familier avec l’homme. Ce qui n’était pas le cas de ses ancêtres sauvages.

 

Konik - Mondragon - Georges Olioso

  Konik en liberté, réserve de Mondragon (Vaucluse).

Photo : Georges Olioso

 

Un cheval hors du commun

Les Koniks polskis sont de magnifiques petits chevaux, même s’ils ne correspondent pas aux modes équestres. Et c’est une chance de pouvoir en observer désormais en France.

Les Koniks possèdent en effet (comme le Sorraïa au Portugal, comme certains Highlands, comme les Fjords, les Dülmens ou encore comme la race extrêmement primitive découverte au Tibet en 1995, le cheval de Riwoché) des caractères primitifs : robe gris-souris, bande cruciale (comme certains ânes), légères zébrures aux pattes… Ses oreilles sont ourlées de noir, et ses yeux comme délicatement maquillés au khôl. Son museau est sombre, mais le contour des naseaux, qui est clair, se dessine nettement.

Tarpan konik polski

  Jeune Konik mâle de quatre ans (provenance : Réserve naturelle de Chérine, Indre).

 

On croirait la tête de ce cheval, toute en nuances et en touches de couleur précises, peinte par un artiste. Ses jambes sont sombres, les crins de sa crinière et de sa queue sont noirs méchés de konik polski éthologieblanc. Ses formes sont très rondes, avec une croupe bien rebondie et une encolure puissante, tenue assez haute, ce qui lui donne une certaine prestance et le grandit. Les sabots, sains et solides, n’ont pas besoin d’être ferrés. C’est un très joli cheval, comme on les aime, un vrai cheval capable de se débrouiller seul dans la nature, ultra-résistant, intelligent, équilibré, pas un de ces grands « greniers à foin ». Mais un cheval qui ne correspond guère aux goûts et critères de la majorité des cavaliers !

Au garrot, les Koniks font en moyenne 1,35 m et pèsent 400 kg. Ils ne sont donc pas très grands, mais solides, porteurs, ils peuvent aisément être montés par des adultes : ce sont de bons chevaux familiaux. Un Konik sera parfait en randonnée, TREC ou attelage, et se pliera à de nombreuses disciplines à un niveau amateur. C’est aussi un cheval à la longévité élevée.

Aujourd’hui la race, qui reste confidentielle, est estimée à plus de 2 000 individus dans le monde.

 

Les Koniks dans les Réserves

De même que les vaches Highlands, les Koniks polskis sont désormais prisés dans les réserves naturelles (où ils entretiennent les pâtures) pour leur look sauvage, primitif, et leur gentillesse qui les rend facile à manipuler.

Pourtant, le Konik n’est qu’une race domestique de chevaux menacée parmi les autres. En aucun cas une espèce sauvage, même si son aspect pourrait presque le faire croire. Si le but était d’introduire des chevaux sauvages, c’est du cheval de Przewalski qu’il faudrait mettre dans les réserves. Car le Przewalski est le dernier des chevaux vraiment sauvages, n’ayant jamais été domestiqué et modifié par l’homme.

Quel est donc le but d’introduire du Konik ? Est-ce un but de sauvegarde de la biodiversité domestique ? Si oui, on se confronte à un paradoxe. Car c’est d’abord à la Pologne (et elle le fait), de sauvegarder cette race, qui appartient à son patrimoine, tout comme il est de la responsabilité de la France de sauvegarder les chevaux d’Auvergne, de Camargue, de Castillon ou le Poney landais…

C’est à chaque région de sauver ses races patrimoniales, car si elles ne le font pas, qui le fera ?

Si, dans les réserves françaises, l’on voulait réellement être dans une logique de sauvegarde de la biodiversité domestique locale, c’est plutôt du Camargue ou du Poney landais originel qu’il faudrait faire pâturer dans les marais.

 

Jeune Konik Réserve Chérine - Tony Williams

Poulain Konik de deux ans, Réserve naturelle de Chérine.

Photo : Tony Williams

 

Le Konik a un look primitif, mais le Poney landais, très méconnu, est, lui aussi, adapté de longue date aux zones marécageuses, et pourrait pâturer dans de nombreuses réserves. Car son type originel est aujourd’hui bien plus en danger que ne l’est le Konik polski.

Pour ce dernier, la race restant à petits effectifs, les réserves constituent des réservoirs génétiques précieux pour la sauvegarde, à long terme, de ses caractéristiques si particulières. 

Cependant, nous pensons que si les réserves choisissent le Konik, c’est aussi pour des raisons d’image. Un Konik ça fait sauvage, ça donne du cachet à une réserve (tout comme le bétail Highland, d’ailleurs). En introduisant une race restée proche de ce que pouvait être le tarpan, on crée l'illusion d'une nature sauvage, telle qu’elle pouvait être autrefois, quand les véritables tarpans paissaient encore dans les plaines d’Europe. Physiquement, le Konik porte moins que les autres chevaux la trace des sélections humaines.

 

A titre personnel, on adore voir des Koniks. Il est bien plus intelligent de mettre cette race sur les terrains difficiles de certaines réserves que des Haflingers maigrichons, comme on le voit à la réserve des dunes fossiles de Ghyvelde, Nord, alors que la race, d’origine autrichienne et de création récente (1874), est populaire chez les cavaliers, se porte extrêmement bien et n’apporte aucun intérêt de conservation à la réserve. De même, les Highlands du Platier d’Oye, Pas-de-Calais, sont très sympas, mais cette race de chevaux d’origine écossaise ne se porte pas si mal que cela (même si elle reste bien moins commune que le Haflinger). Là encore, mieux vaudrait laisser pâturer des Koniks, des Camargues ou des Landais… Axées qu’elles sont sur la préservation de la nature sauvage, les réserves oublient parfois que le domestique est lui aussi en danger.

 

 

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Les Koniks de la Réserve de Chérine

Notre amitié pour le Konik fait que nous donnons régulièrement un petit coup de main bénévole à la Réserve de Chérine, dans l’Indre, pour vendre ses jolis poulains Koniks quand ils arrivent à l’âge de quitter le troupeau. Une des raisons pour lesquelles les gestionnaires de la Réserve de Chérine ont choisi cette race, c’est qu’ils trouvent que les Koniks sont des chevaux doux et particulièrement faciles à manipuler, même pour des personnes qui ne sont pas des experts de ces animaux. Pour la gestion de leur réserve, cette gentillesse de la race leur simplifie la vie. Et c’est vrai que le Konik est sûrement l’une des races les plus sympathiques qui soient ! La preuve est ce Konik de 4 ans, nommé « Tarpan » en référence à ses origines, et adopté il y a deux ans par Julie, une cavalière naturaliste et passionnée d’éthologie. En quittant son troupeau, c’était un jeune cheval sauvage qui arrivait dans la vie de Julie. Il connaissait à peine l’homme et il a fallu complètement l’apprivoiser. L’équitation dite éthologique et la méthode de La Cense lui ont été d’une grande aide. Elle a tissé ainsi un lien profond avec ce jeune sauvageon. Puis elle l’a débourré en douceur, toujours avec cette méthode. Aujourd’hui, Tarpan est un charmant cheval, très posé, généreux et affectueux, et s’il n’était le dominant de son troupeau, maîtrisant tous les codes de la vie en liberté, on ne soupçonnerait pas chez lui ce passé libre et loin des hommes.

 

Tarpan et Julie   Tarpan et Julie reculer

Pour un cavalier motivé et patient, adopter un jeune Konik sauvage est une formidable aventure équestre.

 Ici, Julie et Tarpan, 4 ans, né dans le troupeau de la Réserve de Chérine (Indre).

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Pour en savoir plus sur le Konik

Association ARTHEN (Association pour le retour du tarpan et des grands herbivores dans les espaces naturels) - Burgerbivore - Projet Tarpan

Maison des sociétés, Rue Colbert

01500 Ambérieu en Bugey

bugerbivore(at)voila.fr

L'association diffuse un bulletin d'information très intéressant, L'Echo des Tarpans.

 

Rendez-vous également sur le site de l'Association française du Konik polski.

 

Par lesbiodiversitaires - Publié dans : Biodiversité domestique
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